STRASBOURG, IMPRIMERIE DE G. SILBERMANN
Toul a été dit sur les Psaumes, ei nous n'essaierons pas d'en faire i'éloge après tant d*aulre$. Nous nous bornerons à donner sur cette œuvre sublime quelques détails historiques empruntés pour la plupart à la Palestine de M. Munk.
Le livre des Psaumes, dit le savnnt Orientaliste, est un recueil de poésies lyriques composées par plusieurs poêles, à différentes époques, depuis David jusqu'à Texil de Babylone. Il y en a un ceriain nombre qui datent de l'exil même, et quelques-unes paraissent être posiérieures à l'exil. Un seul des Psaumes semble remonter à une haute antiquité : c'est le psaume 90, qui porte pour inscription Prière de Moïse^ et nous ne trouvons aucun molif grave pour douter del'aulhenticiié de cette inscription. Les réflexions que renferme ce psaume sont dignes du grand législateur. Quel triste spectacle de la caducité de la race humaine, que toute une génération périssant dans le désert! Les poésies de David sont les plus nombreuses de lovWeA^ cA>\çiÇ:-
tioD : nous lisons son nom en léte de 72 psaumes. Quelques-uns de ces psaumes dénotent une époque postérieures ou'furenl adressés à David par un autre poëte; mais, en revanche, plusieurs psaumes anonymes appartiennent sans doute à David. Les chants de ce roi- poêle révèlent un sentiment vif et profond, qu'il manifeste avec beaucoup de naturel dans les situations variéea de sa vie ; il se laisse aller librement à la joie, ù la douleur, au repentir, et même à ses ressentiments, car il est toujours sous l'empire de sa situation momentanée. Quand une fois on a reconnu la profonde sensibilité de son âme, on comprend les touchants et pieux épanchements de son cœur s'humiliant devant Dieu, et les imprécations qu'il prononce souvent contre ses ennemis. Douze psaumes* sont attribués au lévite Âsaph, contemporain de David ; ceux dont la critique peut le reconnaître auteur (comme , par exemple, le psaume 50) le signalent comme un poète didactique de premier ordre. Mais la plupart des psaiimes qui portent le nom d'Asaph ne sauraient avoir pour auteur un contemporain de David : tantôt on reconnaît un poëte postérieur au schisme (ps. 78 , V. 67 et 68), tantôt même c'est un poëte qui a vu la destruction de Jérusalem et du Temple (ps. 74
' On peut cependant lui attribuer quelques psaumes qui se terminent par une prière pour le rétablissement de Jérusalem et du peuple d'Israël.
2 Ce sont les psaumes 60 et 73 à 83.
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et 79). On peut dire la même chose du ps. 88, attribué à Héman, et du psaume 89, attribué à Elhan: il ne peut être question de poètes de ce nom contemporains de David (2 chi on. 6, 18 et 29), car les chants désignés ne s'adaptent qu'au temps de l'exil, ou tout au plus au temps d'Ezéchias. Une série de psaumes, peut-être les plus sublimes de toute la collection , sont rapportés aux fils de Korah^^ soit que leurs auteurs fussent des descendants de Korah, ou bien, ce qui est plus probable, que leur exécution musicale fût confiée à cette famille de lévites, ou du moins conforme à la méthode particulière des Korahites. On serait tenté de donner à tous ces chants le même auteur, car ils respirent tous le même esprit; c'est 1« même feu, la même concision, le même élan lyrique. Cependant leur contenu révèle des auteurs de différentes époques; on y reconnaît le temps de Salomon (ps. 45), et celui de l'exil (ps. 85). Nous signalons particulièrement une touchante élégie des Korahites (ps. 42) et le magnifiqueépithalameadresséàSalomon.
Il y a enfin un certain nombre de psaumes qui ne
portent aucun nom en tête et qui sont de différentes époques : les uns peuvent appartenir à David ; d'autres sont même postérieurs à l'exil, comme le célèbre psaume 137, Sur les fleuves de Bahijlone^ etc. Parmi les poèmes anonymes nous remarquons les Halleluia,
' Voy. les psaumes i2 à 49, 84, 85, 87, 88.
et les psaumes dils des degrés ou des ascensions (graduum)^ qui étaient chantés, à ce qu'il paraît, parles pèlerins qui montaient au Temple de Jérusalem^
On rencontre dans les Psaumes les noms d'un assez grand nombre d'instruments de musique. On ne peut douter, en effet, que la musique n'ait été cultivée avec quelque succès par les Hébreux; mais malheureusement nous manquons entièrement de données authentiques à ce sujet. Ce qu'il y a de certain c'est que sous David, la musique, considérée comme un puissant moyen d'élever vers Dieu les âmes des fidèles , et devenue une des parties essentielles du culte, arriva au plus haut degré de perfection qu'elle ait jamais atteint chez les Hébreux. Un nombreux corps de musiciens, divisé en diverses sections, fut chargé de la musique sacrée. Chaque chœur des chanteurs et chaque orchestre avait en têle un virtuose (Ménasséach) qui dirigeait le chant ou la musique et qui chantait ou jouait les solos.
