HISTORIQUE
Avant que Kümmel et Verneuil en 1892, décrivent les spondylites traumatiques (maladie de Kümmel), l’hystérotraumatisme expliquait trop facilement bien des névralgies spinales et aussi bien des gibbosités. Grâce à ces auteurs on cessa de prendre pour des simulateurs hystériques ou neurasthéniques des blessés qui étaient réellement atteints de lésion vertébrale. Les progrès de la radiographie y contribuèrent beaucoup.
Depuis Brodie qui lui a laissé son nom, la rachialgie hystérique fut l’objet de nombreuses études. Citons Andry (1887), Charcot (1888), Kermisson (1888), Aimes (1914 et 1919). |
La déformation rachidienne hystéro-traumatique fut d’abord signalée sous la forme de scoliose : leçons de Charcot, thèses de Landais, Vic, Roux et Houeix, de la Brousse. La cyphose ne fut étudiée que plus tard par Moly et surtout par Déléarde /Gazelle des Hôpilaux, 1912). Signalons également Brissaud, élève de Charcot, dans ses études des névroses traumatiques et Babinski dans sa théorie du pithiatisme.
Mais la guerre devait ouvrir un vaste champ d’observation aux névrologistes. Bientôt apparaissent dans nos hôpitaux ces fameux « plicaturés » : ce sont des malades présentant une exagération de la cyphose lombaire créant chez eux une attitude spéciale qui leur fit donner le surnom de « Pros-
ternés ». Tout ceci dérouta longtemps les plus sagaces car il y avait également à compter avec les simulateurs dont nous dirons quelques mots. C’est alors que furent publiées par Sicard, Souques, Roussy, Vincent, etc..., d'importantes études touchant ce syndrome bizarre qui reçut alors des noms non moins bizarres: plicatures vertébrales, camptocormies, camptorachis, cintrages, prosternés, etc... Ce dernier est emprunté au Professeur Verger qui aborde la question dans son cours de Médecine légale sur les névroses traumatiques dont nous avons extrait plusieurs notions pour les interposer au cours de notre sujet.
Tous ces auteurs démontrèrent, parmi ces plicaturés, l'existence de beaucoup d’organiques mais aussi de beaucoup d’hystériques. Et grâce à eux la déformation rachidienne obtint son explication pathogénique d’attitude antalgique qui la rattache étroitement à la névralgie spinale de Brodie, rendant désormais impossible la séparation de ces deux symptômes. e
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
Au point de vue étiologique nous trouvons un traumatisme accompagné d’un shock nerveux survenant sur un terrain prédisposé à l’hystérie. Celle-ci peut d’ailleurs être créée de toutes pièces par le traumatisme ou la frayeur qui l'accompagne chez des sujets indemnes de tout névrosisme antérieur. Nous ne trouverons presque jamais chez nos malades d’attaques ou même de crises larvées. Il est évident néanmoins que des hystériques avérés, pourront faire de l’hystéro-traumatisme à localisation rachidienne. Chez ceux-ci nous trouverons rarement le syndrome névralgique pur. Ils réalisent plutôt le tableau des plicatures en y ajoutant tout un cortège de stigmates hystériques impressionnants. Mais dans tous les. cas nous trouverons toujours un défaut de correspondance entre la gravité du traumatisme et celle des symptômes accusés.
Sont exposés à l’hystéro-traumatisme tous les individus exposés au traumatisme accompagné de shock nerveux.
