‹ Les purgatifsChapitre 60 sur 80 · IB · texte numérisé non relu

IB

Aloès .

Salicylate de soude

Sublimé.

Extrait de pliyso-

slifima.

Aloès (sans hile) .

Salicylate de soude

Benzoate de soude

Iridin .

Salicylate de soude

Sublimé.

Ipécacuanha . . .

Benzoate d’ammo-

niaque.

Podophyllin (sans

bile).

Évonymin ( avec

bile) ..'...

Sublimé.

Phytolaccin . . .

Sulfate de potasse

Sanguinarin . . .

Évonymin ....

Coloquinte. . . .

Colchique .... 0s'',45 Phosphate de soude .0 ,44

Sanguiiiai'iii... 0 ,40 Acide chloronilri-

qiie.0 ,39

Baptisiii.0 ,39

Ipéca.0 ,58

Hydraslin .... 0 ,38

Sulfate de soude. 0 ,38 Extrait de physo-

Jalap.0 ,55

Sel de Seignetle. 0 ,55 Rhubarbe .... 0 ,32.

Ilydrastin .... 0 ,52

Juglandin .... 0 ,52 Leptandrin, ... 0 ,31

Sanguinarin ... 0 ,50

Jalap.0 ,29 .

Baplisin.0 ,29

Phytolacciii ... 0 ,29 Ilydrastin .... 0 ,28 Coloquinte. ... 0 ,27 Leptandrin. ... 0 ,27

Sulfate de soude . 0 ,25 Colchique ■ ■ . 0 ,20

Prévost et Binet divisent les substances qu’ils ont étudiées en quatre groupes :

1» Substances augmentant la sécrétion biliaire : urée, essence de térébenthine et ses dérivés, salicylate et benzoate de soude, évonymin, etc.

2° Produisant seulement une augmentation légère ou douteuse de la sécrétion biliaire: sulfate de soude, hydrastin, aloès, rhubarbe.

3° Dépresseurs hépatiques, diminuant la sécrétion biliaire : calomeA, \oAüre de potassium.

4“ N’ayant aucune action sur la sécrétion biliaire : phosphate de soude, glycérine, sublimé, séné.

On voit de suite les divergences qui existent entre les résultats des auteurs précités, divergences sur lesquelles nous n’insisterons pas, n’ayant à considérer que les purga-

tifs. Or pour ceux-ci l’accord est à peu près général ; le podophyllin paraît tenir la tête des cholagogues pourvu qu’il ne soit pas administré à doses trop élevées; l’aloès, la rhubarbe, le séné, le colchique viennent ensuite; l’action du calomel est discutée ; nous verrons, en parlant do ce composé, qu’on peut le considérer comme un bilioexcréleur. A cette liste des anciens cholagogues il convient d’ajouter un certain nombre de produits moins anciennement connus, qui sont des biliosccréteurs : leptandrin, évonymin, iridin.

Les drastiques proprement dits, scammonée, jalap, crotqn, sont de très médiocres cholagogues; pour les purgatifs salins, il y a lieu de distinguer : le sulfate de soude est un cholagogue , le sulfate de magnésie diminue au contraire la sécrétion biliaire ; il faudra donc dans les affections biliaires préférer le sulfate de soude au sulfate de magnésie.

Ayant fait ailleurs l’histoire de l’aloès, de la rhubarbe, des sels de soude, nous ne parlerons ici que des autres purgatifs cholagogues végétaux et du calomel.

LEPTANDRIN

C’est un produit résineux retiré du Leptandra Virginica (Scrophularinées) ; on peut également employer la plante elle-même : le rhizome frais est éméto-calhartique; desséché, il serait tonique, laxatif et cholagogue. On peut donner la poudre de ce rhizome à la dose de 2 à 4 grammes dans les affections du foie, la diarrhée, la dysenterie, le choléra infantile.

Le leptandrin se donne à doses plus faibles : 1 à 5 centigrammes plusieurs fois par jour. Reeb l’a associé au podophyllin dans la dysenterie épidémique ; il préconise également la formule suivante :

Leptandrin.30 centigrammes

SuK'ate de quinine.15 —

Camphre. 75 milligrammes

Ipéca. 75

Mêlez et divisez en 12 paquets. Un toutes les trois heures.

