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CHAPITRE V

$ 1. — Grande-Grèce.

- La proxénie a existé dans l'Italie méridionale et la Sicile durant au moins six siècles. Un des plus anciens documents provient de Pétilia, petite ville du Bruttium; c'est une donation entre étrangers, où des proxènes jouent le rôle de témoins; l'inscription est au plus tard du sixième siècle (1). Pindare mentionne un hôte public des Achéens de Grande-Grèce dans l'ile d’Egine (?). Nicias d'Athènes, le célèbre homme d'Etat, qui commanda l'expédition de Sicile, était représentant de Syracuse, contre laquelle il marchait à contre cœur (3). Au temps de Camille, la petite tle de Lipara eut des hôtes publics à Rome (4). Enfin, au milieu du premier siècle avant notre ère, Q. Cicero est encore nommé proxène de Syracuse (5).

On connaît des agents de Naples, de Rhégium , de Pétilia, des Achéens de Grande-Grèce, des îles de Malte et de Lipari, de Syracuse et d’Agrigente (6). Les documents de proxénie sont gravés sur des plaques ou disques de bronze; on déposait un exemplaire dans la salle des séances ou dans un temple, on envoyait l’autre au proxène. C’est encore ainsi que procéda Syracuse lorsqu'elle nomma Q. Cicero.

(2) Pindare, Néméennes, VII, 65.

(3) Diodore, XIII, 27.

(4) Tite-Live, V, ?8.

(5) Cicéron, Verrines, IV, 65.

(6) Naples (Denys d’Halic., Antig. rom., XV, 5), Rhégium (C. I. G., 5762; Bulletino di corr. arch., 1878, p. 126). Pétilia (C. I. G., 4). Achéens (Pindare, Ném., VII, 65). Malte (C. 1. G., 5952). Lipari (Tite-Live, V, 28). Syracuse (Diodore, XIII, 27; Cicéron, Verrines, IV, 65). Agrigente (C. 1. G., 5491-5491).

La rédaction des décrets n'offre rien de remarquable. A Malte, à Agrigente, on gravait, au-dessus du décret, un titre : “Yxèp npokevlac. Les documents sont écrits en dorien ou en langue commune. Mais l'institution semble avoir été organisée partout à la mode dorienne, ce qui n’a pas lieu de surprendre à cause de l'importance de l'élément dorien dans la région. Comme la plupart des peuples de même race, les villes de la Sicile et de l'Italie méridionale étaient peu généreuses pour leurs hôtes. Syracuse ne garantissait même pas aux siens la sécurité personnelle en temps de guerre ; elle se conduisit envers Nicias comme Sparte envers son proxène de Platée (1). Les décrets ne font allusion à aucun privilège commercial. Pourtant plusieurs des peuples de la région, surtout les Lucaniens, passaient pour très hospitaliers (2).

On peut citer environ cinquante représentants des cités grecques en Sicile et dans l'Italie méridionale. Au cinquième et au quatrième siècle , Athènes eut pour proxènes Dioclès de Catane, un habitant de Crotone, et Artos, roi des Mes$apiens, qui, lors de l'expédition de Sicile, vint en aide à la flotte de Démosthène et d'Eurymédon (3). Thespie était représentée à Tarente (4), les Etoliens à Syracuse (5). Au troisième siècle, les Molosses confèrent la proxénie à tous les Agrigentins (6). Timon, banquier syracusain qui résidait souvent à Délos, fut à la même époque chargé des intérêts de la confédération des Cyclades et du temple de Délos (7). La ville arcadienne de Klitor nommait de nombreux agents à Tarente, à Pétilia, à Locres, à Rhégium , à Messine, à Elée, où sans doute elle expédiait de nombreux mercenaires (8). Les Etats grecs d'Occident furent aussi, depuis le cinquième siècle, en relations avec l’Asie Mineure. Des matelots syracusains ayant aidé la petite ville d'Antandros , en Troade, à reconstruire ses murs, tous les Syracusains y avaient depuis lors titre de bienfaiteur et de citoyen (9). Vers la fin de la guerre du Péloponnèse, un corps de Siciliens aida les Ephésiens à battre l'ar-

(t) Thucydide, IIT, 52, 68 ; Diodore, XIII, 27.

