DE MALACCA
a retrouvé tous les carac-
Fig. 9. — Sakay, d'après une photographie de M. Bro de Saint-Pol Lias, donnée par M. de La Croix.
Il est évident que cette description pourrait induire en erreur et faire méconnaître la présence du sang négrito qui reste attestée par la photographie.
Grâce à celle-ci nous pouvons encore apprécier à leur valeur réelle d'autres documents tels que les deux portraits de Sémangs publiés par M. Giglioli d'après les photographies du colonel Yule^Ni l'un ni l'autre, du moins à en juger par les gravures, n'étaient des Négritos purs. Les cheveux de l'homme originaire de la province de Wellesley paraissent avoir été presque droits ou seulement ondulés; ceux de la femme, tombant jusqu'aux épaules, ont l'air d'être assez crépus. Mais ni chez l'un ni chez l'autre rien ne rappelle une tête vraiment laineuse, et ces dessins pourraient fournir un argument à ceux qui nient l'existence de véritables Nègres dans ces contrées. Ils n'en attestent pas moins à mes yeux la présence du sang négrito chez les individus qu'ils représentent; seulement le type a été altéré par le métissage.
Les populations précédentes sont métisses. Mais Malacca garde encore un ou plusieurs témoins de l'ancienne population restée pure, dans toute la partie élevée du grand massif montagneux situé entre Pérac, Sélangou et Kelantan. Là vivent des tribus que les Sakays traitent de sauvages, habitant
1 Enrico Hyllier Giglioli, Viaggio intorno al globo délia reale pirocorvetta italiana Magenta; relazione descrittiva e scientifica, 1875, p. 240.
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des cavernes et n'employant que la pierre pour fabriquer leurs outils ou leurs armes. Ces sauvages sont noirs, ont tous les cheveux crépus, sont de très petite taille et se vêtissent de feuilles pendantes autour du corps. Ils fuient dès qu'ils aperçoivent unétranger. M. de Morgan avu de loin les feux allumés par ces Négritos, mais n'a pu les approcher \ M. de La Croix a recueilli sur les lieux des renseignements identiques.
Comme la presqu'île malaise, la péninsule annamite a ses représentants Hu type négrito, connussous les noms de Mois on Moys, Depuis longtemps Logan considérait le fait comme démontré2. Les doutes exprimés bien souvent à ce sujet me paraissaient ne pouvoir guère subsister en présence des témoignages déjà anciens rappelés par M.Giglioli lui-même3, de ceux que Earl a obtenus des Annamites et des Cochinchinois, en présence des indications communiquées à M. Hamy par deux médecins de la marine française. Ces derniers ont affirmé à mon savant collaborateur que des tribus nègres habitent vers les frontières septentrionales
1 Bulletin de la Société normande de géographie, 1886, p. 157.
2 Logan, The ethnology ofthe Indian Archipelago (Journal of the Indian Archipelago, vol. IV, p. 316, 1850).
3 Giglioli, Viagio intorno algloho délia realepirocorvetta italiana Magenta, p. 105, et Archivio per Vantropologia e la etnologia, t. V; Rivista, 189. M. Giglioli se déclare fort sceptique à l'endroit de l'existence de véritables Négritos dans l'Annam. Le portrait d'un Chong, indigène de Siam, publié par Crawfurd, et que l'éminent anthropologiste italien a mentionné, semblerait autoriser au moins à conjecturer le contraire.
de notre province cochinchinoise de Bien-Hoa1. Les derniers renseignements fournis par M. Allen me semblent devoir lever les derniers doutes. L'un des auteurs cités par lui (Tomliris Geography) attribue aux Moys des cheveux laineux, un teint vraiment noir et une figure rappelant celle des Caffres2. lime semble difficile qu'un écrivain eût été aussi explicite sans aucune raison. Tout indique que les tribus noires de l'Annam doivent ressembler à celle de Malacca, et qu'à côté d'individus vraiment nègres il s'en trouve qui s'éloignent plus ou moins du type pur. De là les appréciations diverses et en apparence contradictoires comme il s'en est produit si longtemps au sujet de la presqu'île malaise3.
