TUERIE DE PRUSSIENS
Suippes, fuyaient littéralement devant les fuyards prussiens, qui, par milliers, suivaient le flanc de l'Argonne, venant de Grand-Pré, d*où, samedi, on avait entendu le canon toute la journée.
Du reste, le canon n'a cessé de tonner, à de courts intervalles, dans la direction de ce passage. L'armée prussienne a dû opérer le mouvement sur Vouziers et Rethel, dont parle la dépêche communiquée sous toutes réserves; mais elle ne Ta fait qu'en éprouvant des pertes énormes, qui causent dans ses rangs une véritable démoralisation.
Cette confirmation de la nouvelle que j'ai donnée hier, n'est pas la seule bonne information que j'aie recueillie aujourd'hui. Gomme je le soutiehs depuis plusieurs jours, les Prussiens évacuent la Champagne, pour se porter vers les Ardennes, où leurs armées ont besoin de secours. Ainsi, non-seulement il n'y a plus d'ennemis à Ghâlons, à |Epernay, dans la vallée de l'Aube ou aux environs de" Reims, mais les routes sont libres d'ici à Sainte-Menehould et au sud de cette ligne, et le chemin de fer de l'Est, qui s'arrêtait à Ghâteau- Thierry hier, a réorganisé aujourd'hui son service jusqu'à Ghâlons et le réorganisera demain jusqu'à Vitryle-Françoîs.
La voie de Mourmelon à Ghâlons ne peut être rétablie de longtemps par suite de l'incendie de l'estacade de la Veuve, mais il est fort probable que demain les trains pourront aller, par Suippes et Mourmelon, de Henns à Sainte-Menehould.
La petite expédition de Cuperly, dont j'ai parlé hier, et qui a coûté la vie à deux ofâciers prussiens, victimes assurément d'un malentendu, a eu un résultat heureux, connu aujourd'hui seulement.
Les cavaliers prussiens qui se trouvaient dans la cour de la ferme, voyant tomber leurs officiers, montèrent à cheval et s'enfuirent vers Suippes, tandis que le train revenait à Reims. A Suippes, ils rallièrent le reste de leurs troupes, avec lesquelles ils continuèrent leur voyage précipité vers le nord.
Les paysans qui se rendirent à Cuperly y trouvèrent cinquante-neuf chevaux et vingt-sept fourgons prussiens chargés de matériel, de vivres, d'armes et d'outils qu'ils conduisirent à Châlons.
L'officier blessé, M. Vandenraarcoll, est mort aujourd'hui à l'ambulance de la gare de Reims. En procédant à l'autopsie, oh a découvert que les blessures qui ont déterminé la mort de ce malheureux jeune homme avaient été produites par la décharge accidenttelle du revolver qu'il tenait à la main au moment oii il fut atteint par le feu de nos soldats. On l'enterrera demain matin.