(2) Heracl. Pont., fragn. 20.

(3) Thucydide, VII, 33. Suidas (’Aproc). C. I. A., Il, 133, 199. (4) Philologus, 1863, p. 587.

(5) Bull. corr. hell, V, 376.

(6) Carapanos, Dodone, p. 52.

(7) C. I. G., 2334. Bull. corr. hell, VIII, 89.

(8) Mitth. des deutsch. Instit., 1881, p. 303 et suiv.

(9) Xénophon, Hell., I, 1, 26.

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mée athénienne. Ephèse accorda à jamais l'exemption d'impôts aux Syracusains qui se fixeraient dans le pays, et le droit de cité aux Sélinontins, dont la patrie avait été détruite par Carthage (1). Au siècle suivant, Samos nomme un proxène à Gela (2).

Depuis le temps des guerres médiques, les Etats de la Grande- Grèce prirent une part active aux grands jeux de la métropole. Dans les ruines d'Olympie, de Délos, de Delphes, les monuments et les inscriptions confirment le témoignage des auteurs. Vers 363, les administrateurs du temple d'Olympic choisissent pour hôte un Syracusain (3). Délos est représentée à Syracuse et à Canusium (4); Delphes dans presque toutes les cités de la Grande- Grèce, à Ancône, Brindes, Canusium, Tarente, Elée, Rhegium, Tauromenium , Syracuse, Malte, Agrigente (5). :

Les grandes cités de la Sicile ou de l'Italie méridionale étaient naturellement unies par des liens d'hospitalité mutuelle. Naples a des agents à Tarente (6), Malte à Syracuse (7), Agrigente à Syracuse et à Tibur (8). Enfin, à mesure que grandit le nom romain , les représentants des cités à Rome deviennent plus nom- breux. Au commencement du quatrième siècle, Lipara nomme proxènes trois ambassadeurs romains (9). Rhegium donne plus tard le même titre à un préteur , Cn. Aufidius (10). Le dernier proxène de ces cités est Q. Gicero (11). La transition de la proxénie au patronat des cités s'est faite naturellement.

L'exemple de l’Agrigentin Gellias montre comment les proxènes Siciliens entendaient l'hospitalité. Il avait fait construire plusieurs appartements pour recevoir les étrangers. Des esclaves se tenaient aux portes et avaient ordre d'inviter à entrer tous ceux qu'ils verraient. Un jour arrivèrent cinq cents cavaliers de Géla. L'Agrigentin les reçut tous. Au départ, il fit don à chacun d’un manteau et d'une tunique qu'il tira de ses magasins. L’historien

- (1) Xénophon, Hell., I, 2.

(2) C. Curtius, Samos, p. 31.

(3) Archæol. Zeitung, XX X VIII, p. 156.

(4) Bull. corr. hell, VI, 164; VIII, 81.

(5) Le Bas, II, 855. Wescher-Fouc., Inscr. de Delphes, 10-11, 13, et Liste chronologique des proxènes de Delphes.

(6) Denys d’'Halicarnasse, Antig. rom., XV, 5. (7) C. I. G., 5752.

(9) Tite-Live, V, 28..

(10) Bulletino di corr. arch., 1878, p. 126.

(11) Cicéron, Verrines, 1V, 65.

Polyclite avait vu dans sa cave trois cents réservoirs, taillés dans le roc, et dont chacun contenait cent amphores (1).

La compagnie des acteurs de l'Italie méridionale, dont la capitale était à Rhegium, avait aussi des proxènes ou correspondants (2). |

$ 2. — Rome et Italie centrale.

De la comparaison de certains témoignages des auteurs anciens avec des documents épigraphiques, il résulte que l'hospitalité publique a existé dans l'Italie centrale et à Rome, non pas seulement sous la forme romaine du patronat, mais assez longtemps sous la forme hellénique de la proxénie.

