RHUBARBE
La rhubarbe, qui est employée sous un certain nombre de formes simples ou composées, est constituée par la tige aérienne d’une polygonée, le Rlieum officinale, qui fournit au commerce les rhubarbes de Chine et de Moscovie, et qui est originaire duThibet. Le genre Rheum est caractérisé par ses tiges épaisses, courtes, souvent souterraines, ses feuilles alternes à pétioles munis d’ocréa, ses fleurs généralement hermaphrodites, à réceptacle légèrement convexe ; les sépales au nombre de 6 sont rangés en deux verticilles; les étamines au nombre de 9 : 3 opposées aux sépales intérieurs, les 6 autres opposées deux à deux aux 3 sépales extérieurs; les anthères sont biloculaires à déhiscence longitudinale introrse ; le fruit est un akène triangulaire; les graines sont albuminées. En particulier le Rheum officinale atteint presque la hauteur de 2 mètres, et ses inflorescences prennent un développement considérable; les feuilles ont un limbe d'un vert tendre en forme d’éventail ouvert, présentant la plus grande analogie avec celui des feuilles de ricin. La plante parvenue à son entier développement n’a que peu de racines vivantes; celles-ci se détruisent graduellement et le pied se nourrit surtout grâce à de petites racines adventives ; il se développe dans l’air une tige et des rameaux cylindroconiques, hauts de 20 à 30 centimètres, de la grosseur du bras ou même de la jambe, et qui serviront comme médicaments après avoir été mondés, divisés et séchés; aux bourgeons, qui se développent à l’aisselle des feuilles aériennes, répondent des cylindres ayant la structure d’une tige ou d’une racine qui vont se relier au bois en traversant obliquement l’écorce; telle est l’origine des taches étoilées qu’on observe sur une coupe plus ou moins oblique de tous ces axes contenus dans la tige. On cultive également, dans certaines parties de la Chine, une espèce de rhubarbe appelée Rheum Tanghuticum. ^
La rhubarbe de Chine, que l’on trouve surtout dans le commerce, se présente sous la forme de morceaux cylindriques ou ovoïdes, plans convexes, marbrés sur la face plane, portant un fin réseau blanc sur la face convexe. Une coupe transversale montre des rayons jaune clair dirigés du centre à la circonférence, mais en décrivant des lignes très fiexueuses semblant souvent anastomosées; au point de ces prétendues anastomoses, surtout dans la zone cambiale, se trouvent les étoiles dont nous avons parlé plus haut, très irrégulières et dont le côté extérieur est garni d’un plus grand nombre de rayons que le côté intérieur. L’odeur est forte, particulière ; la poudre jaune-orangé clair colore la salive en jaune-orangé.
On trouvait autrefois dans le commerce une rhubarbe dite de Moscovie, venant de la Sibérie par la voie de Moscou, mais elle est aujourd’hui devenue très rare. 11 n’en est pas de même du rhapontic {Rheum rhaponticum), cultivé en Europe et appelé rhubarbe indigène, dont il faut avec soin éviter le mélange à la rhubarbe de Chine. Le rhapontic se présente en morceaux cylindriques allongés ou plats; la surface externe ne présente presque jamais le fin réseau de lignes blanches qu’on remarque toujours sur la rhubarbe de Chine ; au lieu de losanges on observe des lignes soit parallèles et dirigées dans le sens longitudinal, soit irrégulières et formant des points jaunes disséminés au hasard. Un autre caractère différentiel très important est tiré de la structure intérieure : la coupe transversale présente un aspect rayonné caractéristique formé de lignes alternativement roUges et blanches se dirigeant du centre à la circonférence : on a vu que dans la rhubarbe de Chine ces rayons étaient sinueux-, les lignes blanches sont formées d’un parenchyme lâche contenant de l’amidon et des cristaux d'oxalate de chaux; les lignes rouges sont formées de cellules remplies de matière colorante.
Les morceaux plats de rhapontic sont également convexes d’un côté et concaves de l’autre, mais le centre est creusé et l’on ne trouve pas les deux dépressions latérales et parallèles que porte simplement la face plus concave
de la rhubarbe de Chine. Leur odeur, est faible, leur poudre est rougeâtre.
Un grand nombre d’analyses ont été tentées pour déterminer la composition chimique de la rhubarbe ; mais celleci est encore loin d'être connue avec certitude, vu la difficulté et la complexité du sujet. Outre la cellulose, des matières pecliques, amylacées et tanniques, un principe odorant volatil, une grande quantité d'oralate et de malate de chaux, cette plante contient un certain nombre de principes particuliers ; acides chrysophanique, rlieumique, rhéotannique, de l'émodine, de la phéorétine, de Vérylhroréline, de Yaporétine.