PHYTOLACCIX

C’est un produit résineux extrait du Phylolacca decandra (Phytolaccacées), qui est purgatif et cholagogue à la dose de 10 à 20 centigrammes. La plante elle-même peut sé donner h la dose de 60 centigrammes à 2 grammes de poudre de raiûne.

JÜGLANDIN

Produit résineux extrait du Juglans cinerea, purgatif à la dose de 1 à 2 grammes, laxatif à la dose de 30 à 60 centigrammes.

IIVDKASTIN

Produit résineux, qu’il ne. faut pas confondre avec 1’%drastine cristallisée, est également retiré de VHydrastis canadeusis (Berbéridées).

BAPTISIfi

Retiré du Baptisia tinctoria (Légumineuses), serait un laxatif doux à doses faibles, éméto-cathartique à dosés éle-r vées, se donne à la dose de 10 à 20 centigrammes; à prendre le soir.

IRIDIN

Produit résineux retiré de l’/m versicolor; serait pour Rutherford l’un des meilleurs cholagogues. S’emploie comme le suivant.

ÉVONYMIN

Produit résineux retiré de VEvonymus atropurpureus (Rhamnées), serait un des meilleurs cholagogues; ses effets purgatifs sont manifestes. 11 se donne à la dose de 10 à 20 centigrammes. Dujardin-Beaumetz l’a employé avec succès dans les cas d’ictère catarrhal et dans la dysenterie.

PODOPHÏI.LE ET POnOPHYLLIN

Le podophyllin est une matière résineuse retirée des rhizomes du Podophylluni peltalum (Berbôridacées-Popophyllées), plante herbacée, vivace, croissant naturellement dans l’Amérique du Nord. Ces rhizomes eux-mêmes sont rarement employés en nature; on en retire la résine ou podophyllin par un procédé indiqué par le Codex.

Le podophyllin se présente sous la forme d’une poudre légère, jaune-verdâtre, d’une odeur vireuse et d’une saveur âcre et amère, insoluble dans l’eau, entièrement soluble dans l’alcool et dans les essences; il contient très peu de matières minérales et, traité par une liqueur alcaline, s’y dissout en partie en prenant une coloration verte.

La composition du podophyllin est peu connue ; ce serait d’après Podowyssotzki un mélange d'acide podophyllique, de podophylloquerciline, cristallisable en aiguilles jaunes, de picropodophylline, également cristallisable, et de podophyllotoxine, qui serait le principe purgatif du podophyllin et pourrait même devenir toxique à doses suffisamment élevées; la podophyllotoxine est un corps complexe dédoublable en deux composants : l’acide picropodophyltique et la picropodophylline.

La podophyllotoxine tué un chat à la dose de 5 milligrammes donnés en injection hypodermique; elle produit de la diarrhée, des vomissements et des paralysies d’origine centrale, A l’autopsie la muqueuse gastrique est hyperhémiée et tachetée, la muqueuse intestinale infiltrée et re-

couverte de mucosités et débris épithéliaux, le foie ramolli et congestionné, la vésicule biliaire distendue.

Il y a longtemps que les Anglais et les Américains emploient le podophyllin, qu’ils appellent calomel végétal, comme un purgatif doux et un cliolagogue; l’effet du podophyllin varie suivant les doses auxquelles on l’administre : si la dose est faible, c’est la sécrétion biliaire qui est augmentée et l’effet purgatif moins marqué; si la dose est plus élevée, la sécrétion biliaire est diminuée, il y a purgation accompagnée de coliques; les selles sont molles ou normales et apparaissent au bout de Imit à dix heures ; si la dose dépasse 6 centigrammes, on peut craindre les nausées, les vomissements et les coliques violentes. L’usage du podophyllin n’est pas suivi de constipation, ce qui constitue un réel avantage sur les drastiques ordinaires, et indique son emploi dans la constipation habituelle, surtout lorsque celle-ci paraît avoir pour cause une insuffisance de la sécrétion,biliaire.

Le meilleur mode d’administration du podophyllin est la forme pilulaire ; on l’additionne généralement de belladone ou de jusquiame,tant pour diminuer les coliques que pour favoriser l’action purgative ; il faut toujours commencer par une dose faible, 2 ou 3 centigrammes, et éviter de dépasser 5 à 6 centigrammes. L’effet purgatif ne se produisant qu’au bout d'un certain nombre d’heures, on les fait prendre le soir.

