‹ Les purgatifsChapitre 50 sur 80 · II. — TURBITH · texte numérisé non relu

II. — TURBITH

11 est fourni par les racines de Ylpomœa Turpethum, convolvulacée originaire des Indes Orientales, de l’Australie

LES PUBGATIFS. 147

et de la Polynésie, et se présente en morceaux droits ou plus souvent contournés sur eux-mêmes, longs de 15 à 20 centimètres et d'un diamètre variant entre 1 et 5 centimètres; la surface extérieure est d’un jaune fauve cendré, ou rougeâtre et marquée de sillons et points saillants longitudinaux; la racine existe soit tout entière avec le corps du bois, soit réduite à l’écorce et débarrassée de la zone ligneuse. L’aspect de cette écorce varie avec l’âge; jeune, elle est plus mince et présente seulement des larmes de résine; plus âgée, elle devient plus épaisse et renferme des parties ligneuses formant un cercle irrégulier. La résine, qu’il est facile de voir à l’œil nu, se trouve, sous forme de larmes, dans de grandes cellules, situées en nombre considérable dans la zone du cambium ; sur une coupe longitudinale les cellules situées bout à bout présentent le même aspect que des cellules résineuses du jalap.

L’odeur du turbitli est peu marquée; la saveur, d’abord fade, est nauséeuse. Andouard qui en a fait l’analyse en donne la composition suivante :

Eau.

Résine.

Gomme, albumine Amidon.

Ligneux .

Sels minéraux . .

Perte.

Ss' ,60 10 ,20 7 ,20 12 ,55 0 ,50 52 ,77 9 ,80 5 ,64

Total.100 ,06

La matière résineuse se compose d’une faible partie soluble dans l’éther, et d’une partie insoluble à laquelle on a donné le nom de iurpéthine-, cette dernière, qui constitue presque entièrement la résine de turbith, est un glucoside; elle prend par l’acide sulfurique une couleur rouge, qui se fonce peu à peu et devient d'un brun noirâtre.

11 ne faut pas confondre le turbith avec le jalap fusiforme ; on l’a falsifié avec la racine de lhapsie Manche ; celle-ci est inodore, d’une couleur gris argenté, d’une sa-

veur extrêmement âcre et caustique; cette substitution serait très dangereuse et pourrait provoquer de graves accidents.

La racine de turbith ne s’emploie jamais seule ; elle entre dans la composition de Veau-de-vie allemande et du purgatif Leroy. Bouchardat donne de celui-ci la formule suivante :

PORGATIF LEROY

Scammonée d’Alep. 04 grammes

Racine de turbilti. 32 —

Jalap. 250 —

Faire digérer pendant vingt-quatre heures au moins les trois substances précédentes dans :

Alcool à 20“ Cartier.6 UOO grammes

Passer, ajouter le sirop suivant :

Séné. 250 grammes

Infuser dans eau Q. S. pour obtenir :

Colature.t 000 grammes

Faire fondre :

Sucre. 1 250 grammes

Dose ; de l à 4 cuillerées par jour.

Bouchardat ajoute : « Ce remède drastique peut convenir dans tous les cas où le médecin aura aperçu nettement l’indication des drastiques; mais d’ignorants empiriques en ont tant abusé, que de nombreuses victimes ont succombé par suite de son administration imprudente, et ils ont discrédité cette formule quelquefois utile ». Nous avons donné celte formule parce que l’usage de celte préparation a été

très répandu ; nous ne lui trouvons aucun avantage sur l'eaude-vie allemande, qu’il nous semble beaucoup plus simple d'employer ; d’autant plus qu’en réalité il y a quatre degrés dans le purgatif Leroy, degrés qui ne diffèrent que par la proportion des substances actives; la formule que nous avons donnée correspond au 2“ degré. Nous n’avons pu saisir la raison scientifique qui a pu faire établir ces degrés, alors qu’il est si facile d’avoir un médicament unique qu’on prend à la dose convenable.

ni. - SCAMMONÉE

Avant de commencer l’étude de la scammonée, signalons deux autres convolvulacées purgatives dont il est bon de connaître le nom, mais qui n’ont aucune application : ce sont le' méchoacan, produit par le Convolvulus Mechoacana, et la. soldanelle, produite par le Convolvulus soldanella; la résine de cette dernière jouit d’une saveur légèrement aromatique et un peu âcre, ne déterminant ni la constriction de l’arrière-bouche, ni le crachotement que provoque le jalap.

