SCÈNE VIII GOBETOUT, MADAME HYPNOTUS
MADAME HYPNOTUS
Excusez-moi, mon cher député, de venirvous relancer jusque chez vous, mais à la Chambre, vous êtes tellement entouré, qu'il est impossible de vous parler.
GOBETOUT
Je ne vois pas, madame, en quoi un pauvre député pourrait vous être utile.
MADAME HYPNOTUS
Vous allez voir ! Le docteur allemand ne guérit qu'une maladie, encore est-il qu'on n'est pas bien certain qu'il la guérisse; mon mari a trouvé un remède bien plus important : un remède suggestif!
GOBETOUT
Suggestif! (A part.) Un mot nouveau !
MADAME HYPNOTUS
Un véritable remède fin de siècle !
GOBETOUT
Et qui s'appelle?
MADAME HYPNOTUS
Les pilules parlementaires ! C'est pour cela queje m'adresse à vous !
GOBETOUT
Les pilules parlementaires ! Quelle est la propriété de ce médicament?
MADAME HYPNOTUS
Voici ! Mon mari est de l'Ecole de Nancy, c'est vous dire qu'il croit à la suggestion. A la Chambre, messieurs, vous êtes rarement d'accord ; la majorité se déplace souvent : elle flotte, elle vacille, elle met souvent des bâtons dans tes roues du gouvernement; de là, des crises,
trouver afin de me faire acheter mes pilules par le gouvernement, qui en aura seul la propriété et n'en confiera qu'à ses amis. Je demande que nos pilules parlementaires deviennent un remède d'Etat.
GOBETOUT
11 en aurait grand besoin !
MADAME HYPNOTUS
Sans doute ! Eh bien, puis-je compter sur vous?
gobetout, à part.
C'est que si je m'engage pour mon député, lui qui est de l'opposition...
MADAME HYPNOTUS
Ah! si j'avais une boîte sur moi, je vous ferais avaler une pilule et vous me diriez : oui, tout de suite.
GOBETOUT
Tenez-vous bien à ce que ce soit le gouvernement qui ait ce monopole ? Pourquoi pas l'opposition?
MADAME HYPNOTUS
Ça m'est égal! Si c'est l'opposition, elle deviendra le gouvernement le lendemain.
GOBETOUT
C'est juste ! Eh bien, madame, je ferai les démarches que vous me demandez.
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COQUELIN
Moi-même, mon cher député. Je viens vous voir pour vous entretenir d'une petite affaire de boutique.
GOBETOUT
... De boutique?
COQUELIN
Oui ! Il s'agit de l'Opéra et du Théâtre-Français. Vous savez que ces deux théâtres nationaux vont désormais jouer l'un chez l'autre. Ceci est indifférent et même on ne s'en apercevra pas, car le public de l'un et l'autre théâtre bavardant tout le temps des représentations, il importe peu qu'on chante ou qu'on joue pendant qu'il parle. Mais moi, j'aime à être écouté et j'obtiens toujours le silence avec mes monologues. Or, j'ai imaginé, pour les rendre plus suggestifs de les compléter avec de la musique. Ce sera nouveau et charmant. Je vais vous en donner une idée. Voici un monologue nouveau. Bien entendu je ne puis vous rendre la musique que par à peu près, c'est intitulé :