PILULES DE PODOPHYLLIN

Podophyttin.0,50 centigrammes

Extrait de beltadone ... 0,20 —

Mêlez et divisez en 20 pilules. De 1 à 5.

PILULES DE PODOPIIYLLIN (C. Paul)

l'odophyllin.0,30 centigrammes

Poudre de gingembre. , . 0,20 —

Miel. Q. S.

Mêlez et divisez en 10 pilules. 1 ou 2 chaque soir.

Si l’on préfère recourir à une forme liquide, on peut user de la formule de Dobell :

TEINTURE PURGATIVE {Dobell)

Podophyllin. 0,12 centigrammes

Essence de gingembre.. . 5 gi’ainmes

Alcool rectilié.CO —

Faites dissoudre. Une cuillerée à café dans un verte d’eau tous les soirs en se couchant.

Le formulaire de Bouchardat indique 50 centigrammes de podophyllin au lieu de 12 centigrammes: il y aura donc lieu de bien spécifier quand on prescrira cette préparation.

Le podophyllin convient très bien comme purgatif dans la médecine infantile. On a dit que la podophyllotoxine lui était encore préférable, étant moins amère et causant moins de coliques : on la donne à doses dix fois moindre ; elle serait indiquée chez les enfants au-dessous d’un an nourris artilicielleraent, ayant des selles dures et argileuses; on leur ferait prendre, dans une cuillerée à café de sirop, 5 à 15 gouttes de la solution suivante :

Podophyllotoxine.0,05 centigrammes

Alcool à 90».7,50 —

La poudre du rhizome de podophylle est très rarement

employée ; on la prescrit en cachets de 50 centigrammes à 1 gramme.

Le podophyllin est un cholagogue énergique, facile à administrer, et auquel on aura recours dans les engorgements du foie, l’ictère, la cholélithiase et la constipation habituelle. Il faut ne pas négliger de, lui associer la belladone, et commencer par des doses faibles, t cà 2 centigrammes, car il peut produire des coliques et des vomissements qui obligent à suspendre son emploi ou même à y renoncer.

CALOMEL [Ug^Gl-j (Chlorure mercureux)

Le chlorure mercureux, mercure doux ou protocblorure de mercure existe en pharmacie sous trois noms différents, s’appliquant à des produits chimiquement identiques, mais différant par leur état physique, ce sont le calomel cristallisé, le calomel à la vapeur et le précipité blanc.

On réserve généralement pour l’usage interne le calomel à la vapeur ; mais il ne faudrait pas s’exagérer les différences qui peuvent exister entre ces produits, au point de vue thérapeutique, dès l’instant qu’ils sont purs et parfaitement exempts de chlorure mercurique.

1“ Calomel cristallisé. On l’obtient en broyant une molécule de chlorure mercurique avec un peu d’eau distillée, et triturant la pâte obtenue avec une molécule de mercure jusqu’à extinction de celui-ci ; le mélange séché à l’étuve est introduit dans, un matras et sublimé au bain de sable : le calomel cristallise à la partie supérieure du matras.

2“ Calomel à la vapeur. Ce produit doit son nom au procédé qui servait à le préparer et qui consistait à faire arriver en même temps, dans un vaste récipient,^ des vapeurs de chlorure mercureux et de la vapeur d’eau; Soubeiran montra que Vintermède de la vapeur d eau était inutile et que l’air froid conduirait plus simplement au même résultat, ce qui fut admis par le Codex.

5» Précipité blanc. Pour l’obtenir on décompose l’azotate mercureux par l’acide chlorhydrique.

Quelle que soit son origine, le protochlorure de mercure doit être essayé sérieusement; on en prendra un gramme qu’on traitera" par une petite quantité d’eau bouillante, et on fdtrera; si le calomel est pur, la liqueur ne précipite par aucun réactif', s’il contient du sublimé, elle donne un précipité blanc avec Vammoniaque, un précipité jaune avec Veau de chaux, un précipité noir avec Vhydrogène sulfuré. On peut remplacer l’eau bouillante par l’éther ; agiter 2 ou 3 grammes de calomel avec une vingtaine de grammes d’éther; fdtrer, et faire évaporer l’éther dans un verre de montre; il ne doit pas laisser de résidu colorable en brun par l’hydrogène sulfuré.