Grasset a indiqué que si le plus souvent le rapport de cause à effet semble chronologiquement très net entre le traumatisme et les manifestations nerveuses, il cesse d’exister entre ces deux éléments au triple point de vue du siège, de la gravité et de la durée des deux ordres de phénomènes. Nous ferons remarquer cependant que nous pouvons avoir des cas où il y aura une véritable « période de méditation »
laissant au sujet le temps de préparer son hystérie. C’est en somme une période d’incubation que Charcot appela «période de rumination ou de méditation » mais qui, d’après Brissaud, devrait s'appeler « période de préméditation » pendant laquelle le malade prendrait des décisions volontaires et des idées bien arrêtées. Quel que soit le nom qu'on puisse lui donner, clle existe toujours lorsque le traumatisme ne survenant pas déjà sur un terrain nettement hystérique ferait naître de toute pièce ce syndrome. Souvent à ce premier syndrome hystérique vient s’ajouter un second neurasthénique car si l’hystérique est fier de sa maladie l'hystéro-traumatisé est un neurasthéniquesouvent hargneux qui se plaint et souffre de son affection ce qui ne fait que compliquer son état. :
Le traumatisme semble toujours intéresser la région rachidienne, sans qu'il puisse être démontré que la douleur maxima et la déformation correspondent au point exact où l’agent provocateur a agi avec le plus de violence.
L'importance étiologique du traumatisme ne diminue pas celle du second élément, le shock nerveux, toujours évident. Au premier élément purement émotif succède l’auto-suggestion provoquée par l'émotion violente qui accompagne l’accident et c’est elle qui doit expliquer l'apparition des premiers symptômes douloureux. Cet élément douleur venant irriter les centres nerveux ét par excitation ferait naître les contractures de la même façon qu’une irritation transmise aux centres nerveux et les paralysant donnerait naissance à des paralysies.
Les contractures seules nous intéressent ici et en particulier la cyphose traumatique qui fut la plus connue pendant la guerre. Ces plicaturés étaient des individus ayant été fortement contusionnés sur les reins, ou bien projetés par un éclatement « soufflés comme l’on disait au front », ou parfois encore enterrés. Ces traumatismes avaient été accompagnés d’un gros shock nerveux et au bout d’un certain temps on retrouve ces traumatisés dans cette position fléchie,
mn
courbés en avant avec impossibilité de redressement, d’où leur est venu le nom de « prosternés ».
C'est alors l’auto-suggestion qui explique les autres symptômes et Brissaud en étudiant les névroses traumatiques avait compris l'importance de ce facteur lorsque se demandant s’il s'agissait bien toujours d’une origine purement émotive croyait aussi à une suggestion. Dans sa théorie du « pithiatisme » ou de la « persuasion » Babinski, qu'il faut peut-être taxer d’exagération, allait jusqu’à déclarer «l'émotion n’y est pour rien, l'influence suggestive est tout. »
Au début c’est pour calmer la douleur que l’homme déforme instinctivement son tronc. Dans la pose initiale, tant qu’il souffre vivement, le patient garde une attitude de flexion et évite tout mouvement, toute tentative d’extention qui pourrait exagérer la souffrance.
La camptocormie peut persister longtemps après l’atténuation ou la disparition de la douleur ; c’est alors l’auto-suggestion qui explique le maintien de l'attitude vicieuse et l’on est frappé de l'importance des symptômes par rappert au traumatisme. L'idée pourrait alors venir à l’esprit que l’on a à faire à des simulateurs mais l’on est bien vite fixé sur la bonne foi de ces malades, car si ceux-ci sont de véritables malades qui cherchent à guérir les autres se complaisent dans l’idée de leur état et la perfectionnent par un mécanisme pithiatique. Pour qualifier cet état mental spécial des individus qui se persuadent qu’ils ont intérêt à ne pas guérir Brissaud trouva le terme de « sinistrose. »
Quelquefois il y a union de l’hystérie avec des lésions réelles pour en retarder ou en exagérer les symptômes et Grasset a mis en relief l'association fréquente de l’hystérie avec les diathèses rhumatismale et bacillaire en particulier.
L'hystérie ne fait alors qu’ajouter ses troubles fonctionnels à des symptômes lésionnels de nalure médicale ou chirurgicale. Alors il est parfois très difficile de déterminer la part qui revient à l’un ou à l’autre : Charcot disait : « l’hystérie est une maladie protéiforme qui peut simuler toute la patho-