‹ Les pseudonymes du jourChapitre 2 sur 24 · PREFACE. III · texte numérisé non relu

PREFACE. III

les articles, changea les conditions de la presse et diminua l'influence qu'elle exerçait par l'union collective de ses membres et le prestige de l'inconnu. Toutefois, la loi reconnaissait à l'écrivain le droit de dissimuler sa personnalité sous le voile plus ou moins transparent du pseudonyme. Aussi, depuis cette époque, se sont-ils multipliés, surtout dans les jour naux. On peut dire, à l'honneur des écrivains français, que si le pseudonyme est un masque, il est rarement une cuirasse. Le masque tombe et l'homme apparaît, soit en face du magistrat, soit en face d'un adversaire.

a Quels que soient les motifs qui déterminent le choix d'un pseudonyme, nous n'avons pas à nous en occuper ici. Il est des noms contre lesquels le public se cabre, qu'il ne veut point entendre, d'autres qui lui entrent dans les oreilles comme un accord parfait. Il faut donc considérer un nom de convention, un pseudonyme, comme une nécessité pour qui veut le lancer dans la circulation. On ne vient pas toujours au monde en s'appelant Voltaire^ ou Rivarol. Ces noms-là n'existent pas, on les invente.

(( Ainsi qu'il est dit en tète de cette introduction, le travail que nous publions aujourd'hui dans le Fi-

1. On n'est pas d'accord sur l'origine du pseudonyme de Voltaire. Est-ce le nom de Volterre, petit village, qui l'aura frappé par sa soaorité et sa désinvolture? On a voulu y trouver l'anagramme de son nom, Arouet le jeune, Arouet t. j. En effet, en prenant Vu pour un r, et le j pour un i, la combinaison est régulière, bien qu'un peu forcée.

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garo est un travail de pure curiosité littéraire. Bien que nos recherches tendent à le compléter autant qu'il nous sera possible, nous préférerions une lacune à une divulgation qui pourrait être préjudiciable à quelqu'un. »

Un autre sujet m'avait aussi tenté, celui des Livres A CLEF. L'idée, qui n'est pas nouvelle, m'en était venue en indiquant les personnalités des Portraits parisiens de Charles Yriarte. Plus tard, j'y revenais dans une Chronique du Charivari :

a Ce serait une étude amusante et certainement digne de tenter un esprit curieux, que celle de dégager des romans modernes le côté autobiographique et d'ôter les masques plus ou moins transparents de leurs personnages. De ce nombre, les plus connus sont : Elle et Lui, de George Sand, Lui et Elle, de Paul de Musset, plusieurs personnages de Balzac, quelques-uns de Stendhal, etc., etc. Il est bon nombre de romans auxquels on peut appliquer ce mot : « Ne causez pas à diner avec M. de Balzac, c'est un homme qui mettrait votre grand'mère en feuille'on. »

Je n'ai pas donné suite à ce projet, qui touche à des questions délicates, craignant d'en dire trop ou pas assez. Il faut reconnaître aussi que les types réels sont souvent présentés avec des traits étrangers. Le mélange de la réalité dans le fond et de la fiction dans les deiails rend encore cette tâche plus difncile. Lauteur seul pourrait démêler la fable et la vérité de son œuvre, et encore serait-il peut-être s.ouvent lui-même assez embarrassé.

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Il n'est pas besoin, je suppose, d'établir la distinction entre un Nom d'artiste et un Pseudonyme. Il y a des noms d'artiste tellement connus que c'est le nom réel de l'auteur qui serait un pseudonyme. Gérard, Chevallier, de Noé ou d'Arnoult ne sont-ils pas des noms énigmatiques pour le public, qui connaît J.-J. Grandville, Gavarni, Gham et Bertall? La jurisprudence elle-même confirme cette opinion.

Je dois répondre d'avance à une double observation qui se présente d'elle-même à l'esprit de ceux qui s'intéressent à ce travail :

Il y Qt des pseudonymes qui ne figurent pas dans cette galerie.

Les pseudonymes sont souvent dévoilés sans désignation des ouvrages et des journaux où ils ont été signés.

Je réponds à ces deux observations :

Je n'ai pas la prétention et il n'entre pas non plus dans ma pensée de faire un ouvrage complet sur les Pseudonymes. Je crois qu'une vie entière n'y suffirait pas, en considérant qu'il y a environ six cents journaux périodiques à Paris peuplés de pseudonymes, et qu'il s'en fonde tous les jours de nouveaux. D'après le relevé de la Liste générale des membres de la Société des Gens de lettres, publiée en 1865, on en compte plusieurs centaines. Quant à suivre la trace d'un pseudonyme à travers ses incarnations et ses pérégrinations, je déclare simplement cette tentative impraticable. Tel pseudonyme a abrité la personnalité de plusieurs écrivains différents et a traversé

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vingt journaux: souvent même il passe à l'état de Pavillon neutre ei tombe dans le domaine général.

Je me suis donc attaché à ne donner que ceux qui peuvent servir, à divers titres, aux recherches sur l'histoire de la littérature contemporaine. Ceux que je pourrai recueillir encore dans la suite seront publiés en supplément, soit quïls aient été omis dans cette édition, soit qu'ils se produisent après sa date.

J'ai dû aussi m'abstenir de certaines révélations. Les curieux ne me sauront pas bon gré, sans doute, de m'être volontairement privé de mon droit et d'un élément de succès. Je respecte trop les lettres, auxquelles j'ai l'honneur d'appartenir tout entier, je dois trop à la bienveillance et à l'amitié de mes confrères, qui m'en ont donné tant de marques, pour ne pas préférer un reproche au regret de blesser même un ennemi. Je n'insisterai pas sur ce point, et le public n'a pas à m'en tenir compte. En publiant ce travail de pure curiosité, je reste dans les strictes limites de la solidarité littéraire.

On trouvera peu de détails bibliographiques et biographiques. Presque tous les noms qui figurent dans cette galerie ont leur place marquée dans le Dictionnaire des Conternporains de M. G. Tapereau.

Je ne veux pas terminer sans remercier ici ceux qui m'ont facilité l'achèvement de ce livre par leurs commuriicalions, leurs avis et leurs observations. Je mentionnerai particulièrement mes confrères Albert de la Fizelière, Jules Claretie , Charles Monselef.

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