CONCOMBRE SAUVAGE
Le concombre sauvage, concombre d'âne, a joui d’une certaine vogue comme drastique et il est encore journellement employé en Angleterre. C’est le fruit de VEcbalium agreste {Momordica elaterium Linné), plante qu on trouve dans les lieux incultes du sud de LEurope. 11 passe du vert au jaune au moment de la maturité, et est tout hérissé de poils rudes ; il est ohlong ou elliptique, avec une longueur de 4 à 8 centimètres, une largeur de 2 à 5.
Ce fruit charnu, à trois loges, contient un suc amer et un certain nombre de graines ; c’est le suc épaissi que 1 on trouve généralement dans les pharmacies ; desséché naturellement, il donne Vélatérium blanc ; avec le concours de la chaleur, il donne Vélatérium noir ; on attribue ses propriétés à Vélatérine, anhydride de 1 acide élaterinique qui entrerait dans sa cqmposition dans la proportion de 40 pour 100.
Le SUC d elatérium contiendrait en outre une matière amylacée, des principes .extractifs non purgatifs, de l’albumine végétale et des sels.
L'élatérine, isolée par Morrus, cristallise en prismes rliomboïdaiix; insoluble dans l’eau, elle est soluble dans l’alcool et l’étber; sa saveur est amère et styptique; à petites doses, elle produit des nausées, des vomissements et des selles liquides.
L’irritation intestinale provoquée par l’élatérium indique son emploi dans les mêmes cas que la coloquinte. On peut faire usage de l’extrait ou de l’élatérine. Celle-ci se donne à la dose de trois milligrammes à trois centigrammes ; elle n’aurait d’action purgative qu’autant qu’elle a subi le contact de la bile.
On obtiendrait de meilleurs effets avec la décoction de racine qu’avec l’extrait.
DÉCOCTION DE IIACINE d’ÉLATÉRIDM
Racine sèche d’élatérium ... 15 grammes
Eau. 1500 —
Réduire à 750 grammes par l’ébullition. Passer. A prendre en trois fois dans la journée.
TEINTDRE d’ÉLATÉRINE
Élatérine. 0,05 centigrammes
Alcool.30 grammes
Acide nitrique. 0,20 centigrammes
F. S. A. En prendre de 30 à 40 gouttes, comme drastique, dans un demi-verre d’eau sucrée.
rOUDKE COMrOSÉE d’élatéhine [Brighl)
Élalérine. «.20 centigrammes
Crème de tartre soluble. 40 grammes
M. S. A. et diviser en 60 paquets. En prendre un toutes
les deux ou trois heures, suivant l’effet.
Celte poudre a été conseillée dans la maladie de Briglit, elle amène des selles liquides et abondantes, ne s’accompagnant pas de douleurs ou de coliques.
On doit apporter à l’usage des préparations delaterium les réserves qui conviennent à l’emploi de la coloquinte et delabrvone; elle présente les mêmes contre-indications, et il faut se rappeler que les fruits peuvent présenter une grande différence dans leur action, suivant l’epoque a laquelle ils ont été récoltés.
La brvone, appelée vnlgairement coiileuvrée, vigne blanche, navel dii diable, et qui est quelquefois utdisee comme purgatif, est la racine de Bnjonia dioica, plante très commune dans les haies, grimpant le long des arbres a 1 aide de ses vrilles et dont les tiges sarmenteuses portent des feuilles palmées et des fleurs d’un vert blanchâtre ; les fruits sont de petites baies de la grosseur dun pois, rouges au moment de la maturité. La racine, qui est la seule partie employée, est pivotante, charnue, blanche à l'intérieur, jaunâtre à l’extérieur; ses dimensions sont très variables et peuvent devenir considérables ; nous en avons vu pesant plusieurs kilogrammes. La saveur est amere, nauséeuse et désagréable ; on la trouve dans les pharmacies sous forme de rondelles sèches dont les faces présentent des stries concentriques traversées par des rayons se dirigeant du centre à la périphérie.