L'organisation primitive de l'Italie ne différait guère de celle des pays helléniques. Chaque région se composait d’un certain nombre de cités jouissant d’une entière autonomie municipale, mais unies pour les intérêts communs en confédérations d’un ca- . ractère à la fois religieux et politique. Gomme les Acarnaniens à Actium ou les Béotiens à Onchestos, les Etrusques se réunissaient au temple de Voltumna près de Viterbe (3), et les Latins au bois sacré de Ferentina près du mont Albain (4). La politique entreprenante de Rome détruisit peu à peu cette harmonie primitive, d'abord dans le Latium, puis dans toute l'Italie, comme le bourg d'Athènes absorba entièrement l'Attique et chercha à absorber les autres peuples grecs. Mais la transition ne se fit que lentement ; avant que toutes les villes, réduites à la condition de sujets, dussent se résigner à choisir des patrons parmi les sénateurs de Rome, elles y avaient eu des proxènes, et Rome ellemême avait nommé des hôtes publics.

Dans la Rome primitive, l’institution se présente avec les mêmes caractères qu’à Sparte. Les rois ont des hôtes privés, et la communauté politique nomme des proxènes. Servius Tullius avait conclu avec les principaux chefs des villes latines des traités d'hospitalité publique et privée. Comme Agésilas et Périclès , il fit servir cette institution aux desseins de sa politique. Voici le curieux passage de Tite-Live (5) : « Depuis longtemps

(1) Athénée, I, 5.

(3) Tite-Live, V, 17; IV, 25, 23.

(4) Id., VIT, 25; VIII, 3.

(5) 1d., I, 45 : « Cum quibus publice privatimque hospitia amicitiasque de industria junxerat. »

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» existait le célèbre temple de Diane à Ephèse ; on racontait qu'il » avait été -bâti en commun par les cités d'Asie. Servius se mit à » vanter avec enthousiasme cet accord et cette association pour » un même culte ; il avait à dessein conclu, au nom de l'Etat et » en son normn propre, des traités d’hospitalité et d'amitié avec les » chefs des Latins; à force de répéter les mêmes choses, il finit » par décider les peuples latins à s'unir au peuple romain pour » construire à Rome un temple de Diane. » Ce temple fut bâti sur l’Aventin ; on grava sur une colonne de bronze du monument les lois de la confédération, qu'on pouvait y lire encore au temps d’Auguste. Tarquin le Superbe conclut de même des traités d'hospitalité avec les villes voisines (1). Depuis son règne, on célébra les féries latines en l'honneur de Jupiter sur le mont Albain.

Après la chute de la royauté, l'hospitalité fut constituée comme dans les républiques grecques. Les proxènes furent nommés par le sénat. On connaît un de ces représentæ@ts de la république romaine au temps de Camille. Pendant la guerre des Falisques, Camille avait fait un vœu à Apollon Pythien. Après la victoire, le sénat envoya trois ambassadeurs à Delphes, pour offrir au dieu un cratère d'or. C'étaient L. Valerius, L. Sergius, A. Manlius. Près du détroit de Sicile, les trois députés furent pris par des pirates de Lipari : « C'était la coutume dans cette cité, comme si » le brigandage y eût été une institution publique, de partager » le butin. Par hasard, le magistrat suprême était, cette année- » là, un certain Timasithée, un homme plus semblable aux Ro- » mains qu'à ses compatriotes. » [l harangua les citoyens , leur fit honte de cette conduite. Bref, les ambassadeurs furent traités aux frais de l’Etat comme des hôtes publics. Timasithée les escorta jusqu’à Delphes, puis les reconduisit à Rome: « En vertu » d'un sénatus-consulte, on conclut avec lui un traité d’hospita- » lité publique et on lui remit les présents d’hospitalité au nom » de l'Etat (2). » Il ne s’agit pas là d’un simple titre honorifique, mais d'une véritable fonction comme en Grèce. Cent trente-sept ans plus tard, quand Rome conquit Lipari , les descendants de Timasithée furent déclarés libres et exempts de tout tribut (3). L'institution n'était pas d’ailleurs particulière à Rome dans l'Italie centrale ; on connaît un proxène à Tibur (4).