Nous sommes bien mieux informés au sujet des populations de la presqu'îlecis-gangétique. Les livres tamouis, dit Logan, rapportent que les habitants primitifs avaient les cheveux « en touffes », ce qui ne peut s'appliquer qu'à des Nègres 4. Les témoignages, les descriptions d'une foule de voyageurs, confirmées par des photographies, des dessins, des moulages, des têtes osseuses, font comprendre
1 Hamy, Rapport sur V anthropologie du Cambodge (Bulletin de la Société d'anthropologie, t. VI, p. 147).
2 Woolly haired, very black and savage and with faces ressembling Kaffirs.
3 The original range of tbe Papuan and Negrito races (Journal of tbe anthropological Institute, t. VIII, p. 41, 1878).
4 Tufted. Logan, Ethnology of the Indo-Pacific islands (Journal of tbe Indian Archipelago, vol. VII, p. 25).
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tout ce que ces vieux textes doivent avoir de vrai. Cet ensemble de documents nous montre dans toute l'Inde méridionale et centrale des populations à teint plus ou moins noir, au milieu desquelles se montrent des individus dont la chevelure laineuse atteste encore la pureté de sang, au moins relative, et indique clairement la nature d'un des éléments ethniques qui ont donné naissance à ces populations.
Les mêmes moyens d'étude permettent de préciser à quelle branche du tronc nègre appartient cet élément, et d'affirmer qu'il est essentiellement négrito.
Pour M. Justice Campbell, l'ensemble des tribus qu'il appelle aborigènes se rattache physiquement au type négrito1. 11 en résume les caractères et signale en particulier leur taille, petite et svelte *', leur teint vraiment noir, leurs cheveux emmêlés, parfois frisés et même laineux. Ce dernier caractère se montre assez souvent sur les dessins faits d'après les photographies, bien que l'auteur ne le signale pas dans la description, et quelquefois lors
1 Justice Campbell, The ethnology of India. (Journal of the Asiatic Society of Ben gai, vol. XXV, part II; supplementary number, p. 22).
2 Siight. — On a souvent attribué aux Aëtas et aux Mincopies un ventre très développé. Je ne trouve ce caractère ni dans les photographies de quarante-huit Négritos des Philippines faites à Luçon par M. Montano, ni chez les sept Mincopies des photographies que je dois au colonel Tytler, ni chez les seize individus de la même race représentés dans les phototypies de M. Dobson. (Journal of the anthropolcgical Institute, vol. IV, p. 457, pl. XXXI, XXXII et XXXIII.)
6û HISTOIRE DES PYGMEES ORIENTAUX
même qu'il a dit le contraire. Ainsi en parlant des Santals qui habitent le bassin du Gange à l'est et à l'ouest de Bhagalpore, le colonel Dalton mentionne leurs cheveux droits *. Mais le dessin, qui reproduit une photographie, montre deux individus de cette tribu dont la tête est couverte de touffes aussi arrondies et aussi serrées que celle de n'importe quel Négrito 2, et l'un d'eux est un vrai Mincopie, tandis que l'autre tient plus de l'Aëta. Ce que le même auteur dit des cheveux des Oraons prêterait à bien des doutes ; mais la planche où sont figurés cinq membres de ces tribus présente chez une femme tous les traits de la Négrita et des cheveux au moins à demi laineux8. Le portrait du Dhoba Abor, d'une tribu du haut Brahmapoutre, prête aux mêmes observations. Dans le texte Dalton ne dit rien de la chevelure ; sur le dessin toujours copié d'une photographie, c'est celle d'un Nègre pur sang, bien qu'ici le type négrito soit manifestement altéré par un mélange de sang mogol. Je citerai encore la planche où Fryer a représenté les Mulchers du district de Coimbatore, dans la province de Cochin4. On y voit des individus de taille,
1 Straight. Edward Tuite Dalton, Descriptive Ethnology of Bengal, p. 212.
2 Loc, cit., pl. XXIX.
3 Ibid. Frontispice. Je suis d'autant plus certain de ne pas me tromper dans cette appréciation que dans une note adressée à Campbell le colonel Dalton déclare avoir vu des têtes laineuses (woolly heads) chez les Oraons. {Loc. cit., p. 22.)
4 Fryer, A few words conceming the wild people inhabiting the forests
Fig. 10. — Djangal du Sirgoudja, d'après un dessin de M. Rousselet.
de proportions et de traits fort différents ; mais, la femme placée à droite est une véritable Aëta ; elle a la chevelure qui caractérise l'ensemble de la race et les traits du sous-type philippinien j.