Outre le sublimé qu’il peut contenir accidentellement, le calomel peut avoir été additionné frauduleusement de substances blanches et étrangères; on s’assurera donc qu’il se volatilise complètement par la chaleur, qu’il ne fait pas effervescence avec les acides, et qu’il n’abandonne aucune substance soluble cà l’eau bouillante, ni aux acides étendus.

Le calomel à la vapeur se distingue au microscope du chlorure mercureux pulvérisé : celui-ci présente des fragments de forme irrégulière trois ou quatre fois plus volumineux que la poussière globulaire du calomel à la vapeur ; le précipité blanc présente des parcelles sphériques encore beaucoup plus ténues ; on peut admettre que les grains de calomel à la vapeur sont quatre fois plus petits, et les grains de précipité blanc quatorze fois plus petits que ceux du chlorure mercureux pulvérisé.

L’identité du chlorure mercureux peut être constatée rapidement à l’aide des essais suivants : il est insoluble dans l’eau bouillante, l’alcool, l’éther, l’acide chlorhydrique étendu; il se volatilise complètement par la chaleur et se sublime dans un tube bien sec; il noircit par la potasse, la soude et l’ammoniaque ; il devient vert par 1 iodure de potassium en solution.

Il faut bien savoir que le nom de précipité blanc est aujourd’hui réservé au chlorure mercureux obtenu par voie

humide et ne pas le confondre avec l’ancien précipité blanc,

qui était du chloramidure mercurique kzW{lïg.G\.), qa'ou

obtenait en précipitant par l’ammoniaque une solution de chlorure mercurique.

Au point de vue qui nous occupe nous n’avons à considérer que le calomel à la vapeur, seul employé comme purgatif; on s’est basé sur l’état de plus grande division du précipité blanc pour lui attribuer une action beaucoup plus énergique : c’est une supposition qui n’est pas absolument prouvée et qui d’ailleurs ne rentre pas dans notre cadre ; tout ce qui va suivre s’appliquera donc exclusivement au calomel à la vapeur.

Une question qui a donné lieu à de vives et nombreuses controverses et qui n’est pas encore résolue est le mode d’action et d’absorption du calomel. Sur la peau intacte, cette action est nulle; sur une plaie, une muqueuse, le calomel produit de l’irritation, une modification de la surface avec laquelle il est en contact, modification qui peut lui être propre ou dépendre d’un produit de sa transformation. C’est en vertu de son action propre sur la surface intestinale qu’il produit la purgation, et l’on peut le retrouver en grande partie dans les selles.

Mialhe n’admettait pas l’action purgative et même physiologique du chlorure mercureux, qui doit fatalement, d’après lui, se transformer d’abord en chlorure mercurique ; rien n’autorise chimiquement une pareille explication, et, qui mieux est, les expériences in vitro lui sont absolument défavorables. D’autre part, s’il était nécessaire que le calomel se transformât, comme le veut Mialhe, en bichlorure dans l’estomac et l’intestin, comment admettre que le sublimé administré directement ne produise pas les mêmes effets et que la dose de calomel doive être aussi élevée sans cependant provoquer d’accidents toxiques ?

Soubeiran n’admet pas complètement 1 opinion de Mialhe, mais il n’ose la rejeter et se laisse un peu trop facilement convaincre par certaines assertions qui ne sont pas démontrées, à savoir, que le chlorure mercureux agit plus énergiquement chez les individus ingérant normalement de

fortes doses de sel marin; ceux-ci seraient atteints plus rapidement de salivation. Mais les expériences de P. Adam sont pleinement affirmatives sur ce point, ainsi que nous l’avons vérifié.

Le chlorure mercureux peut rester en contact avec du sel marin, de l’acide chlorhydrique, du bicarbonate de soude, sans donner de traces sensibles de chlorure mercurique, poiirvu qu'il nait pas trop de contact avec l’air-, au contact de l'air il n’en est pas ainsi : une partie du sel mercureux passe à l’état de sous-oxyde ou de mercure métallique et une autre entre en solution à l’état de sel mercurique; mais ce sont là des conditions bien différentes de celles que présente l’intestin ; du reste Adam a fait absorber à des chiens du calomel mélangé à de grandes quantités de sel marin et n’a constaté aucun symptôme d’intoxication.