(1) Tite-Live, 1, 49.

(2) Tite-Live, V, 20 : « Hospitium cum eo senatusconsulto est factum, donaque publice data. » Cf. Plutarque, Camille, 10.

(3) Diodore, XII, 93.

Pendant l'invasion des Gaulois, les prêtres et les dieux romains avaient été recueillis par la ville de Cœre. D'après les idées anciennes, c'était le plus grand service qu’un peuple pût rendre à un autre. Après la défaite des Gaulois, sur la proposition de Camille, Rome adopta pour ses hôtes publics tous les Cœritains. D'après les mêmes principes de droit public qu’en Grèce, le traité d’hospitalité fut conclu en vertu d’un sénatus-consulte. Nous en avons la transcription : « Le sénat a décidé de conclure » un traité d'hospitalité publique avec les Cœritains, parce qu'ils » ont accueilli les objets sacrés et les prêtres du peuple romain, » parce que, grâce à ce peuple, le culte des dieux immortels n’a » pasété interrompu(1). » Les historiens ont savamment commenté le droit cœæritain. On a montré qu'il équivalait à la concession de la civitas sans le jus honorum et le jus suffragii. Cette institution n’est pas particulière à Rome. On en connaît plusieurs exemples en Grèce ; ainsi, les Molosses confèrent la proxénie aux Agrigentins, Delphes à Sardes et à une autre ville (2). Nommer une cité proxène, c'était conférer à tous ses citoyens la civitas, moins le jus honorum et le jus suffragii ; c'était donc ce qu'on appelait ailleurs l'ivorokirelo.

Parmi les peuples qui eurent avec Rome un traité d’hospitalité publique, on cite les Æduens de Gaule (3). Nous croyons, d'ailleurs, que cette institution romaine subsista même sous l'Empire. On lit encore dans le Digeste : « Si avec quelque nation a été conclu » un traité d'amitié ou d'hospitalité ou d'alliance (4)... » Cette question de l’hospitium publicum à Rome a été souvent et savamment discutée. À notre avis, le fœdus æquum, le municipium, l'amicitia et le patronatus ne sont que des cas particuliers de l'hospitium publicum. Ce qui a obscurci toute cette question, c'est le fait que ce terme général, hospitium publicum, a été d'assez bonne heure presque entièrement délaissé. La comparaison avec la forme hellénique de l'institution jette beaucoup de lumière sur l'histoire de l'hospitalité publique à Rome, parce qu’en Grèce le terme de npofevia a, jusqu’au temps de César, désigné également les divers traités d’hospitalité publique. Il n'entre pas dans le cadre de ce livre, consacré uniquement à une institution helléni-

(1) Tite-Live, V, 50 : « Cum Cœretibus hospitium publice fieret. » Cf. Aulu- Gelle, XVI, 13.

(2) Cf. Traités de proxénie entre deux Etats (Livre I, chap. vin, 8 7).

(3) Cæsar, Bell. Gall., I, 1. Tacite, Ann., XI, 25.

(4) Digeste, XLIX, tit. 15, 8 4, 9, 2.

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que, d’approfondir cette question de l'hospitium publicum des Romains (1).

Mentionnons pourtant un curieux document du temps de Sylla (676 de Rome). C'est le sénatus-consulte rendu en faveur du Grec Asclépiade. En vertu de cet aclto du sénat, Asclépiade doit être inscrit par les soins des consuls « in amicorum formulam. » On décide que l’on placera au Capitole « tabulam aheneam ami- » citiæ. » Asclépiade est admis aux fêtes publiques, aux Cérémonies religieuses ; il a le droit de sacrifier : le questeur urbain lui fournira, « en vertu de la formule, » le logement, le bain, des dons d’hospitalité. Ne croirait-on pas lire un traité de proxénie grecque? Quoique nous n'acceptions pas entièrement la théorie de Mommsen sur l’hospitium publicum des Romains, nous n’hésitons pas à reconnaître avec lui, dans le sénatus-consulte de l'an 676, un véritable contrat d’hospitalité publique entre Kome et un Grec d'Asie (2).