La scammonée est produite par le Convolvulus scammonia, qu’on rencontre depuis la Grimée jusqu’à la Syrie, ainsi que dans la Crète et différentes îles de l’Archipel. Ses racines qu’on trouve dans le commerce peuvent atteindre un mètre de longueur ; de couleur fauve ou d’un brun clair, elles portent des sillons longitudinaux et sont souvent tordues sur elles-mêmes ; la cassure est fibreuse. Les coupes transversale et longitudinale montrent l’existence de ces grosses cellules à résine qui caractérisent les racines des convolvulacées, ainsi que des grains d’amidon groupés souvent par 4 ou 5, et des cristaux d’oxalale de chaux.

Le produit employé en pharmacie sous le nom de scammonée n’est pas la racine elle-même, mais un suc lactescent, qu’on extrait de ces racines, au moyen d incisions et qui est recueilli dans des coquilles à mesure qu il s écoule. Au lieu de faire des incisions à la racine, on creuse quel-

quefois le sommet de celle-ci en forme de cupule, où le latex s’accumule peu à peu. Pour certains auteurs, on a recours à un procédé différent qui consiste à exprimer tout le suc de la racine et à le soumettre à l’évaporation. 11 est facile de concevoir, d’après les différences d’extraction, les différences qui peuvent exister dans l’apparence et les qualités de la scammonée commerciale.

On distingue généralement les scammonées en scammonée d'Alep et scammonée de Smyrne, la première contenant les produits les plus purs et les plus légers, la seconde les produits les plus denses et les moins estimés. Cette distinction est purement artificielle.

La scammonée d'Alep est récoltée en Syrie ; elle se présente sous la forme d’un suc concret, divisé en fragments irréguliers, secs, légers, poreux, très friables, d’un gris foncé à l’extérieur, possédant une cassure noire et brillante ; lorsqu’on frotte cette scammonée avec le doigt mouillé, elle devient laiteuse et blanchâtre ; la saveur est d’abord amère, puis âcre ; sa poudre est grisâtre ; elle donne avec l’alcool une teinture d’un brun pâle ; on indique comme caractère d’une bonne scammonée Vodeur de brioche qu’on obtient en frottant un fragment de résine ou en l’échauffant avec l’haleine. C’est la sorte la plus estimée ; on donnait le nom de scammonée de première goutte à celle qu’on recueillait dans les cupules creusées au sommet de la racine.

La scammonée de Smyrne provient de la même plante que la précédente, mais elle est généralement additionnée de substances étrangères, compacte, peu friable, brun noirâtre à l’extérieur et présentant une cassure terne ; elle est beaucoup moins estimée que la scammonée d’Alep ; son odeur et sa saveur sont également moins prononcées, et elle forme une émulsion d’un gris foncé avec l’eau qu’elle colore plus fortement.

Pour la rendre plus légère, on y a introduit plus de la moitié de son poids d’amidon : on a même fait des scammonées de toutes pièces, avec des résidus de scammonée, de la craie, de la gomme, de l’amidon et de ta résine de

ni„ \ussi doit-on toujours constater sur. les échantillons de scammonée les caractères les plus saillants propres au produit recueilli par incision, à savoir : la transparence, une couleur pâle, jaune brunâtre, la netteté de la cassure, l’émulsion par l’eau et la solubilité à peu près complété dans l’éther. .

On a trouvé également dans le commerce un produit qu’on appelait scammonée de Montpellier qu’on considère* comme fourni par une apocynée du midi de là France, le Cvnanchum Monspeliacum, et qui, pour Laval, serait fabriqué de toutes pièces en Allemagne; cette soi-disant scammonée est absolument à rejeter.

Bouillon-Lagrange donne comme composition de la scammonée : résine 60 ; gomme 3 ; matière extractive 2 ; débris divers 25. . . j- ,

Baudrimoiit rapporte le tableau suivant tire d autres

analyses . Scammonée Scammonée

d’Alep de Smyrne

Résine.

Extrait alcooiiqne .

Extrait gommeux .

Matières végétales insolubles. . . .

Matière terreuse. .

Total. . .

En réalité on a trouvé dans le commerce les qualités de scammonée les plus variables, surtout sous le rapport de a quantité de résine, qui peut aller de 5 à 9b pour 100; aussi est-ce avec la plus grande apparence de raison que Béçnault, Baudrimont voudraient qu’on ne se servit que de la résine extraite par l’alcool à 90 degrés. En tout cas, on ne devra employer que des scammonées répondant aux conditions suivantes ; ,, , i . no j

1“ Solution à peu près complète dans 1 alcool a JO de-

^ 2“ Un trailement par l’éther doit donner de 75 à 80 pour 100 de résine ;

3“ Il ne doit pas rester plus de 3 pour 100 de cendres après la calcination.

Page 1