‹ Les publications de la rue pendant le siége et la Commune. Satires--canards--complaintes--chansons--placard s et pamphlets. Bibliographie pittoresqve et anecdotiqveChapitre 44 sur 85 · J'vais t'enl'ver IPrussien · texte numérisé non relu

J'vais t'enl'ver IPrussien

Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Alcan- Lévy. — Ce refrain de circonstance {sic) a été chanté au concert des Folies -Desnoyers.... et dame! on aime les choses relevées dans cet endroit-là. Il y est parlé de gaz, de travailleurs de la Villette, delà nuit de noces de la tendre Julie..., de la France :

Gloire à la France, à son drapeau divin ; Pour la défendre, ah ! donnons notre vie Et, dans huit jours par la télégraphie Bons citoyens, nous saurons qu'à Berlin

Des brav's Français,

Ivres d' succès,

Plus grands qu' jamais,

Tout' l'armée

Kst entrée En poussant bien L' cri parisien :

Je vais t'enlever le Prussien !

Et appeler cela : Un refrain de circonstance! ! !

228. — Laissez-moi mes matelas, lettre DE JEAN DE PARIS A JACQUES BONHOMME. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. E. Lévy. — Jean de Paris raconte à Jacques ce qu'il a souffert pendant le. siège, il lui dit qu'il a fait pour le mieux : « Ah ! dame ! nous tenions peut-être l'arme un peu gauchement et nous n'allions pas parfaitement au pas. Pense un peu: il y avait chez nous un vieux papa de 70 ans qui n'avait pas voulu quitter son tils : il ne pouvait marcher en cadence, mais il n'était jamais en arrière. « Il lui parle de l'hiver, de la faim, la vraie faim : ((Tu connais ma femme, Jacques. Eh bien, elle allait à la boucherie faire queue six heures, au grand froid, et elle avait pour son argent deux harengs salés, c'était la pitance de quatre personnes pour trois Jours. On se retrouvait à la maison, lui revenant des tranchées, on s'embrassait... et on ne parlait pas du gamin, envoyé là-bas le 6 septembre chez la vieille grand'mère et dont on n'avait pas de nouvelles...

— Et maintenant nous voici plus pauvres qu'avant, dans nos logements vides. . . et on nous réclame nos loyers. Et c'est toi, Jacques, qui veux que'nous payions à l'instant nos dettes, et qui vas vouloir que nous payions à l'instant nos loyers? Oh! mon vieux

frère! Quand ni toi ni moi ne savons encore quels deuils nous avons à porter, quand, affamé, brisé, pleurant les amis et les parents, je viens te demander quels chagrins tu as soutîerts et quelle part ) en dois prendre, quand à peine j'ai purihé nos murs souillés par l'insolent vainqueur, je me )ette dans tes bras, comptant que tu seras fier de ton frère malheureux... tu m'arrêtes et me dis « D'abord il

faut payer. »

— Encore une fois, non, Jacques, ce n est pas

bien. . , j- j

— Oh ! que la ville vaincue ne soit plus digne de recevoir celui que tu as nommé pour signer le pacte de la paix; que ses convulsions dernières t'effraient et te trompent; que les tressaillements qui agitent son suaire te paraissent menaçants... si tu veux le croire, crois-le, tu sauras bientôt toute cette navrante histoire. . . ,

— Mais je te le dis, mon vieux frère, je suis ruine. Tu as déclaré que je devais payer mes billets, je ne puis, je vais être déshonoré. Aux prochaines élections tu voteras. Moi, mon nom sera rayé de la

liste... .

— Non, Jacques, je t'en prie, laisse-moi encore quelque temps. Que je garde encore un peu cette chaise où l'enfant s'est assis et qui est devenue trop petite... Laisse-moi mes pauvres souvenirs du passe, tout cela ne vaut guère, va, et me tient plus au cœur qu'à la bourse.

— Et puis qui sait, Jacques, le comptedes victimes n'est pas réglé. Beaucoup ne sont m blesses, ni malades, qui mourront du siège. Les arbres vont pousser des billets de mort au heu de feuilles, des crêpes funèbres au lieu de fleurs. Sais-je où

je serai cans un mois? Au moins, que je puisse mourir là où j'ai subi tant d'angoisses, sur ce lit que j'ai si peu foulé pendant ces nuits sans sommeil. Jacques, mon bon Jacques, puisque tu fais la loi, j'cublierai que tu as été dur, hautain, j'oublierai que je t'ai longtemps attendu, et que tu n'es venu que le reproche et 1 exigence à la bouche...

