‹ Les Prussiens en FranceChapitre 14 sur 91 · SARREGUEMINES 4S · texte numérisé non relu

SARREGUEMINES 4S

Français enragé, et on ne parle qu'allemand, tandis que de l'autre côté, où on est Prussien delà tête aux pieds» on ne parle que français. Aussi reçoit-on à bras ouverts l'espion qui parle la langue allemande, et se méfle-t-on même de Tofflcier en bourgeois qui parle un excellent français. Décidément on aura du mal à rattacher les causes de la guerre actuelle, au grand principe des nationalités.

La jolie presqu'île que j'ai devant les yeux est donc prussienne. A quatre kilomètres, à droite, elle devient roise, sans savoir davantage pourquoi.

Dès que la guerre fut déclarée, les habitants abandonnèrent leurs moissons, leurs maisons et leurs jardinets, pour se réfugier sur un sol moins facilement envahissable. Puis l'un d'eux revint à pas de loup, et s'aperçut que les Français n'avaient pas franchi la Sarre ou la Blies, et par conséquent n'avaient pas déterré une simple pomme de terre. Un autre suivit et bientôt chacun rentra chez soi. Aujourd'hui,duhaut d'une des collines de Sarreguemines, je vois les moissonneurs prussiens qui travaillent avec une douoe sérénité.

La < nacelle » du passeur ne fonctionne pas entre eux et la France, il est vrai, mais la paix est faite de loin. Ce sont les pêcheurs à la ligne qui l'ont cimentée. Ils se sont dit, avec raison, que la rive française étant garnie de soldats, le poisson se réfugierait, par amour de la solitude, sur la rive prussienne où il n'y a personne, et ils vont s'asseoir sur le talus ennemi sans crainte d'accident.

Cet arrangement amiable rend la haine moins vivace enlre Français et Prussiens, mais il est fatal aux Bavarois. On se demande ce que vient faire ce peuple de trente-septième ordre dans ce grand duel, où les deux adversaires se mesurent en gens de même force.

— Les .Prussiens ont emmené leurs roquets avec eux pour nous mordre aux jambes !... dit-on ici.

Les roquets, ce sont les sujets du jeune Louis IL

Ce fameux chemin de fer de Sarreguemines à Sarrebriick, qui fut Tobjet d'une convention amicale entre la France et la Prusse, insérée à V Officiel la veille de la déclaration de guerre, traverse la Sarre entre notre ville et la presqu'île, sur la gauche de laquelle il suit la rivière jusqu'à la grande ville prussienne.

Nos ennemis ont miné le pont de notre côté, et nous l'avons miné du leur.

Sans cette précaution mutuelle, rien ne serait changé entre les deux pays.

N'allez pas déduire de ce qui précède que les habitants de Sarreguemines ne soient pas patriotes. Tout au contraire, relativement à leur nombre — six à sept mille — ils fopt très-largement les choses.

Sur rinitiative de M. de Geiger, sénateur et maire de la ville, une commission de secours aux blessés militaires s'est organisée, et réalise des miracles. A l'heure qu'il est, deux mille lits sont installés au collège, à l'école municipale, et dans l'usine de MM. Uz-

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