La hryone noire, vigne mire, qui jouit des mêmes propriétés que la précédente, est fournie par la Bryonia alha ; l’intérieur de cette racine est plus jaune et l’extérieur plus brunâtre et plus rugueux que les parties correspondantes de la bryone dioïque.
On a attribué les propriétés amères et drastiques de la bryone à un principe isolé par Dulong, qui lui donna le nom de bryonine, qui, pour Walz, serait en réalité formé par deux corps non azotés : la bryoniline, cristallisable et soluble dans l’eau, et la bryonine, amorpbe, susceptible de se dédoubler par ébullition avec les acides étendus en glucose, et deux substances résinoïdes: la bryoréline,so\vible dans l’éther, et Vhydrobryoréline, insoluble dans l’éther, mais soluble dans l’alcool. On trouverait également dans la racine de bryone une substance azotée cristallisable, nommée bryoïcine.
La bryone est un purgatif drastique populaire ; dans quelques contrées, les paysans creusent au printemps une petite cavité au sommet de la racine et prennent pour se purger une cuillerée du liquide qui s’accumule dans cette cavité et qu’ils appellent eau de bryone. A dose médicamenteuse, elle agit comme drastique, mais à trop haute dose c’est un poison irritant ; on l’a vantée dans l’hydropisie, la pneumonie bilieuse, les paralysies atoniques ; nous ne lui connaissons aucun avantage sur les drastiques usuels, qui ont en outre le mérite d’avoir été mieux étudiés ; nous ne pensons donc pas que son usage soit à recommander.
Tel n’est pas l’avis de Huchard, qui voudrait voir la bryone plus souvent employée ; il la conseille contre la coqueluche, les affections fébriles et les plilegmasies de l’appareil respiratoire, seule ou associée à la teinture de drosera.
Pour Petresco, la bryone serait hémostatique et à recommander contre les hémorragies : hémoptysies, hématémèses, métrorragies.
Cazenave de la Roche lui attribue une action élective sur le tissu musculaire et les séreuses en général ; c’est grâce à l’hyperhémie srdistitutive dont elle est cause qu’elle réus-
sirait dans le traitement des plilegmasies des séreuses articulaires et splanchniques.
POUDRE DE BRYOSE
On la donnera à la dose de 1 à 5 grammes, sous forme pilulaire.
ALCOOLATURE DE BRYONE
Elle se prépare comme les autres alcoolalures, en faisant macérer pendant 10 jours parties égalés de racine fraîche de brvone et d’alcool à 90‘'.
Onia donne à la dose de 2 à 4 grammes.
bryokine
Elle se donne à la dose de 0 gr. 01 à 0 gr. 02.
GOWIME-GUTTE
On a donné ce nom à un certain nombre de gommes qu’on trouve dans le commerce et dont la principale et c nlu'i usitée estla gomme-gutte de Siam, produite par le Gart^iZoreUa, famille des Guttifères.Le Codex la mentionne sous la rubrique ; gomme-résine du Garcmia llanhurii
^^^ITGarXiamorella pousse spontanément au Cambodge; aux mois de février et mars on fait avec une hache de incisions aux grosses branches et au tronc et 1 on introduit dans la blessure, entre l’écorce et le bois, des entre-nœuds de bambou qu’on ènlève au bout de quelques «uc qui s’y est porté, et qu’on introduit dans une nou ;“5e incision, jusqu'à ce qu'ils soient remplis de suc; on
les soumet alors à l’action de la chaleur, pour hâter la vaporisation de l’eau, et on en retire la gomme-gutte, une fois sèche, sous forme cylindrique, qui lui a valu le nom de gomme-gulie en canons.
Ces cylindres ont environ 20 centimètres de long et un diamètre de 4 à 6 centimètres ; leur surface latérale porte la trace des stries intérieures du bambou ; leur couleur est d’un beau jaune orangé, très homogène; la cassure est conchoïdale et unie ; l’eau prend à leur contact une belle couleur jaune; la saveur est d’abord peu prononcée, mais laisse un arrière-goût très âcre.
