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est celui que le sénat romain adopta plus tard ; mais Rome l'appliqua avec plus de rigueur, et par suite obtint des résultats moins éphémères (1).

L'étude de la proxénie et des institutions honorifiques qui lu complètent éclaire sur bien des points l’histoire diplomatique du temps. Au cinquième siècle, la politique des Athéniens est une politique d'action ; c’est pour étendre son influence et ouvrir des débouchés à ses marchands qu'Athènes nomme, dans ces pays lointains, des proxènes et des citoyens. Les Bottiéens, établis dans le delta des fleuves macédoniens, se rappelaient être venus de Crète et conservaient, comme les Crétois, le souvenir d'anciennes relations avec l’Attique (2). Athènes fit revivre habilement cette vieille parenté et entra par là en rapports avec les rois de Macédoine. Amyntas était l'ami das Pisistratides ; quand Hippias fut chassé, le roi lui offrit le territoire d'Anthemos sur le golfe Thermaïque, précisément dans le pays des Bottiéens. Le roi Alexandre était proxène d'Athènes au temps des guerres médiques (3). C'est pour cela que Mardonios le chargea de porter à Athènes les propositions de paix. On sait comment Alexandre s'acquitta encore de ses devoirs de proxène en avertissant les Athéniens avant la bataille. Son successeur, Perdiccas, fit partie de la confédération athénienne et paya tribut (4). A cette époque, Sitalcès s'était taillé en Thrace un grand royaume qui s'étendait jusqu’au Danube et à la mer Noire. Il professait une véritable haine pour Athènes, qui lui fermait l'accès de la mer Egée. Périclès gagna le roi de Thrace en faisant nommer proxène le beau-frère de Sitalcès, Nymphodore d'Abdère (5). L'alliance conclue avec la Thrace fut alors très populaire à Athènes. Dans les Acharniens d'’Aristophane (6), un ambassadeur arrive de la cour de Sitalcès : « Je » tenais tête à Sitalcès, » raconte-t-il, « la coupe en main; et » vraiment il vous adorait au point d'écrire sur les murs : Que » les Athéniens sont mignons! Son fils, à qui nous avons » accordé le droit de cité, brûlait de venir manger ici des andouil- » les à la fête des Apaturies ; il suppliait son père de secourir sa

(1) Cf.Usage politique que les Athéniens ont fait de la proxénie (livre II, section nt, chap. vi).

(2) Aristote, République des Bottiéens {cité par Plutarque, Thésés, 14). Cf. Strabon, p. 329.

(3) Hérodote, VIII, 145.

(4) De Halonneso. 12. Olynth., 1II, 24.

(5) Thucydide, II, 29.

(6) Acharniens, vers 141 et suiv.

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» nouvelle patrie, et Sitalcès jura sur sa coupe qu'il viendrait à » notre aide avec une si nombreuse armée que les Athéniens » s'écrieraient : Quelle nuée de sauterelles! » A la mort de Sitalcès, le nouveau roi Seuthès se déclara contre Athènes (1); celle-ci se ménagea du moins des intelligences dans les villes grecques de la côte; elle y nomma des proxènes, par exemple à Thasos et à Sélymbrie (2). C'est aussi dans la seconde moitié du cinquième siècle qu’Athènes conclut les premiers traités d'amitié et d’hospitalité avec les rois du Bosphore Cimmérien (3). Elle avait en même temps des représentants dans diverses places de la Propontide et du Pont-Euxin, par exemple Parium et Héraclée (4). :

Pendant la période suivante, l'histoire de la proxénie, dans les régions du Nord, présente trois faits intéressants :

1° Sparte s'efforce de substituer sa domination à celle d'Athènes sur toutes les côtes. Elle adopte les mêmes moyens. On se rappelle, par exemple, l'appui prêté à Brasidas par les hôtes publics (5), et le rôle de Clearchos, proxène de Byzance à Lacédémone et harmoste lacédémonien à Byzance (6).