Pour Bucheim, Van Œttingen, Torsclini, cette décomposition du calomel n’aurait pas lieu, et l’action de ce corps serait due à sa solubilité, très faible il est vrai, dans les liquides albumineux; la pepsine même, d’après Tuson, aurait la propriété de se combiner au calomel pour donner un composé soluble; nous avons beaucoup de peine à l’admettre et nous préférerions encore croire à un dédoublement. Du reste Zawadzki a pu constater, dans les selles provoquées par le calomel, des globules excessivement fins de mercure métallique. Nous pensons donc qu’il faut accepter comme possible, probable même, la production dans le tube digestif de traces de sel mercurique et de mercure métallique, mais que ce n’est pas à ces produits accidentels, mais bien au chlorure mercureux lui-même, qu’il faut attribuer l’action thérapeutique.

Rabutéau prend le contre-pied de l’opinion de-Mialhe et bâtit une théorie diamétralement opposée. Tandis que pour Mialhe tous les mercuriaux passent dans le toiTent circulatoire à l’état de chlorure mercurique, Rabutéau admet que tout composé mercuriel est réduit en dernière analyse en mercure métallique amené à un état d’extrême division qui en rend l’absorption excessivement rapide. Ce qui

serait, d’après l’auteur, en parfait accord avec un certain nombre de faits inexplicables autrement : les mercuriaux, surtout le mercure métallique, rendent rapidement 1 haleine fétide et la salivation abondante ; or ce sont surtout les composés mercuriels insolubles qui occasionnent ces symptômes et qui agissent presque aussi rapidement que le

mercure lui-même.

Nous avons dit plus haut que nous avons vérifié 1 action décomposante des bicarbonates alcalins, sur le calomel, en

présence de l'air-, les carbonates alcalins produisent une

décomposition instantanée, mais ils n’existent pas dans l’organisme et nous avons constaté qu eu presenee de bicarbonates ils donnent des sesqmcarhonates dontl action sur le calomel est la même que celle des bicarbona es. Néanmoins, d’après Jeannel, c’est aux carbonates alcalins qu’il faudrait attribuer la décomposition du calomel apres son ingestion; Jeannel aurait constaté,dans de nombreuses expériences, que les liquides mixtes composes d eau, de bicarbonates alcalins, d’huile grasse, décomposent le calomel et qu’une certaine quantité d’oxyde mise en liberté se dissout dans le corps gras; cet oxyde aurait perdu ses affinités chimiques et peut être absorbé sans mritation locale ; le contenu intestinal produirait une semblable décomposition. Sans nier la valeur des expériences de Jeannel, nous rappellerons que l’air joue un grand rôle dans la décomposition du calomel et que cet auteur n en parle pas. Quoi qu’il en soit, Jeanne! explique ainsi 1 action tardive et inofîensive du calomel ; « Tant que celui-ci est dans 1 estomac, en contact avec des liquides légèrement acides et cblorurés, il ne produit aucune action; mais une ois arrivé dans fintestin, en contact avec un liquide alcalin il SC dédouble et donne un composé mercurique soluble et un oxyde ; les matières grasses et albuminoïdes du liquide intestinal annulent les propriétés irritantes de ces comnosés; le mercure serait donc absorbé sous forme dalbuminate et de sel à acide gras. » H y a dans cette explication bien des points contestables, ne fut-ce qu au point de vue chimique.

Quelle que soit la forme sous laquelle les composés mercuriels sont absorbés, ils ne séjournent jamais longtemps dans l’organisme et s’éliminent par les produits de sécrétion, bile, liquides intestinaux, urines, sueurs, lait et salive; cette élimination par le lait des nourrices peut être utilisée comme mode d’administration du mercure aux nourrissons syphilitiques. La peau semble être aussi une voie d’élimination du mercure. On cite certains cas où l’on aurait observé, après l’ingestion d’un composé mercuriel, des globules de mercure, par exemple dans le pus d’un abcès de la glande sous-maxillaire développé chez un enfant qui avait absorbé quelques centigrammes de calomel ; au premier abord ces faits semblent bien surprenants.

