‹ Les publications de la rue pendant le siége et la Commune: Satires - canards - complaintesChapitre 83 sur 113 · PAR M. GABRIEL PELIN, AU CLUB NATIONAL, BOULEVARD MONTMARTRE, N® I · texte numérisé non relu

PAR M. GABRIEL PELIN, AU CLUB NATIONAL, BOULEVARD MONTMARTRE, N® I

En présence de la capitulation de Paris, en pré- ,sence des proclamations du Gouvernement de la Défense nationale plaidant les circonstances atténuantes pour couvrir sa responsabilité, en présence de... de... et de..., M. A. Guizard croit remplir son devoir de citoyen envers la République en soumettant au jugement de Topinion publique un plan de bataille qui a été déposé au siège du Gouverneur de Paris le 2 janvier, alors que Paris avait encore pour cinq semaines de vivres, que les armées de province étaient victorieuses (???) et qu'il était encore temps de sauver la grande cité parisienne, plan auquel le général Trochu, — armé de son fameux plan... de capitulation, — n'a pas daigné répondre.

Encore un fou, un rêveur n'est-ce pas? Mais

ne méritent-ils pas quelque indulgence, ces fous, ces rêveurs qui passaient les longues nuits du siège à chercher un moyen de sauver leur pays — si insensé que fût ce moyen ? C'était, à coup sûr, plus patriotique et plus honnête que de continuer à faire tuer du monde pour ce qu'on regardait comme une héroïque folie!

Quant au récit de M. G. Pélin, qui appelle Jules Favre « ce triste et pâle Olympien, » il est rapide, bien fait et écrasant pour le Gouvernement de la Défense nationale.

309. — Le Plan de Trochu dévoilé par met- TRE-DUQuouT. 2 p. iu-fol.; imp. Berthélemy. — Ce feuillet est signé Piconel, sorti de Sainte-Pélagie

(Pavillon de la Presse) le 4 septembre 1870 !!! rue Oberkampf, 5o (sic).

Vingt-cinq couplets sur je ne sais quel air, mais dont le refrain est :

Riches, Bourgeois, ne craignez rien, Confessez-vous, tout ira bien.

C'est une satire des plus vives contre le général Trochu :

Cher Monsieur Trochu, du Bourget Vous rappelez- vous les mobiles ?

— Pour eux j'ai dit mon chapelet.

Puis ces nàassacres sont utiles.

Etc.

Riches, bourgeois, ne craignez rien.

Confessez-vous, tout ira bien.

3 10. — Le Plan Trochu, complainte tragicomique. Un placard dont le recto seul est imprimé; imp. E. Blot. — Dix-sept couplets signés L. G., sur Tair de Fualdès.

Trouvant que rien n indispose Comm' Pair et la liberté, Trochu donnait la Santé Aux républicains pas roses, Qu'avaient pour chasser 1' Prussien Un autre plan que le sien.

Ahl le plan Trochu I je me rappelle avoir vu, le 24 février 1871, sur le boulevard des Filles -du-Calvaire, un particulier en tenue de garde national, l'immortelle rpuge à la boutonnière, débiter un petit boniment devant un objet recouvert d'un linge. Il frappait dessus avec une baguette et disait : Le

plan Trochu, messieurs et dames, le plan Trochu, dix centimes, deux sous!

3 1 1 . — Pourquoi nous avons été vaincus par la Prusse. Un placard dont le recto seul est lithographie ; imp. E. Vert.

M. Léontius Guérinus (pourquoi ce latin?) ne nous apprend rien de bien neuf; nous avons été vaincus par le nombre! — Mon Dieu! oui, sans parler des autres causes. M. Guérinus se console en disant aux Prussiens : Notre honte vaut mieux que votre gloire; mais il se console moins facilement de ce que Trochu et Gambetta « ont refusé la vaillante épée des princes d'Orléans, de ces braves que nous avons vus à Tœuvre et qui eussent, en montrant aux soldats l'exemple du courage et de l'héroïsme, réveillé en eux le patriotisme endormi par vingt années d'Empire, et, peutêtre, sauvé la patrie. »

Hélas! vous reconnaissez vous-même qu'il y avait — outre le nombre — quelque autre chose qui manquait à l'armée française !

3 12. — Prédictions sur la guerre. 2 p. gr.

in-fol.; imp. Dubuisson. — Ces prédictions sont signées Victor Considérant, visionnaire,

A cette pièce est jointe, dans certaines éditions, une autre pièce : La France imposant la paix à l'Europe (voir n'' 179).