20 Athènes cherche à rétablir son empire perdu. Elle nomme de nombreux hôtes publics. On connaît, parmi eux, Euthycrate d'Olynthe, deux Macédoniens Alcimachos et Antipater, un officier de Philippe, Pythagoras de Sélymbrie, plusieurs Thasiens, un citoyen d'OEnos vers 355, Lacharès d'Apollonie en 355, le chef de mercenaires Lycidas vers 350, un Pélagon de la tribu des Péoniens, Archébios et Héraclide de Byzance en 390, Apelles de Byzance en 339, Phanocritos de Parium en 387, Philiscos de Sestos en 355, plus tard encore un amiral de Byzance, un habitant d'Héraclée du Pont (7). Enfin, la grande stèle de Leucon prouve l'intimité des relations des contemporains de Démosthène avec les rois du Bosphore (8). Mais le hasard ou le caprice semble avoir présidé souvent à la nomination de ces agents. Presque

(1) Thucydide, IV, 101.

(2) C. I. À. IL, 3, et I, 61°, suppl. Koumanoudis, ’AttixAc êniyp. ÉmiTÜp- Bso:, n° 15.

(3) Lysias, Pro Mantitheo, 4.

(5) Thucydide, IV, 78.

(6) Xénophon, Hellén., I, 1, 35.

(1) Voyez, pour tous ces personnages, notre liste chronologique des proxènes athéniens (Appendice).

(8) *Abfvarov, VI, 153.

rien ne rappelle au quatrième siècle la politique suivie et méthodique du temps de Périclès. Ces tentatives isolées, ces efforts intermittents, que Démosthène reproche si souvent à ses concitoyens, n’aboutirent qu'à des résultats éphémères et le plus souvent à des échecs.

3e Au contraire, s'éveille pendant la première partie du quatrième siècle l’ambition méthodique des princes du Nord. Ils inaugurent une politique active, et cherchent à retourner contre Athènes ses propres armes. Ils suppléent à la proxénie, institution républicaine, par l'hospitalité personnelle. Or il est clair que les hôtes d'un roi absolu étaient réellement des proxènes. Le titre différait plus que les fonctions. Il est curieux de voir avec quelle habileté les princes du Nord se ménagent de tous côtés des partisans, et le plus souvent gagnent les généraux athéniens qu'on envoie contre eux. Perdiccas de Macédoine, après sa rupture avec Athènes, attire à lui par l'influence de ses hôtes plusieurs villes de la Chalcidique ; déjà il noue des relations en Thessalie, conclut des traités d'hospitalité réciproque avec les familles nobles et dirigeantes du pays (1). L'Athénien Timothée est dévoué à Amyntas de Macédoine, à Alcétas, roi des Molosses, à Jason de Phères, qui est lui-même proxène de Sparte. Iphicrate est gendre du roi Thrace Cotys, Charidème du roi Kersoblepte. Le roi Seuthès offre sa fille à Xénophon. Chabrias est ami du roi d'Egypte, et Charès du satrape Artabaze. Il n’y avait peut-être pas un ennemi d'Athènes qui ne pût compter sur le dévouement de quelque général athénien. Plusieurs de ces personnages recevaient des rois leurs amis quelque principauté, et n’en restaient pas moins à la tête - des armées de la république. Philippe de Macédoine avait pour hôtes et représentants officieux dans les principales cités grecques, surtout à Athènes, des orateurs influents, souvent des magistrats. C'était une politique raisonnée. A peine établis par Philippe, on voit les tyrans des villes eubéennes imiter le maître et nommer à Athènes des agents qui portent cette fois le titre de proxène. Athènes fut vaincue par l'application habile, et dirigée contre elle-même, du système politique qui lui avait permis de fonder au cinquième siècle son empire maritime, mais que depuis elle avait abandonné ou exécutait mollement, sans esprit de suite.

À partir d'Alexandre, la Grèce abattue est devenue, dans l’empire macédonien, une quantité négligeable. On ne trouve plus

(1) Thucydide, IV, 78.

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guère d'hôtes des rois dans les villes grecques. Les cités qui conservent leur indépendance nominale choisissent, sous le nom de proxènes, de véritables patrons parmi les officiers ou les courtisans des souverains (1).

