LA PROXËNIE DANS LES COURS D'ORIENT
crets, « séjournaient auprès du roi Démétrios (1). » Samos avait pour représentant à cette cour le Lycien Démarque, « qui séjournait auprès de la reine Phila (femme de Démétrios) et était préposé à la garde; » ce personnage protégea les Samiens pendant leur exil (2).
On possède un long décret de la confédération des treize villes ioniennes, dont les délégués, réunis à Smyrne, comblent d'honnours « Hippodromios, ami du roi Lysimaque, et préposé comme » stratège à la garde des cités de l’Ionie (3). »
C'est surtout dans les relations des villes grecques avec les trois puissants royaumes d'Egypte, de Syrie et de Pergame, qu'on saisit sur le vif le caractère de la proxénie à cette époque.
À Alexandrie, la famille de Chrysermos, souvent mentionnée dans la liste chronologique des proxènes de Delphes, dans les décrets de Délos, d'Athènes et d’autres cités, protégeait auprès des rois d'Egypte plusieurs Etats grecs (4). Les villes helléniques eurent surtout besoin de patrons dans la vallée du Nil au temps où les Ptolémées tournèrent leurs vues ambitieuses vers la Grèce propre, où leurs flottes dominérent dans la mer Egée, et où ils exercèrent sur les Cyclades un véritable protectorat. Deux villes de Béotie, Orchontène et Tanagre, ont pour représentant Sosibios, ministre tout-puissant des Ptolémées (5). Parmi les proxènes de Delphes à Alexandrie figure l’eunuque Aristonicos, chef des mercenaires (6). Délos nomme Dicæos, « fonctionnaire du » roi Ptolémée (7); » et la confédération des îles un certain Théon, « gouverneur d’Alexandrie pour le roi Ptolémée (8). »
Telle fut aussi la politique des villes grecques à la cour des rois de Syrie. Dicéarque de Laodicée, proxène de Delphes, défendait auprès du roi Antiochos les intérêts d'Apollon (9). Un
(1) Le Bas-Fouc., Mégar. et Pél., 31-33. ’Eo. &py., 1333 : « &tarplôwv tapà tèv Bacriéa Aapétprov. »
(2) C. Curtius, Samos, p. 29 : « Ev te tp quyÿ... mal vov GtatpiGwv rapà Tÿ Baatiooy Dia xai Tetayuévos éni Tic puaaxAc. »
(3) Bulletino di corr. arch., 1872, p 248.
(4) Liv. III, chap. 1v, 8 6.
(5) Polybe, V, 33 et suiv. Plutarque, Cléoméne, 64 et suiv. Cf. Le Bas, Il, 631, et Bull. de corr. hellén., IV, p. 97. Hermes, 1836, p. 97 et suiv.
(6) Liste chronologique des prorènes de Delphes, ligne 137; Polybe, XXII, 7, 6.
(7) C. 1. G., 2267 : « terayuévos bnd Tdv Baoraéa IIto)epatov. »
(8) Bull. de corr. hellén., IV, 322 : - terayuévos ünd tôv Baoikéa Iroheuatov év ’Ahetavôpelar. »
(9) C. I. G., 1693 : u énmeôn... nai Xéyer xai npäocer B1à mévros napà tp Bactheï Avtiéyu mepè Toù lepoë xai td, méktoc Tüv Askpüv. »
314 LES PROXÉNIES GRECQUES.
médecin d'Amphipolis, qui avait guéri d’une blessure Antiochos I* Soter est élu hôte public de Novum Ilium, sur le rapport de Méléagre, général du roi (1). La ville de Bargylia en Carie confère le même titre à un juge étranger qui lui avait été envoyé par Antiochos en 261; un exemplaire du décret est expédié au roi, et l’on avise de la nomination le gouverneur (2).
Enfin à Pergame, l’île de Rhodes eut pour proxène le roi Eumène (3). D’autres villes choisissent pour représentants les officiers du roi ou ses ambassadeurs.
Les proxènes des Etats grecs dans les cours d'Orient, à Alexandrie, à Antioche, à Pergame, ne ressemblent guère à ces anciens représentants des cités libres et entièrement indépendantes. Pourtant presque rien n'est changé dans l'organisation, dans les formules, Maïs les institutions valent ce que valent les peuples. La proxénie, qui naguère avait servi de lien entre des cités autonomes, s'était transformée peu à peu, par la perte de l'autonomie réelle, par la disparition d'une sérieuse vie politique, en une sorte de patronat.
(2) Le Bas-Waddington, I. d’As. Min., 87.
(3) Tite-Live, XXX VII, 54.