Le Bandra Lokh ou Djangal des forêts de l'Amarkantak, dont M. Rousselet nous a rapporté le portrait 2, peut laisser des doutes relativement au sous-type nègre dont on doit le rapprocher (fig. 10), Les traits ne sont pas ceux d'un Négrito. On y trouvequelquechose qui rappelle certains Papouas. Chez lui la misère et la faim ont altéré les formes et décoloré la peau ; mais la chevelure laineuse que
of the Cochin staie (Journal of the royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, 2e série, vol. III, p. 478).
1 On vient de voir plus haut que mes appréciations reposent sur la comparaison que j'ai pu faire de ces divers dessins avec soixante et onze portraits photographiques. A ce titre, elles peuvent, je crois, être accueillies avec confiance.
Cette abondance de matériaux m'a permis de constater une certaine différence entre les Aëtas et les Mincopies. Les premiers ont les traits plus grossiers, le nez plus écrasé à la racine, plus gros et plus épaté. Les membres inférieurs sont aussi moins fournis chez eux que chez les Andamaniens. En somme, ces derniers sont mieux doués au point de vue physique. Les Négritos de l'Inde paraissent se rattacher au soustype des Aëtas, plutôt qu'à celui des Mincopies.
2 Rousselet, Note sur un Hô autochtone des forêts de l'Inde centrale (Revue d'anthropologie, 1. 1, p. 245 ; Bulletin de la Société d'anthropologie, 2e série, t. VII, 610), et Tableau des races de l'Inde centrale dans Revue d'anthropologie, t. II, p. 267, avec figure et carte. — L'appellation Hô, employée ici, doit être un terme général, pouvant s'appliquer à des races fort différentes. Hodgson l'emploie en parlant d'une population de Singhbhum qu'il décrit comme étant remarquable par son teint clair et la beauté de ses traits. (Journal ofthe Asiatic Society of Bengal, vol. XXV, p. 501.)
NÉGRITOS DE l/lNDE 63
notre compatriote n'a pas oublié de mentionner dans la description ne laisse aucun doute sur le type général auquel se rattache cet individu.
H.F. DEL. Ey. SC.
Fig. ir. — Profil de Boda, jeune Ghond de Schagpore (A), comparé à celui d'une femme mincopie (B) et d'une femme aëta (Cj. (1/4 gr. nat.)
Dans l'ouvrage que nous avons publié avec M. Hamy 1 nous avons juxtaposé le profil d'un jeune Ghond, moulé par MM. de Schlagintweit, aux profils d'une Mincopie pris sur une des photographies du colonel Tytler et de la jeune fille aëta dessinée par Choris \ Je reproduis ici ce
4 Crama et hnica, p. 1S9, fig. 209.
2 Choris, Voyage pittoresque autour du monde, liv. VII, pl. IV.
dessin (fig. 11). Il est facile de voir que le Dravidien tient à peu près le milieu entre les deux types insulaires, bien que se rapprochant de l'Aëta plus que du Mincopie ; et le colonel Dalton nous dit que les Ghonds ont les cheveux, le teint et la physionomie du Nègre.
A ces preuves tirées des caractères extérieurs viennent s'ajouter celles que fournit l'étude des têtes osseuses. Chez les Négritos en général la tête et la face du squelette présentent des caractères très particuliers. Dans un excellent travail. M. Flower a insisté sur l'extrême ressemblance manifestée par les vingt-quatre crânes qu'il avait à sa disposition et déclaré qu'il croyait ne devoir jamais confondre une tête d'Andamanien avec celle de n'importe quelle race i. Nous avons montré, M. Hamy et moi , que la tête aëta en présentait tous les traits les plus caractéristiques. Ces traits sont de nature à être reconnus sans peine lors même qu'ils sont atténués ou juxtaposés à d'autres par suite du croisement 2. Ils permettent de poursuivre et de retrouver le type négrito, lors même qu'il est masqué pour ainsi dire par le mélange des sangs et le changement de langage, de religion, de mœurs... En voici des exemples :
Un voyageur français, Leschenault de la Tour,
1 Flower, On the osfeology and affinities of the natives of the Andaman islands (Journal of the anthropological Institute, vol. IX, p. 1 12).
2 Etude sur les Mincopies ; Crania ethnie a.