INTRODUCTION
Au cours des quinze dernières années, un grand nombre de forages ont été pratiqués sur le côté «* de l'Ile de Montréal, en vue d’obtenir de l’eau. La plupart des puits ainsi construits sont situés dans la cité même de Montréal et quelques-uns dans les faubourgs, et, dans le plus grand nombre des cas, on a obtenu de la bonne eau et en grande quantité. Cependant, quelgnefois l’eau était d’une nature saline, ou bien l’on n’a rencontré que peu ou pas d’eau du tout,
Cette source d’approvisionnement d’eau pour la région avoisinant Montréal promet de prendre à l’avenir une importance toujours croissante, Il a été, en conséquence, jugé à propos de réunir autant que possible, tous les faits se rapportant aux forages déjà exécutés— d'autant plus que si l’on ne recueille pas ces faits maintenant et si l'on ne les consigne pas immédiatement, la plus grande partie des informations qu’ils comportent seront perdues pour toujours. On en a profité pour étudier la géologie de la région, afin de rechercher les notions qu’elle peut fournir sur la nature et sur l’origine des approvisionnements d’eau souterraine et sur la probabilité de trouver encore de l’eau, en faisant de nouveaux forages.
Il est aussi très important de s'assurer, autant que possible, s’il existe dans les strates sous-jacentes, un, ou des horizons aquitères déterminés. S'il y a des horizons aquifères, il est très importunt de connaître à quelle profondeur ils se trouvent au-dc:. *s de la au. frcr dans les diverses parties de l'étendue; car, avec “: données, on saura où et à quelle profonderr l’on peut compter trouver de l'eau, en creusant. On sait que, dans beaucoup d’autres régions, des travaux analogues ont amené la découverte et la mise en valeur d’approvisionnements d’eau en grande quantité et d’une qualité précieuse.
D'un autre côté, si l’on constate qu’il n’y a pas d'horizon aquifère, de nappe d’eau, l'étude de la formation géologique de l’étendue
peut être d'un grand secours en indiquant où le creusage à la perforatrice peut avoir la chance de fournir l’eau nécessaire.
Le service géologique de l'Université MeGill a, par suite, réuni depuis quelques années des renseignements et des données précieuses à l'égard de l’eau artésienne fournie dans l’île de Montréal.
Presque tous les puits profonds de l’île ont été visités, et toutes les données qui s’y rapportent et qu’on a pu réunir ont été consignées et énumérées. Les forages ont été exécutés à la perforatrice ordinaire à percussion. Aucun puits n’a été foncé à la perforatrice diamantée et, par suite, en aucun cas, les forages n’ont pu donner des carottes de roches eonvenables. Généralement, on n’a pas tenu de journaux des forages et les hommes employés aux travaux n’ont pas gardé d'échantillons des matières tirées du puits.
On a cependant recueilli, pour quelques puits, des échantillons qui ont été très précieux pour compléter et pour étendre les notions relatives à la sriscession des strates sous-jacentes, qui résultaient déjà de l'étude de la géologie superficielle de cette région.
Nous essayons, dans ce rapport, de présenter une description aussi complète que possible de tous les forages exécutés dans l'Ile de Montréal jusqu’à la fin de l’année 1903. Cette liste comporte quatre-vingtneuf trous de forage; nous croyons que la liste est complète, mais il se peut que, malgré nos recherches les plus diligentes, quelques trous nous aient échappé. Dans ce cas, les auteurs de cette étude seraient très obligés à tous ceux qui constateraient une omission, de communiquer les renseignements qu’ils possèdent au service géologique de l'Université MeGill. Ce service serait de plus reconnaissant de tout renseignement relatif aux puits qui pourrait être forés à l'avenir. -
Les analyses d'eaux qui sont soumises dans cette étude sont, pour la plupart, incomplètes et, par suite, peu satisfaisantes. Elles ont été faites par différents analystes et, surtout, dans le but de déterminer la nature générale de l’eau obtenue et son adaptabilité à l’usage des chaudières à vapeur, ete. Dans l'analyse des eaux, les quantités existantes des différentes bases et acides sont déterminées; mais il faut s’en rapporter, dans une certaine mesure, au jugement de l’analyste, quant à la façon dont ces éléments sont combinés. Dans les analyses citées au cours de ce rapport, les divers analystes n’ont pas toujours suivi la même règle pour la combinaison des substances trouvées et, par suite, il n’est pas toujours facile de comparer les analyses entre elles. Cependant, on n’a pas tenté de reprendre les
calculs sur une base uniforme parce que, dans la plupart des cas, les données nécessaires à cette fin sont insuffisantes.
Les eaux sont appelées lourdes ou légères, suivant qu’elles contiennent à l’état de solution plus ou moins de chaux ou ce sels de magnésie. Ceux-ci peuvent exister à l’état de carbonates tenus en solution par l’acide carbonique, ou à l’état de sulfates. Dans ces deux cas, l’eau est crue, c’est-à-dire qu’il faut beaucoup de savon pour faire de la mousse, parce que l’union de la chaux ou de la magnésie avec l’acide graisseux du savon forme un composé insoluble, Mais, dans le premier cas, la crudité est dite temporaire, parce qu’on peut l’enlever en faisant bouillir l’eau; l'acide carbonique qui retient en solution le carbonate de chaux est chassé par ébullition et le sel se précipite; tandis que, dans le second cas, la crudité ne peut pas être enlevée et, par suite, est appelée crudité constante.
Le Dr Clark a proposé une méthode très simple pour reconnaître le degré de crudité; ce procédé consiste à déterminer combien de mesures d’une solution-type de savon sont nécessaires pour faire mousser un gallon d’eau. La crudité de l’eau déterminée par ce moyen est alors exprimée en degrés.
A peu d’exceptions près, tous les forages signalés dans le présent rapport ont été exécutés par M. Wallace Bell, de Montréal, et c’est à lui, ainsi qu’à son associé M. William Bell, que nous sommes redevables de beaucoup des renseignements ici consignés. Nous devons aussi des remerciements aux propriétaires des différents puits, qui se sont empressés, en chaque circonstance, de nous fournir tous les renseignements possibles. A tous ces messieurs, ainsi qu’au Dr J. T. Donald, de Montréal, et à M. John R. Barlow, agent-voyer de la cité, nous transmettons nos remerciements les plus sincères et nous exprimons en même temps l’espoir que les données recueillies et énoncées ici pourront leur être de quelqu’utilité, ainsi qu’à leurs successeurs et à tous ceux qui voudront, à l’avenir, creuser des puits pour trouver de l’eau dans cette région.
La Commission Géologique du Canada ayant entrepris de faire paraître ce travail, il est publié comme rapport de cette division du ministère des Mines.