ULUANS ET CHASSEURS D'AFRIQUE U
Marbache passé, un général de brigade, qui se trouvait dans le train, fit charger les armes des soldats et leui' ordonna de se tenir prêts à tout événement. A quinze cents mètres en avant de Pont-à-Mousson, les soldats descendirent, et, après avoir suivi la voie quelque temps, s'engagèrent sur la route de Faulquemont, que le matin on avait vue pleine de Prussiens. L'ennemi s'empressa de décamper. On revint à la gare, oîi le général fit laisser les sacs,etnos soldats firent leur entrée en ville.
La grande place de Pont-à-Mousson, vaste triangle entouré d'arcades, présentait un curieux spectacle. Les habitants se préparaient à un déménagement général, assez motivé du reste. Cent cinquante uhlans étaient venus, le matin, se livrer sur la place à un véritable carrousel, puis leur chef avait commandé à l'aubergiste de la Croix-Blanche un dîner de trois cents couverts, à servir le soir même sous les arcades...
Cette menace fantaisiste plongeait les habitants dans une mortelle inquiétude. Ils supplièrent le général de leur laisser une partie du 26® pour les garder. Mais, plus familiarisé avec les forfanteries des uhlans, le général fit tous ses efforts pour les rassurer et leur promit des troupes pour le soir.
A 3 heures et demie, le train repartit. Il rencontra, entre Ancy et Ars-sur-Moselle, un campement de chasseurs d'Afrique. Sitôt que le colonel de ce corps eut appris l'affaire de Pont-à-Mousson, il fit monter un escadron, qui arriva dans la ville par la route de Nancy,
98 L£S PRUSSIiglfS JSN FRANCE
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en m^mo tempi^ que lee ublans v^naiant )>ai* la route (Je Faulquemont,
Avi^o leur ardeur ordinaipa, les chasseurs s^élanoà^ rent dans la ville et donnèrent dans une sorte de bar^ ricade faitQ de pavé^» où plusieurs furent blessés. Ils ne s'en jetèrent qu'avec plu§ de rage à la pourauite des ulhans, leur tuèrent cinq hommes, firent une quarantaine de prisonniers, et, au retour de cette chassa, mangèrent le diner que Taubergiste de la Croix-Blanche avait préparé, bien à contre-cœur.
Mets, 14 aodt, âoir.
En prenant le commandement en chef de l'armée, le maréchal Bazainé, voyant lé pays envahi de troîs côtés par les armées du prince Frédéric-Charles, du prince Fritz et du maréchal Steinmetz, eut l'Idée de réunir autour de Metz, le camp retranché de la France, toutes les troupes éparpillées de divers côtés, afin d'avoir â opposer des masses réelles aux masses ennemies.
Le point où cette concentration avait le plus d*intérôt, était Borny, petit village placé à la rencontre des routes de Boulay et de Saint- Avold et Forbach. C'était par là que l'ennemi s'avançait, plus ôssuré) presque triomphant depuis sa facile victoire de Slyring.
Aussi, ce matin dimanche» tandis que l'on décidait que la hgne de la Moselle serait passée, et que toutes les troupes laisseraient Metz derrière elles, un grand mouvement se fit dans le camp ft'ançais.
Le général Ladmirault se préparait à tourner Ueit
par le nord et se séparait ainsi du général Decaen, qui allait traverser la ville, lorsque Tennemi, bien établi en face de nous, à Noisseville, Montoy et Coincy, eut la malencontreuse idée de nous envoyer un coup de canon.
Les troupes s'arrêtèrent dans leur marche. Les soldats du général Ladmirault, qui déjà partaient par la ravine de Vallière, se retournèrent et marchèrent sur les Prussiens. En un instant, la canonnade s'étendit ainsi de Vallière à Grigy, par Borny, sur une longueur de près de deux lieues. Jamais les Prussiens n'avaient supporté une telle attaque.
La canonnade dura de 4 heures à 5. Elle s'interrompit une heure, pour laisser l'infanterie et les mitrailleuses faire leur office , puis elle reprit de 6 heures à 8 heures 35 minutes, ne s^arrêtant que lorsque l'ennemi eut complètement abandonné ses positions. C'était une victoire, et c'est bien certainement le plus glorieux fait d'armes de la campagne. L'ennemi laissait huit mille morts sur le champ de bataille, et nous en avons à peine perdu mille !