Il y a de très-bonnes choses et fort bien dites dans ce placard dont la lecture, comme dit M. Considérant, n'est qu'une affaire de trois quarts d'heure, de trois sous dans la rue, ou de rien à qui en de-

mande au concierge du 48, rue Cardinal-Lemoine.. . Après avoir mis le doigt sur la plaie, c'est-à dire nous avoir démontré notre lâcheté devant les idées, notre effroi du neuf, notre piétinement dans le vieux et notre turbulence, il s'écrie : « Eh donci s'il vous faut absolument reculer, ne pourriez-vous reculer du moins que jusqu'à 1848? Et au lieu de cette flamboyante Marseillaise — que Napoléonridiot vous a lui-même lâchée pour sa seule odeur de sang humain et la fureur de guerre qui y domine encore — ne pourriez-vous faire entonner à vos légions vaillantes ce chant français bien autrement formidable aujourd'hui pour nos vrais ennemis, le chant du peuple parisien de 1848?

Les peuples sont pour nous des frères !

Des frères ! ! des frères ! !...

Et leurs tyrans nos ennemis ! »

3i3. — Prédictions terribles. Révélations épouvantables sur ce que nous allons devenir. 8 p. in-4; typ. Walder.

M. Jean Chabrit, auteur de l'étrange apparition et de la pièce qui nous occupe, avoue qu'il n'est pas un savant et que l'instruction qu'il possède est à peine suffisante pour traduire sa pensée ; mais un affreux pressentiment l'oblige à mettre sous les yeux du public le tableau désolant de nos mœurs actuelles, dont les funestes effets menacent la génération tout entière.

Il a vu les temples déserts, les églises abandonnées, la parole de Dieu méprisée, des gens vicieux se rouler sans honte dans le bourbier du libertinage, etc. [air connu)\ et, chose plus étrange encore, il a vu le souverain qui règne sur la France être le

modèle de toutes les vertus; il a vu son auguste épouse marquer chacun de ses pas par un bienfait. Il se demande même oti elle puise ce courage et cette force d'âme qui élèvent son esprit bien au-dessus de toutes ces bruyantes vanités, etc. — Pour Vélocipède IV, il espère que, né de parents aussi vertueux, il sera béni de Dieu, grandira en sagesse et en vertu, sera protégé du ciel et demandera grâce

pour ses sujets dans les jours de calamités

Tout ceci nous prouve que si M. Jean Chabrit est un niais béat, cela ne l'empêche pas d'être un fichu négociant vendant pendant le siège, et grâce à ce titre : Révélations épouvantables sur ce que nous allons devenir, un canard religieux écrit bien avant, et peut-être même déjà publié, comme semble l'indiquer le passage relatif à la famille impériale.

314. — Le Premier discours du citoyen Louis Panafîeu à l'Assemblée nationale de Bordeaux, parlant au nom du peuple de paris POUR demander justice. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Lefebvre. — « Supposez, citoyens, que le hasard m'ait amené à vous représenter à l'Assemblée, ou, encore mieux que le hasard, que ce soit votre inspiration qui vous ait fait deviner que, dans celui qui avait eu la témérité d'adresser trois missives aux membres de la Défense nationale, leur promettant de délivrer Paris en huit jours et la France en un mois, il y avait une décision, une fermeté et une volonté de fer...; bref, si vous vous étiez dit : Allons, nommons-le, nous n'en serons pas fâchés I voici ce que j'aurais fait : le premier j'aurais demandé la parole, et malgré le citoyen président, malgré ses hallebardiers, je serais monté

à la tribune, et, si l'on m'en avait fait descendre, je serais monté plus haut (Panafieu ne dit pas dans quel endroit) et j'aurais crié plus fort. »

On voit que ce citoyen se promettait de donner de l'agrément à M. Grévy.

Suit le discours qu'eût prononcé Panafieu :

a Citoyens I (bruits et murmures) oui messieurs, je dis citoyens et vous murmurez... etc.

— Quenous demanda-t-il? tout. Qu'en fit-il? Il le vendit aux Prussiens! (Bruits et murmures.) Ohl ne murmurez pas I ce n'est pas moi qui parle. La voix que vous entendez, c'est la voix de plus de deux millions d'habitants... etc.

— Demandez-nous notre sang, nous sommes prêts à le verser pour la patrie et pour la République. (Murmures.) Ahl vous murmurez encore, membres de l'Assemblée nationale, vous ne comprenez peutêtre pas ce mot... etc. »

Et Panafieu eût terminé ainsi ce fameux discours : « C'est avec la République que nous voulons relever l'honneur de la France. (Bravos sur plusieurs bancs.) »

Encouragé par ce premier succès, Panafieu demande immédiatement la mise en accusation des membres du Gouvernement de la Défense nationale.

3 14. (bis). — Deuxième discours .du citoyen Panafieu, sur l'outrage fait a garibaldi. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Lefebvre. — Panafieu, qui a échoué aux élections, glisse rapidement sur cet échec et manifeste une surprise qui nous étonne, — au sujet de son pre-

mier discours qui, à Paris seulement, se serait vendu au nombre de cent cinquante mille exemplaires.