— Non, je ne me fâcherai pas. Non, Jacques, mais tu veux bien, dis, tu veux bien, me laisser mon matelas. «

N"est-C3 pas que ce placard, signé M , méritait b .n les honneurs d'une citation un peu longue?

229. — La Légende de M. Thiers. Placard dont le recto seul est imprimé; mip. A. Vallée. — 1 9 couplets d'une chanson très-violente contre le président de la République; l'histoire de Grandvaux n'a pas été oubliée :

On vit Duchâtel le ministre, Oubliant toute dignité, Après cette farce sinistre.

S'enfuir tout en. . .charibotté; P,t quand les amis du grand-prêtre Faisaient tapage dans la cour, Thiers leur tit voir de sa fenêtre Le dessous de l'habit de cour.

2 3o. — Lettre de Napoléon III à Marguerite Bellanger. Novembre 1870. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. G. Masquin.

Adieu. Sois sage, ma bichette; Je te quitte à mon grand regret

Et je t'embrasse à la pincette,

— Ton gros chien-chien de Badingiiet.

Voilà ce que contient la lettre

Arrivée hier de l'étranger,

Et que Devienne doit remettre

A Marguerite Bellanger.

Les auteurs, MM. Véel et Hamburger, avouent qu'après tout cette chanson est assez piètre...

Je suis trop poli pour les démentir, bien qu'elle ait eu les honneurs d'une réponse qui, du reste, ne vaut guère mieux. (Voir le n" 356.)

2 3 1. Lettre du capitaine de Beaure-

paire aux Parisiens. 3o janvier 1871. 2 p. in-fol.; imp. Dubuisson. — Dans cette lettre trèsdigne, très-terme, et avec une modération de langage que nous ne saurions trop approuver, M . Quesnay de Beaurepaire, ancien capitaine de volontaires, passe en revue les fautes du Gouvernement de la Défense nationale; s'il s'en prend un peu aux hommes, il s'en prend plus encore au système et montre, en un bon langage, l'élan national tué partout : à Paris, par la cofene; en province, par la terreur. Pour tactique, la routine; pour innovation, des replâtrages; pour chefs nouveaux, des vieillards; pour batailles, des proclamations ; pour liberté, le droit exclusif d'approuver... En un mot, pour nous sauver, la reproduction servile de tout ce qui nous avait perdus.

Il termine en disant qu'il nous faut le gouvernement de tout le monde, qu'il faut relever le niveau des mœurs publiques, qu'il faut travailler pendant

vingt ans et alors le reste viendra de soi, dans

la République des honnêtes gens.

M. de Beaurepaire était procureur impérial avant le siège: la guerre finie, il reprit ses fonctions, dont il dut bientôt se démettre devant les déboires, les injustices et les affronts qui ne lui furent même pas épargnés. Son épée avait fait tort à sa robe, son patriotisme avait paru trop ardent et on ne lui pardonnait pas, surtout, de s'être, dans la nécessité d'une prompte régénération, rallié aussi énergiquement aux idées républicaines.

2 32. — Lettre d'un citoyen des Etats- Unis sur le suffrage universel, al réd.\cteur DU J0URN-\L les Etats-Unis d'Europe. Philadelphie, 2 M.A.RS1871. 2 p. in-fol.; impr. à Saint-Germain. — Cessez d'accuser la République de vos malheurs, s'écrie l'auteur anonyme de cette lettre: l'avez-vous jamais possédée, cette République? vous n'avez jamais eu que le nom, jamais la. chose : comment voulezvous alors avoir le suffrage universel r La France aura péri pour s'être trompée, volontairement ou non, sur le suffrage universel. C'est dans ce mensonge que se seront abîmées tant de grandeur, tant de prospérité, une si longue gloire ! Et ce sont deux Napoléon qui ont conduit la France à la ruine, l'un, de sa puissance matérielle, l'autre, de sa grandeur morale !

2 33. — Lettre du général Cluseret à Gambetta, 2 p. in-fol.: imp. Berthélemv. — Cette lettre est datée de Genève, le 27 janvier 1871.

