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LES CORPS FRANCS

Ils ont poussé quelques reconnaissances vers Mourmelon. Les Prussiens n*y sont pas massés comme à Ghâlons, mais de petits détachements parcourent les plaines. Le commandant Robin allait envoyer ses hommes pour ramasser ces éclaireurs ennemis, mais il paraît que la bataille — une bataille sérieuse —

vient de s'engager à et on a demandé au

corps franc de s'y rendre. J'y vais avec lui par un train spécial.

Rethel, 26 aoAt 1870.

Rien de plus agréable que le voyage de Reims à Rethel. En deux heures, nous avons eu trois ou quatre alertes et un déraillement, précédé d'un coup de tampon si vigoureux, que deux wagons sont montés l'un sur l'autre, d'une façon si parfaite, qu'on les a conduits en gare sans les déplacer.

L'autorité a l'intention de sévir contre un mécanicien, je crois, mais ces pauvres gens font depuis six semaines un si pénible métier, que vraiment on peut demander pour eux de l'indulgence. Il n'y a pas eu de morts, du reste, mais seulement une collection de blessures légères, dont nos braves volontaires se consolent en disant : « Nous en verrons bien d'autres ! »

L'empereur, ayant vu ce matin un volontaire des corps francs, l'a fait approcher et lui a demandé des renseignements sur l'organisation de ces corps. Il a appris ainsi qu'en quinze jours, quatre bataillons de

volontaires, tous anciens soldats, s'étaient formés, équipés, mis en marche, et rendus sur la droite de Tarmée du maréchal Mac-Mahon, qu'ils ont mission d'éclairer. Chacun de ces bataillons est fort de six à sept cents hommes, tous vigoureux, habiles au maniement des armes et disposés à faire aux Prussiens une guerre à outrance. L'un d'eux me disait que son frère, sous-chef de gare à Forbach, a été fusillé par les Prussiens. Il s'est fait soldat pour le venger. Beaucoup de volontaires se sont engagés pour des motifs de ce genre. Voilà une troupe qui promet.

La chasse aux espions continue avec un acharnement aussi féroce qu'inintelligent. Tout homme qui demande son chemin est réputé espion et malmené par les foules civiles et militaires. J'en ai vu un hier qui a été bousculé, meurtri et blessé, couvert de sang. Il avait des papiers fort eu règle. Quant à son dénonciateur, il a été arrêté parce qu'il n'a pu fournir aucun renseignement positif sur son identité.

Que la population soit vigilante, c'est bien ; mais qu'elle opère ses arrestations avec moins de barbarie.

En matière d'espionnage surtout, il convient de ne pas agir à la légère. Il fout laisser à la justice le soin de démêler le vrai du faux.

Il est vrai que la justice, en ce moment, a des indulgences inouïes. Les pillards militaires de la gare de Reims ont été mis en liberté.

Dès qu'on ne juge pas les voleurs, comment ferat-on pour punir les receleurs ?

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