L’acide chrysophanique existe également dans le séné et le lichen des murailles; c’est un isomère de la méthylalizarine G“H‘(Cff)O^(OH)*, différant par CH^ de Y acide franyulique que l’on trouve dans la bourdaine. Cet acide chrysophanique peut être retiré de la poudre de Goa qu’on épuise par la benzine bouillante ; on obtient ainsi la chrysarobine C’“I1“0'', qu’on purifie en la faisant cristalliser plusieurs fois dans l’acide acétique: celle-ci en solution alcaline est oxydée par un courant d’air; on peut aussi retirer l’acide chrysophanique de la rhubarbe épuisée par l’alcool qu’on traite par déplacement au moyen de la benzine ; celle-ci est concentrée et abandonne des cristaux d’acide chrysophanique contenant de Yémodine, qu’on enlève par ébullition avec du carbonate de sodium et cristallisation dans l’alcool à 98". L’acide chrysophanique cristallise en prismes clinorhombiques, d’un jaune d’or, fusibles à 162°, à peu près insipides, insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool, solubles dans la benzine, le chloroforme, l’acide acétique ; tes alcalis lui donnent une coloration rouge. Ainsi que la chrysarobine, on l’emploie couramment dans le traitement de l’herpès circiné, du psoriasis et de certaines affections cutanées graves.
L’acide chrysophanique est doué de propriétés purgatives énergiques, et les composés plus ou moins complexes qu’on a désignés sous les noms de rhubarbarine, acide rhubarbarique, rhéine, acide rhéique, acide rhumiciqiie, etc.,
n’étaient vraisemblablement que de l’acide chrysophanique impur,
L’émofime a pour formule cbimique C‘*H*(GH'>)0®(üH)“ ; c’est une trioxijmélhylanthraquinone.
La phéorétine et Yérylhrorétine sont des matières résinoides jaunes dont la pureté est problématique et dont la composition n’est pas connue; la première de ces substances existerait, d’après Kubly, dans l’extrait aqueux de rhubarbe, d’où on pourrait l’extraire en dissolvant celui-ci dans l’eau, précipitant par l’acétate de plomb et décomposant par l’hydrogène sulfuré le précipité plombiquc. Kubly ne parle pas de l’érytbrorétine, mais signale une substance amère soluble dans l’eau et l’alcool à laquelle il donne le nom de chrysophane et qui pourrait se dédoubler, au moyen des acides étendus à l’ébullition, en glucose et acide chrysophanique. La rhubarbe renferme encore un tannin {acide rhéotannique) auquel on attribue ses propriétés astringentes lorsqu’elle est administrée à faible dose.
La rhubarbe jouit de propriétés purgatives, sans exercer d’action irritante sur le tube digestif lorsqu’on l’administre à la dose de 1 à 4 grammes; à doses plus faibles, 30 à 50 centigrammes, elle est encore laxative, mais elle agit comme tonique, stomachique; on la prend généralement au moment des repas. Sous son influence l’urine acquiert une couleur plus ou moins jaune, que Schlossberger attribue aux matières résinoïdes qu’elle contient, phéorétine et érythrorétine, mais qui semble plutôt due à l’élimination de l’acide chrysophanique ou d’un de ses dérivés, si l’on s’en rapporte à la coloration rouge qu’y produisent les alcalis.
Quoique douée d’une saveur amère et désagréable, la rhubarbe n’est nullement nauséeuse ; ou employait autrefois la rhubarbe torréfiée : dans ce cas elle perd ses propriétés purgatives et deviendrait plus tonique.
La rhubarbe ne doit être employée qu’autant qu’elle n'a subi aucune altération ; outre qu’elle possède les caractères que nous avons donnés, on s’assurera qu’elle a été bien
LES PUllGATIFS.
desséchée et que son aspect jaune extérieur n’est pas dû à de la poudre de rhubarbe ou quelque autre poudre jaune dans laquelle on l’aurait roulée ; on recherchera également si elle n’a pas été piquée par des larves d’insectes et soumise à une manipulation destinée à boucher les trous dont elle serait alors parsemée; pour cela on la frottera vigoureusement sur un drap, qui enl.èvera toute la poudre et laissera voir les piqûres.
La rhubarbe peut être prescrite en nature, seule ou mélangée à d’autres substances médicamenteuses, ou bien servir de base à des préparations pharmaceutiques de composition plus ou moins complexe.