Les villes étrangères nommaient des hôtes à Rome comme le sénat romain à l'étranger. À partir de la fin du troisième siècle, ce fut une tradition établie dans les cités helléniques. L'histoire de la proxénie permet de suivre pas à pas le développement poli-

(1) Sur l’hospitium publicum des Romains, voyez le travail de Th. Mommsen (Rôm. Forschungen, I, 2° édition, p. 319 et suiv. Hist. Zeitschrift de von Sybel, I, p. 332). Selon lui, l’hospitium publicum ne diffère pas essentiellement de l’amicitia ; ce serait la base de tout autre traité, le minimum des concessions réciproques entre deux peuples. L’hospilium publicum aurait assuré à l’hospes ou aux nationaux de l'Etat avec lequel il était contracté, le logement pendant le séjour à Rome (locus, ædes liberz), des lautia (bains), des dons en or et en argent (munera, d'où municeps). Les objections de Willems (Droit public romain, 4° édit., p. 381-382) ne uous paraissent pas bien solides. Cf. sur cette question Niebuhr (II, 56-88), Walter (Droit romain, ÿ 85), Mispoulet (Institutions politiques des Romains, II, p. 10- 16). Les auteurs anciens confondent l’hospitium publicum avec le municipium (Tite- Live, V, 50; Aulu-Gelle, XVI, 13). Walter (loco citato) attribue au municipium ‘les effets de l'iconokitela. Madvig et Marquardt identifient le municipium!avec la civitas sine suffragio. Nous n’admettons pas la réfutation de Mispoulet (I, p. 40). |

En somme, Mommsen identifie l'hospiium publicum avec l’amicitia et le fœdus æquum , d’autres avec le municipium , d’autres enfin distinguent tout cela. Nous croyons que l'analogie avec les diverses formes des proxénies grecques permet de pousser plus loin la théorie de Mominsen, L’hospitalité publique prend à Rome divers noms, suivant que le traité est conclu entre Rome et une autre cité, entre une ville étrangère et un Romain, entre le sénat romain et un étranger. La différence est surtout dans les mots; en Grèce, le terne zpobevia est employé dans les trois cas (Nous avons étudié cette question dans un mémoire inédit).

tique et commercial des Romains. La Grande-Grèce donna le signal : Lipara, Rhegion, Syracuse eurent des proxènes à Rome; un des représentants de Rhegion était un préteur, Cn. Aufidius. Athènes nomma, vers 170, L. Hortensius; Gythion, vers le même temps, M. Latinius Pandousa et les banquiers Num. et M. Cloatii. Les Acarnaniens élurent P. et L. Acilii; les Epirotes, C. Darupus Rennius ; Oloosson, L. Acutius : Héraclée des Maliens, Sex. Cornelius ; Délos, M. Sextius de Frégelles. On avisait le sénat de la nomination comme c'était l'habitude entre les Etats grecs. On connaît de nombreux hôtes publics de Delphes à Rome; parmi eux, M. Æmilius Lepidus, Q. Otorius, L. Acilius Kaiso et T. Quinctius Flamininus, le vainqueur du roi Philippe (1). Ces proxènes des cités grecques étaient, à Rome comme autrefois à la cour des rois macédoniens, bien plutôt des protecteurs que de véritables agents. Ainsi, l’on vit peu à peu à la proxénie grecque se substituer le patronat romain des cités qui apparaît complètement organisé au premier siècle. Lors de ses démêélés avec le roi Eumène, Rhodes avait à Rome des proxènes et des patrons (2). Syracuse nomma M. Cicero patron et Q. Cicero proxène (3). Mais les deux institutions étaient identiques en principe ; aussi l’une des deux devait nécessairement tuer l’autre. Comme la véritable liberté était morte, la proxénie succomba.

$ 3. — Marseille.