On trouve dans le commerce des gommes-guttes de Siam de qualité inférieure : ainsi la gomme-gutte en gâteaux ou en masses. Celle-ci n’est plus cylindrique, mais en masses irrégulières plus ou moins considérables ; elle ne donne pas avec l'eau d'émulsion homogène et la solution aqueuse contient une certaine quantité d'amidon que l'on peut déceler au moyen de l’iode; la cassure est esquilleuse au lieu d’être unie comme dans la gomme en canons.
Le Garcinia morella, variété pedicellata, qui fournit les espèces précédentes, est limité au Cambodge ; mais on trouve dans d’autres régions d’autres variétés de Garcinia morella ; ainsi à Ceylan on récolte une gomme-gutte appelée gommegutte de Ceylan, produite par le Cambogia zeylanica; elle découle de l’arbre par incisions et se concrète sur le tronc, sous forme de larmes qu’on réunit ensuite. Sa couleur est moins belle que celle de la gomme en canons, et elle s’émulsionne moins facilement avec l’eau; elle ne contient pas d’amidon.
A Mysore on récolte sur le Garcinia pictoria une gommegutte de qualité également défectueuse, appelée gommegutte de Mysore.
L’analyse de la gomme-gutte a été faite par Braconnot, Cbristison, Gigon. La gomme en canons paraît contenir de 20 à 25 parties de gomme et de 75 à 80 parties de résine.
Pour Cbristison la gomme en canons renferme de 71 à 74 de résine jaune, insipide et inodore, de 21 à 24 de matières gommeuses solubles dans l’eau, et 5 parties d’eau.
I a résine est le principe actif de la gomme-gutte ; on lui a donnl aLi le nom à'acide cambogique et Buchner lu. a LsïïnTune formule chimique qui n’est pas démon ree ; e le
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un peu moins liquides que celles que l’on obtient avec les autres drastiques; elles ne contiendraient pas de bile, aussi ne range-t-on pas la gorame-gbtte dans les cholagogues.
L’acide cambogique ne deviendrait actif que dans l’intestin, au contact des graisses et surtout de labile, d’après Bucheim; il serait de plus, pour Christison, moins actif que la même quantité de gomme-gutte ; Bucheim explique ce fait en admettant que la gomme, dans la gomme-gutte,facilite l’émulsion de la résine, et, en vertu de ses propriétés colloïdales, empêche son absorption et favorise sa progression dans le tube intestinal. On se rappelle ce que nous avons dit, dans les généralités, sur la théorie de Bucheim et de Schmiedeberg.
La gomme-gutte n’est jamais donnée seule; on l’associe toujours à un autre purgatif; la forme pilulaire est celle qui convient le mieux à son administration. Il est bon de la diluer suffisamment dans les préparations où elle entre, pour empêcher l’irritation locale qu’elle pourrait amener dans l’intestin.
La dose sera de 10 à 30 centigrammes; on a pu la porter à 1 gramme et même à 1 gr. 50, mais ces dernières doses ne doivent être prescrites que dans des cas très rares, d’hydropisie ou d’apoplexie, lorsque l’intestin a perdu, la plus grande partie de son excitabilité.
La gommcrgutte entre dans la composition des pilules de Bontius :
PILULES HYDRAGOGUES
Aloès.10 grammes
Gomme-gutte.10 —
Gomme ammoniaque.10
Vinaigre blanc. Q. S.
Diviser la masse obtenue en pilules de 20 centigrammes dont on prendra de 3 à 6 par jour.
Ces pilules eurent une grande vogue lorsque la gomme-
gutte fut apportée eu' Europe, par 1 amiral hollandais Van Neck, au commencement du xvii® siècle; Bontius qui étudia la gomme-gutte cliniquement donna cette formule, sur laquelle nous avons donné notre appréciation ailleurs.
La gomme-gutte fait également partie des pilules cl Anderson, dont on trouvera la formule ailleurs.
Si l’on ne veut associer aucun purgatif à la gomme-gutte, on peut avoir recours à la formule suivante, mentionnée dans le formulaire de Boucliardat :