« Au moment oîi les institutions auxquelles j"ai sacrifié tout ce qui rattache l'homme cà l'existence, famille, intérêt, liberté, avenir, vont disparaître grâce à vous

■ — go -

« Au moment ou vous préparez la guerre civile.. . Au moment où, sous votre direction, sombre, s'abîme à jamais ma patrie, son honneur et jusqu au

nom français... » . , , • j

Le brave et loyal Cluseret croit de son devoir de traduire Gambetta à la barre du peuple français, et il conclut : « Vous êtes avocat, je suis militaire. Vous ignorez le premier mot de ce que vous dirigez j'en ai fait l'étude de toute ma vie. Vous parlez beaucoup mieux que moi, c'est probable, mais je me bats mieux que vous, c'est certain. — Je ne me juge pas, je me compare. « p . , ,

Eh bien, là, vrai, je ne voudrais pas faire de la peine à ce général, mais le fait en question ne me paraît pas aussi certain...

« Vous ne savez pas le premier mot de notre métier, « dit-il à Gambetta . ; mais je pense, avec quelques autres Français non naturalisés Américains, que ce sera toujours un honneur pour Gambetta, d'avoir ignoré le métier... du général Cluseret!

2 3^.. —Lettre du père Raguse au père Trochu. 2 p. in-fol.; imp. Berthélemy.— Lepère Raguse, qui est furieux de ce qui se passe, dit ironiquement à Trochu : « N'envisageons donc point l'avenir sous des couleurs trop sombres, mon révérend père; avec des révolutionnaires de cette trempe, nous pouvons encore espérer de beaux jours; « et le père Raguse tombe à bras raccourcis sur les membres de la Commune, non pour ce qu'ils font d'excessif, mais au contraire pour leur manque d'initiative et d'énergie.

« Si, au lieu de se borner à inviter le peuple à se choisir des maîtres, le Comité central avait réso-

lûment proclamé l'avènement du règne de la justice sociale, et décrété l'exécution d'un programme révolutionnaire basé sur la sanction des lois par le peuple après discussion préalable, c'en était fait à tout jamais de l'ancienne société. L'enthousiasme des masses eût atteint son apogée; aucune force humaine n'eût éti capable de prévaloir contre le nouveau pacte social; les monarchies se seraient écroulées comme des châteaux de cartes sous la pression combinée des prolitaires des villes et des campagnes. »

Au verso de ce feuillet, sont annoncés pour paraître incessamment : i" le Journal des Egaux. 2° les Hommes du 22 Janvier : th. sapia.

235. — Lettre d'un prolétaire au roi de Prusse. 8 p. in-8; imp. Parent. — Cette lettre est signée : Un ouvrier du faubourg Marceauj.

2 36. — Lettre d'un soldat allemand à

sa payse. 20 FÉVRIER 1871. Placard avec vignettes; imp. Coulbœuf. — Par A. Léon.

I 237. — La Levée en niasse. 2 p. in-fol.: imp. Berthélemy. — L'auteur anonyme pense que « point ne doit être besoin d'un décret de la Commune, pour que chacun, animé seulement de l'esprit de conservation, ne s'arme de quelque objet que ce soit et ne coure sus à ces bandits, assassins et voleurs... » Cependant, toutes réflexions faites, notre auteur demande que tout abstentionniste soit considéré, non plus comme lâche, mais comme ennemi. Le premier républicain, le Christ a dit : Celui qui n'est pas avec moi est contre moi; que tout abstention-

niste soit donc arrêté et conduit à la Commune qui statuera sur son sort; qu'il n'y ait plus d'incapacités morales ! que les seules incapacités soient l'âge ou les infirmités, — et pour cela, la Commune doit décréter de suite la réhabilitation générale. En somme : debout tout le monde!

2 38. — La Levée en masse des gars de Falaise et leur marche sur Paris. Placard

dont le recto seul est imprimé; imp. C. Schiller. — Ce petit pamphlet est plein de formules que son auteur anonyme désire évidemment faire entrer dans le langage ordinaire :

« Vous ouvrez des oreilles longues comme celles de M. le général Trochu. «

a Vous m'avez l'air de revenir de Bordeaux. «

« Canrobert et quelques autres Malapartistes. »

« Par Trochu, dieu du serment, nous nous engageons. «

« Bête comme Vinoy. »

Puis, çà et là, quelques m.ots très-cherchés qui rappellent la manière des grands hommes qui travaillent au Tintamarre.

« A un moment donné, ou acheté, les officiers de l'Empire essaieront... »

« Il y a une lumière que le gouvernement ne mettra' jamais sous le boisseau : c'est celle des canons. »

« On sema la calomnie contre les Parisiens, comme si cela ne coûtait rien, bien que les journaux qui la répandent pour le compte du cabinet (water closet) ne soient pas papiers à le faire gratis. «

Etc.

Page 1