Au point de vue purgatif, le calomel est un purgatif doux ; son contact avec la muqueuse intestinale est aussi peu irritant que possible, et, en excitant les ganglions intestinaux, provoque un péristaltisme modéré et sans douleur ; de plus il est anthelminthique et antiseptique ; on l’a considéré comme cholagogue, et augmentant l’écoulement de la bile dans l’intestin, en se basant sur l’observation clinique; l’expérimentation physiologique lui a refusé le pouvoir d’augmenter la sécrétion biliaire, comme le fait le chlorure mercurique, et même celui d’augmenter re.rcreüon de la bile. Germain Sée lui-même se range à ce dernier avis et classe le calomel parmi les corps qui diminuent les sécrétions de la bile : « Pendant longtemps, dit-il, le calomel a passé pour un cholagogue excellent, et à ce titre il avait sa place dans la thérapeutique des maladies du foie. On est revenu sur cette opinion lorsqu’on a voulu contrôler par des expériences, physiologiques cette propriété du calojnel. Thudicum, Scott, Bennett, opérant sur des animaux à fistule biliaire, n’ont constaté aucune modification de la sécrétion biliaire, sous l’influence du calomel. Rutherford, de son côté, démontre que le calomel stimule la sécrétion intestinale sans exciter la sécrétion du foie, tandis que le sublimé serait un stimulant hépatique des plus énergiques, sans avoir d’action existante bien nette sur l’intestin. Comment donc expliquer cette contradiction avec l’opinion

générale ? Un grand nombre de médecins ont admis que le Llomel est cliolagogue parce que, sous son influence, les selles, qui, dans certains cas, étaient décolorées et argileuses, reprennent une coloration jaune-verdâtre. Or des analyses chimiques pratiquées par Simon, Golding-Bird, Michea, il résulte que cette coloration est bien due à la présence du pigment biliaire dans les selles. Au point de vue clinique, on ne peut nier que le calomel possède la propriété d’augmenter la sécrétion biliaire ; reste à savoir dans quelles conditions et par quel mécanisme. Peut-être peut-on admettre qu’une partie du calomel est transformée en sublimé, qui, lui, est un cholagogue, ou bien doit-on admettre avec Bence, Jones et Fraser que le calomel excite la muqueuse gastro-intestinale et produit une augmentation de la sécrétion biliaire par action réflexe. En résumé, le calomel seul produit des effets cbolagogues douteux ; mais il est probable que, dédoublé dans 1 intestin, ses effets purgatifs s’accompagnent d’une légère augmentation de la sécrétion biliaire. » (Germain Sée, Médecine moderne.) Les propriétés cbolagogues du calomel seraient ainsi subordonnées à un dédoublement dans l’intestin, dédoublement possible, mais non démontré. Aussi semble-t-il qu’on doive plutôt accepter l’opinion de Murchison, et admettre que le calomel n’augmente pas la sécrétion biliaire, mais qu il excite les contractions des conduits excréteurs de la bile, et permet ainsi au foie de déverser dans l’intestin une plus grande quantité de liquides biliaires. En tout cas son action décongestionnante sur le foie n’est pas douteuse et il pourra rendre les plus grands services administré soit

seul, soit mélangé à un autre cholagogue.

Tout en retentissant sur le foie, l’action du calomel s’exerce aussi sur l’intestin, qu’il n’irrite pas, qu’il congestionne à peine et dans toute la longueur duquel il mani-feste ses propriétés antiseptiques et modificatrices ; aussi sera-t-il un purgatif indiqué dans les états pyrétiques et inflammatoires, dans les affections de 1 intestin grêle-, comme la fièvre typhoïde, ou du gros intestin, comme la dysenterie. Sans action sur les ferments gastrique et pan-

190 lÆS PURGATIFS,

créatique, il arrête, d’après Wassilieff, les fermentations putrides des albuminoïdes; c’est à cette propriété qu’on a attribué son action heureuse contre la diarrhée. De même dans la fièvre typhoïde, Wonderlich, Liebermeister, Salet (do Saint-Germain] l’ont employé et disent en avoir obtenu d’excellents résultats.

Salet administrait le calomel dès le début de la maladie, à la dose de Os^Ol toutes les heures jusqu’à apparition de la salivation ; Bouchard a doublé ces doses et donné à ses malades 0s%40 par jour, par 0 b% 02 toutes les heures, jusqu’à la salivation à laquelle on n’a jamais pu imputer d’accidents ; la dure'e de la maladie a été moindre et la gravité atténuée ; cependant la convalescence était longue. Bouchard croit cependant qu’on peut avoir recours au calomel dans la fièvre typhoïde, mais qu’il convient d’éviter la salivation ; il administre le médicament au début, pendant quatre jours seulement, à la dose de 0s%40 en vingt pilules de 0e^02 prises d’heure en heure ; sur 590 cas il n’a jamais ainsi observé de stomatite.