Les Hébreux avaient des instruments à cordes, des instruments à vent et des instruments de percussion ; mais nous sommes loin d'avoir des notions exactes sur la forme des instruments mentionnés dans la Bible , et nous devons nous contenter de reproduire les dessins de ces instruments, avec leurs
' La Palestine, liv IV, ch. i.
noms, vrais ou supposés, tels que nous les trouvons dans le commentaire hébreu des Psaumes par Joël Lœv^e, Berlin 1785, en renvoyant les lecteurs qui voudraient approfondir cette matière au savant ouvrage de M. Mimk.
On trouve dans les inscriptions de plusieurs psaumes quelques autres noms, tels que GHriTiTH (ps. 8, 81, 84), ÂLAMOTH (ps. 46), Ma*halath (ps. 53, 88), etc. , dans lesquels certains commentateurs ont voulu voir des noms d'instruments, mais qui désignent plus probablement un mode du chant. Quelquefois la mélodie paraît être indiquée par les premiers mots d'un chanlalors généralementconnu ; c'est ainsi, sans doute, qu'on doit expliquer les mots Al-. Tasch'heth, ne détruis pcLs (ps. 57, etc.), Ayyéleth ha-scha'har, la gazelle de l'aurore (ps.22), Yonath ÉLEM re'hokim , la colombe muette au loin (ps. 56) , et quelques autres. i
En résumé dirons-nous avec l'auteur de la Pales tinej l'usage fréquent que les Hébreux faisaient de la musique, dans le service divin comme dans le commerce de la vie, dans les circonstances joyeuses comme dans le deuil, est pour nous une preuve évidente qu'ils avaient un grand amour pour cet art, et ils y étaient probablement bien plus avancés que les autres peuples de l'Orient.
Il existe un grand nombre de traductions des
Psaumes. Mais elles sont en général peu satisfaisantes. Les unes, écrites sous l'empire de préoccupations que nous n'avons pas à juger, sont lellement éloignées de Toriginal qu'on a de la peine à le reconnaître dans leur reproduction; les autres, pour avoirvoulusuivreservilement le texte hébreu, laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la clarté, quelquefois même elles sont tout ù fait inintelligibles.
Nous nous sommes gardé, autant qu*il était en nous, de ce double écueil. Ce que nous nous sommes proposé avant tout, c'a été la fidélité. Si nous n'avons pas rendu mot pour mot, —il y a pour cela trop de différence entre le génie des deux langues tdu moins nous avons , s'il est permis de parler ainsi , serré notre texte du plus près possible, nous avons voulu que notre traduction dît bien ce que dit l'original , tout ce qu'il dit, rien que ce qu'il dit, et nous nous sommes efforcé de l'exprimer en termes, sinon élégants, au moins suffisamment clairs. Nous nous sommes étudié, en outre, a conserver la concision de l'original, et même, autant que cela était possible, le rhythme lyrique: tel a été notre but en coupant les versets comme nous l'avons fait. Nous avons, du reste, adopté l'ordre introduit par Mendelssohn pour plusieurs Psaumes, où les idées, ne semblent pas s'enchaîner d'une façon suffisamment logique. En coupant ces Psaumes en strophes, et en
supposant des chœurs, le Maître a porté la lumière là où elle paraissait faire défaut.
En entreprenant cette nouvelle traduction des Psaumes, nous ne nous sommes pas un instant dissimulé la grandeur de la tâche et l'insuffisance de nos forces, et il a fallu de bien puissants encouragements pour nous déterminer à aborder une pareille œuvre.
Nous avions à la vérité déjà fait paraître quelques Psaumes dans notre Semaine israélite et dans les Rituels de prières que nous avons traduits , et ces essais nous avaient valu , avec les suffrages de nos plus célèbres docteurs, les éloges précieux de M. Ad. Franck, le savant membre de l'Institut; toutefois ce n'est pas sans de longues hésitations que nous avons entrepris de compléter ce travail ; heureux si, comme notre bien-aimé et vénérable grand rabbin M. Ulmann veut bien le dire dans une lettre qu'il a eu la bonté de nous adresser, heureux si le nouveau Psautier remplit son but comme lecture édifiante , comme livre de piété.
Notre travail achevé, nous avons eu l'ambition — bien légitime — de le revêtir d'une forme qui fût aussi digne que possible de Tœuvre du Psalmiste. Mais ce projet rencontrait des difficultés que seul il nous eût été difficile de surmonter, et si nous avons pu le mener à bonne fin, c'est grâce au concours généreux d'un homme qui se plaît à encourager les
publications qu'il croit bonnes et utiles. Nous en demandons pardon à la modestie de M. Millaud, mais, nous sommes heureux d'avoir l'occasion de le dire, c'est à lui déjà que notre Rituel sphardi doit Texistence, et si le lecteur de ces Psaumes y trouve des sujets de joie, s'il y puise du courage dans l'adversité, des consolations dans le malheur, si enfin ce livre est selon son cœur, c'est justice qu'il sache a qui il en est en grande partie redevable. A chacun le sien ; a la bienfaisance privée la reconnaissance publique.
A. Ben-Bâruch Créhange.