Le général Picard, commandant une des divisions de la garde impériale, me disait, tout à l'heure, que jamais il n'avait rien vu d'aussi terrible que le champ de bataille de Borny. On y voyait des rangées d'hommes couchés, dans l'ordre qu'ils occupaient. On retrouvait les vivants sous les morts!... C'était l'ouvrage des mitrailleuses françaises. Avouons, du reste, que les ca-
BATAILLK DE BORNY 101
nons d'acier des Prussiens nous ont fait aussi bien du mal.
Maintenant quelques lignes d'explication.
La moitié de notre armée, 200,000 hommes environ, passait la Moselle sur un seul pont. Les Prussiens se sont trompés d'une heure et, au lieu de tomber sur une division d'arrière-garde, ils sont tombés sur les corps Decaen et Ladmirault, qui ont pu faire face en cinquante minutes.
Les Prussiens avaient probablement un plan de Metz qui ne contenait pas l'indication du fort de Queuleu.
Connaissant d'ancienne date le fort Saint-Julien, ils ont voulu l'éviter et se sont dirigés sur Queuleu, A ce jnoment, le fort Saint-Julien a commencé son feu sans atteindre les ennemis. Ils se sont alors appuyés davantage sur le fort de Queuleu , qui. les a mitraiU lés avec succès de toute son artillerie. Le désarroi -s'est mis dans les troupes prussiennes, qui, par un faux mouvement, se sont reportées sous le feu de Sainte- Julien. C'est à ce moment qu'elles ont fondu sur un point de notre position faiblement occupé par Bazaine avec un seul régiment d'infanterie. Ce régiment s'est ouvert et a subitement démasqué douze mitrailleuses, qui ont détruit instantanément deux régiments prus*» siens en les fauchant.
Un général prussien est alors venu en parlementaire, pour demander un armistice de douze heures. ïl a dé* claré 8,000 morts à enterrer, ce qui suppose au moins 30,000 hommes hors de combat.
Cô qui explique que rarmistice ait été accordé, ô'êst que Tarmée sollicitant la trêve n'a pas le droit de changer de position, tandis que nous avions, nous, des positions à prendre.
Dans cette bataille, le 1^' corps prussien était com« mandé par le lieutenant-général Manteuffel^ le 7" pat le comte de Zastrow. Chaque corps avait 25,000 hommes d'infanterie, 83,000 hommes de cavalerie et 96 canons.
C'est le colonel de Galliffet qui avait été chargé d'éclairer le passage de la Moselle par l'armée française.
Une dépêche de l'empereur, adressée à Paris, et datée de Longeville, aujourd'hui, 14 août, soir, semble faire croire que c'est à Longeville qu'on s'est battu, mais c'est de la bataille de Borny que Napoléon III a entendu parler.
Cette bataille, en effet, coincidait avec notre passage de la Moselle ; elle en assurait même la sécurité, puis»qu'elle empêchait les trois corps prussiens de marcher de compagnie, mais elle avait eu lieu à une vingtaine de kilomètres de l'endroit où la dépêche faisait supposer qu'elle s'était livrée.
L'empereur, parti aujourd'hui de Metz à 3 heures et demie, s'est rendu à Longeville , petit village placé sous Metz, sur la route de Verdun et Nancy. H habite chez le colonel Hénocque, bon propriétaire de l'endroit. Son état-major campe dans les prairies du voisinage.
15 août, matin.
Toujours admirablement renseignés, les Prussiens ont songé à enlever Tempereur. Cachés la nuit dans les petits bouquets d'arbres du château de Frescaty et des fermes d'Orly et de là Maison-Rouge, situés en face de Longeville et de l'autre côté de la Moselle, ils ont fait, ce matin, passer le pont du chemin de fer à un escadron de uhlanô» tandis qu'ils dirigeaient le fbu de leur artillerie sur le village de Moulins, situé à gauche de Longeville^ et sur la route à droite, pour intercepter les secours.
Mais, sous leur feu, notre génie fit sauter le pont du chemin de fer, et les uhlans, trouvant à Longeville des forces considérables, et ayant la voie de retour coupée, durent se rendre tous, presque sans coup férir.
Pendant la reddition, le fort de Saint-Quentin, qui domine de ce côté» envoyait des boulets aux batteries prussiennes et éteignait leur feu. C'est le début de la garde mobile, et c'est un heureux début.