Organisation. — Dans l'histoire de la proxénie en Macédoine, en Thrace et sur les côtes de l'Euxin, le fait dominant cst le rôle d'Athènes, c'est le développement, puis l’affaissement de sa politique et dé son commerce. De même, les documents trouvés dans les ruines des cités de la côte portent la marque de l'influence athénienne. Là où la proxénie existait, l’organisation en était calquée sur celle d'Athènes. A Thasos comme à Byzance, à Odessos comme à Mésambria et à Olbia (2), les décrets de proxénie reproduisent les mêmes formules et les mêmes considérants, confèrent les mêmes honneurs et privilèges qu'en Attique. Seulement le droit de cité est joint d'ordinaire au titre de proxène, comme en Ionie et dans les Cyclades. Milet avait fondé Ia plupart des comptoirs de l'Euxin, et avait longtemps dominé sur ces côtes. L'institution a pu exister dès le temps de la domination ionienne et être ensuite un peu modifiée sous l'influence d'Athènes.

On ne connaît pas de décrets de proxénie de la côte de Macédoine. On a trouvé à Thasos un ex-voto consacré par un proxène de l’île (3); un décret qui accorde le droit de cité comme récompense à un hôte public, interdit, sous peine d'amende, de proposer ou dire rien de contraire aux clauses énoncées (4). À Samothrace, la proxénie était une institution exclusivement religieuse (5). A Zéléa, petite ville de Mysie, on vient de découvrir un monument analogue à l'un des plus célèbres de Corcyre : c’est une liste de donations à des proxènes ou à des bienfaiteurs:; Démophane d'Ephèse, hôte public, recoit le droit de cité, l’atélie et la proédrie pour lui et ses descendants (6). Lampsaque, au troisième siècle, eut des représentants ; l’un d'eux obtient, entre autres, divers privilèges pour la fête annuelle en l'honneur de Thémistocle (7). Héraclée du Pont était représentée, au quatrième siècle, à Athènes par Callippe, à Argos par Stamménos (8). Le discours contre

(1) Cf. livre V, chap. v, La proxénie dans les cours d'Orient. (2) C. I. G., 2161, 2060, 2056, 2053».

(3) Miller, Mélanges, p. 114.

(5) Livre IV, chap. VIII.

(6) Mitth. des deutsch. Instit., 1884, p. 58-59.

(7) Ibid., 1881, p. 103.

(8) Plaidoyer contre Callippe.

Callippe nous montre ce personnage intervenant à Athènes dans toutes les affaires des Héracléotes, surtout dans les questions de banque et de succession. Byzance, au temps de l'empire, avait encore un proxène à Olbia ; on le remercie d'avoir été le xpoorérnç de ceux qui naviguaient pour le commerce (1). Odessos choisit pour hôte public et citoyen Hermeias d’Antioche qui, après une vie d'aventures, était devenu officier du roi des Scythes ; parmi les privilèges qu'il obtient, il faut remarquer l'exemption des frais de douane pour son usage personnel (2). Mésambria a pour correspondant, dans l’intérieur desterres, Démontés d’Asta (3) ; Mésambria, comme Odessos, grave ses décrets honorifiques sur des télamons. Olbia était représentée à Mésambria par Chœregénès , qui avait l’atélie des objets importés ou exportés par lui, ses enfants, ses frères consanguins ou un serviteur (4). Enfin les rois du Bosphore, Périsade et ses enfants, confèrent la proxénie à Botrys d’'Amisos, en Asie Mineure (5). Cette nomination d'hôtes publics par un roi ou tyran est une infraction à la règle commune, mais on en a d’autres exemples en Eubée et en Asie.

(1) « rpootérne rüv elc To évrépiov mheévrwv. » (C. I. G., 2060.)

(2) « atékerav xpnuétev révrov dv &v elodyuot xai dEéywor éni xrñoes. » (C. 1. G., 2056.)

(3) C. I. G., 2063°. Le Bas, II, 1558.

(4) u àtéherav révrev xonuétov dv àv adrèc eladyyn, À éEéyn, À raïôec À aBe)poi olç xoiva Tà matppa, à Bepérwv. » (Mél. gréco-rom. de Pétersbourg), I, p. 210-211.)

(>) C. Rendus de la commission arch. de Pétersbourg, 1865, p. 207 (trouvé au mont Mitbridate , à Kertsch).

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