Les selles provoquées par le calomel ont une apparence spéciale : après l’évacuation de matières liquides ordinaires, elles sont molles, d’une couleur vert d’herbes ou semblable à celle des épinards ; cette coloration a été attribuée par Golding-Bird et Schônbein à une altération de l’hématosine, parMichea à une hypersécrétion de la hiliverdine ; d’après ’Wassilieff, sous l’influence du calomel, la matière colorante de la hile ne se transforme pas en urobiline, produit qui donne leur couleur aux selles normales ; les selles ne renfermeraient ni indol, ni scatol.

Le calomel administré à doses fractionnées, d’après la méthode de Law, préconisée par Trousseau produit, rapidement la salivation ; d’autre part il produit toujours ainsi un effet purgatif : 5 centigrammes de calomel pris en dix fois purgeront presque sûrement.

L’action purgative du calomel est souvent utilisée dans les hydropisies, et cela avec d’autant plus de raison que le chlorure mercureux est en même temps diurétique ; la diurèse ne se montre pas immédiatement, mais apparaît

généralement au bout de deux jours et atleint son maximum dans la quatrième journée; elle paraît due à une excitation épithéliale du rein. Les effets obtenus par l’administration du calomel, excellents dans les hydropisies cardiaques avec ascite, œdème, dyspnée, oligurie, sont bons également dans les cirrhoses hépatiques et les néphrites ; il est nécessaire cependant que la lésion rénale, cardiaque ou hépatique soit encore peu avancée.

Pour appliquer le calomel comme diurétique on en peut prendre de 40 à 60 centigrammes en trois fois dans la journée, et cela pendant quatre ou cinq jours au plus. On évitera de cette façon la salivation et le catarrhe intestinal. Si l'on constatait la présence d'alhumine dans l’urine ou une diminution de la diurèse, il faudrait cesser immédiatement le traitement mercuriel, sous peine d’intoxication.

Dans l’ictère le calomel peut être également prescrit comme purgatif et comme ayant une inflüence heureuse sur l’excrétion biliaire, en admettant que la sécrétion de la bile ne soit pas elle-même augmentée.

L’action purgative du calomel le fait fréquemment employer comme dérivatif dans diverses maladies de l’encéphale, ainsi dans la forme de méningo-encéphalite désignée sous le nom d’hydrocéphalie aiguë ; l’utilité du calomel n’est pas démontrée dans cette maladie, qui se termine toujours par la mort, d’après Trousseau.

On a vu plus haut la façon dont Bouchard administre le calomel dans la fièvre typhoïde. Schonhein et Trauhe le donnaient aux doses de 25 centigrammes toutes les trois heures; lorsqu’il y a production d’un flux abondant de bile verdâtre, on peut espérer un résultat heureux ; il faut au contraire suspendre le traitement lorsque les selles sont liquides et aqueuses.

On s’est basé sur les- modifications heureuses que le calomel fait subir aux sécrétions intestinales pour l’appliquer au traitement des diarrhées et de la dysenterie ; on l’emploie surtout dans les cas accompagnés de congestion hépatique, lorsque les symptômes généraux se sont amen-

dés et qu’il ne reste plus que des selles mucoso-sanguiuolentes ; le calomel sera alors donné seul ou mélangé à un autre purgatif ou cholagogue, tel que la rhubarbe, le jalap.

La péritonite puerpérale est aussi tributaire du traitement par le calomel, seul ou accompagné de frictions mercurielles : Velpeau l’administrait par doses de 10 centigrammes toutes les deux ou trois heures, jusqu’à ce que la salivation se manifeste. Trousseau supprimait les frictions et se contentait de l’emploi du calomel à doses fractionnées.

Le calomel employé comme purgatif à doses fortes ou fractionnées est surtout, dans le cas des doses répétées, considéré comme altérant, et c’est comme tel qu’il est prescrit contre la syphilis ou contre les accidents inflammatoires des centres nerveux; suivant l’usage auquel on le destine, il y a donc deux façons de le formuler, que nous allons passer en revue. La forme de potion sera évitée, la forte densité du calomel rendant fort inégales les quantités qui en seraient prises dans chaque cuillerée.

Page 1