On connaît malheureusement très peu la constitution de Marseille, qui fut toujours une des principales villes grecques et dont l'autonomie survécut longtemps à l'indépendance hellénique. C'était un des plus grands marchés de la Méditerranée ; ses esrèces étaient l1 monnaie internationale sur les côtes de Gaule et d’Espagne (4). Marseille avait d'intimes relations de commerce ct d'amitié avec l’Asie Mineure, où était sa métropole ; au quatrième

. (1) Proxènes de villes grecques à Rome : C. I. A.. 11, 423. Le Bas-Fouc.,

Pél., 24%; C.I. G., 1336: Bull. corr. hell., V, 443; VIII, 89; C. I. G., 1793®%e<. Le Bas, IL, 1043, 1139. Carapanos, Dodone , p. 114; Bulletino di corr. arch., 1878, p. 126. Wescher-Fouc., Inscr. de Delphes, n° 18 (Liste chronologique). Epñuepic &pyx., 825. Ussing, Inser. gr. ined., n° 17. Tite-Live, V, 28; XXXXII, 14. Cicéron, Verrines, IV, 65.

(2) Tite-Live, XLII, 14.

(3) Cicéron, Verrines, IV, 65.

(4) F. Lenormant, Monn. et médailles, p. 159: même en Afrique (P. Monceaux, Grecs et Maures, p. 15).

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et au troisième siècle, les monnaies d'Asie circulaient en abondance sur la côte de Gaule. Dans un intéressant décret d'Asie, on voit Marseille intervenir, à Rome et en Galatie, en faveur d'une cité de l’Hellespont. C'était au commencement du second siècle, dans l'intervalle entre la défaite de Philippe et celle d'Antiochos. Lampsaque avait décidé d'envoyer une députation au sénat de Rome. Hégésias, le chef de l'ambassade, obtint l’autorisation d'aller d'abord à Marseille. Là il se présenta aux Six-Cents, leur persuada d'envoyer quelques Marseillais à Rome pour présenter, recommander et appuyer les députés de Lampsaque. On remit aussi à Hégésias une lettre pour une tribu des Galates (1). N'est-ce pas un fait significatif que cette intervention de la grande cité de Gaule auprès du sénat romain et des Celtes d'Asie, en faveur d’une célèbre ville d'Orient?

Pourquoi les Romains témoignèrent-ils toujours tant de déférence pour les Marseillais? C'est que Marseille avait présenté Rome aux dieux helléniques, en particulier à Apollon Pythien et à ses prêtres. Les présents sacrés des Romains à Delphes étaient déposés dans le Trésor des Marseillais (2). On connaît à Marseille un proxène de Délos (3) et plusieurs hôtes de Delphes, Théodoros, Cléodamos, Clinas, fils de Pythias, et Pythias, fils de Clinas. Ces derniers sont nommés dans deux documents différents qui appartiennent au commencement du deuxième siècle (4).

On ne sait si Marseille nommait elle-même des agents ; on a seulement découvert en Provence une main de femme en bronze sur laquelle est gravé, suivant l'usage hellénique, un traité d'hospitalité :

Züu60o)ov rpès Oveshauvlouç (5).

Les Velaunii sont les habitants du Velay, qui étaient dans la clientèle des Arvernes. Ce monument doit provenir de Marseille ou

(1) « émiorokdv Ünip Anwv rpèç Tôv Ouoy Tüv Tolostoayiwv Palatüiv » (Milth. deutsch. Instit., 1881, p. 95 et suiv.).

(2) Diodore, XIV, 93.

(3) Inscription inédite de Délos, que nous a communiquée S. Reinach.

(4) Liste chronologique des proxénes de Delphes, à l'année 196 (Wescher-Fouc., Inscr. de Delphes, n° 18). Liste géographique (Haussoullier, Inscr. de Delphes, 93).

(5) U. I. G., 6718. Sur l’usage de ces mains de bronze, cf. Xénophon, Anabase, II, 4, 1; Agésilas, LII, 4. Tacite, Hist., I, 54: II, 8.

d'une des villes grecques de la Gaule. Comme les cités du Bosphore Cimmérien, Marseille dut se servir de la prôxénie pour attirer à elle le commerce des peuplades de l’intérieur. Mais le document pique la curiosité sans la satisfaire.

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