Et même moins!

Du reste, n'y aurait-t-il eu qu'un homme pour le lire, il l'aurait écrit de même ; et, en supposant (car il faut tout supposer) que cet homme ne se fût pas trouvé, voici ce qu'aurait fait Panafieu : « Je me serais lu moi-même, et me serais dit ensuite, me parlant toujours à moi-même : Voilà le seul homme de cœur que j'estime en France, parce que lui seul sait dire la vérité. »

Aussi recommence-t-il, ne devant s'arrêter que le jour oîi on l'enverra, avec sa très-chère sœur la Vérité, gémir au fond d'un puits.

Suit un deuxième pseudo-discours.

Voilà ce que faisait Panafieu en l'an 1871 !

3i5. — Le Premier mars.. 3 mars 1871.

4 p. in-8 ; imp. Claye. — Hommage à la garde nationale de Paris^ par J. Poisle-Desgranges (voir les n*" iSy, i58, 292 et 423.)

Partez !. .. le sac au dos et la giberne pleine. . .

Allumez votre pipe, et marchez vers la plaine.

Vous avez des lauriers pour orner vos jambons;

Au revoir ! chers Prussiens !... plus tard nous nous verrons !

3 16. — Première au Comité central. Un

placard dont le recto seul est imprimé; imp. Berthélemy. — J'ai cru un instant reconnaître le style de Léo Lespès, exemple :

« Vos tristes prédécesseurs du 4 Septembre rédigeaient des affiches^ dont ils couvraient hs murs de Paris.

C'était tout.

Quant aux questions brûlantes.

Qu'il eût fallu résoudre,

Ils ne savaient que les ajourner.

Ferez- vous comme eux?

GhI non, n'est-ce pas?

Car, alors, vous seriez perdus I

Et nous tous, le peuple de Paris, nous serions perdus avec vous. »

N'est-ce pas que cela y ressemble? Cependant ce n'est pas Léo Lespès, mais le citoyen Berteault qui, ne sachant pas encore si les noms des membres du Comité central « seront inscrits en lettres d'or sur le fronton d'un temple ou voués aux gémonies » , engage ces citoyens : i° à payer, coûte que coûte, MM. les Prussiens; 2° à dégager tous les objets qui se trouvent au Mont-de-Piété et à « supprimer cette senti ne » ; 3° à payer les propriétaires au moyen de bons remboursables par demi-annuités, en cinquante ans; 4° à éloigner les échéances commerciales d'une année au delà de la durée du siège, et, 5** à donner chaque jour — un mois durant — à tout garde national i fr. 5o cent., à tout vieillard I fr., à toute femme sans travail yS cent., à tout enfant 5o cent...

Et le peuple entier vous bénira I

317. — Première lettre aux vrais républicains. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Vallée. — Cette lettre est signée Théophore Budaille. Ce particulier engage ses frères de Paris à être calmes et prudents pendant l'occupation prussienne : « Enfin, puisque pour en finir, trente mille Prussiens doivent nous être livrés, protégez

leurs vies. Suppléez à l'imprudence du roi de Prusse. » Là-dessus Théophore Budaille annonce que dans peu de temps la réaction ayant fini de se déshonorer, et les Prussiens étant partis, nous fourbirons nos armes en les tenant prêtes contre l'éternel ennemi des hommes, la Monarchie. Nous tiendrons suspendues, comme l'épée de Damoclès, sur la tête des prétendants, ces belles paroles de nos pères : a Tu es roi, donc tu mérites la morti »

C'est égal, — et je sais bien pourquoi... mais je

n'ai pas confiance dans le citoyen Budaille.

(Voir le n» io8.)

3i8, — Première liste des femmes prisonnières à Versailles. Placard dont le recto seul est imprimé ; imp. Berthélemy. — Ce fut la seule.

319. — Les Premières grandes prophéties de Nostradamus. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Dubuisson. — Ces prophéties annoncent tout: i» ce qui s'est fait; 2® la défaite du prince Charles, la fuite du roi Guillaume ; 3** la délivrance finale et le triomphe de la France en Allemagne.

M . Jean-Paul, qui signcpour Nostradamus^ a une manière très-simple de traduire les prophéties de Michel de Notredame :

« Le celtique fleuve changera de rivage.

« Plus ne tiendra la cité Agripine.

« Tout transmué, hormis le viel langage. »

Traduction :

« Loin de perdre Strasbourg, nous prendrons

donc Cologne et les bords du Rhin. Nous y changerons tout, sauf la langue. »

Ce n'est pas plus difficile que cela.

Nous renvoyons M. Jean-Paul au distique bien connu :

Nostra damus cum faîsa damus, nom fallere nostrum est; Cum faîsa damus, nil nisi nostra damus,

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