LE DÉLUGE I
déclara que le déluge avait été la punition de leur désobéissance à ses commandements et qu'ils subiraient le même châtiment s'ils retombaient dans les mêmes fautes. A partir de ce moment, disent les Mincopies, les prescriptions de Puluga ont été religieusement observées. Le code de ces tribus, si Ton peut employer ce mot, remonte donc, selon toute probabilité, à des temps très reculés.
Jusqu'à cette époque, Puluga habitait souvent le pic volcanique de Pile Barend,et visitait les Andaman sous une forme visible. Mais depuis lors il s'est retiré dans le ciel et personne ne l'a vu.
Un grand nombre de légendes se rattachent aux croyances quejeviensde résumer. La métamorphose apparaît bien des fois comme le dénouement de l'histoire. M. Man compte dix-huit espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et crustacés qui descendent des Tomola transformés, et il ajoute que plusieurs espèces de poissons n'ont pas d'autre origine2. Aucun arbre, aucune plante ne figure sur cette liste.
Trois rochers seulement ont donné lieu à des légendes. Tous trois sont situés dans le voisinage
1 L'île Barren, éloignée des Andaman d'une trentaine de lieues, possède un volcan encore en demi-activité. Elle constituait le point extrême atteint par les Mincopies autour de leur archipel, et c'est peut-être bien de là qu'ils ont tiré le feu.
2 Voici cette liste : le cachalot, le marsouin, l'iguane, une petite espèce de crabe, le dugong, trois lézards, le paradoxure, le rat, une espèce de martin-pêcheur, le pigeon, le perroquet, le coq des jungles, la corneille, le héron, l'aigle de mer. (Loc. cit., p. 171.)
I96 CARACTÈRES DES MINCOPIES
de la première habitation de l'homme. Deux d'entre eux sont dits être des monstres marins d'espèce inconnue et de taille gigantesque, qui, après avoir dévoré quelques insulaires, restèrent pris dans la vase et furent changés en pierre. Le troisième offre plus d'intérêt. C'est un bloc.de grès, d'environ neuf mètres de diamètre, dont la surface présente de nombreux sillons irréguliers, évidemment dus à l'action des agents atmosphériques. Il est placé sur les bords d'une large lagune peu profonde. C'est là le wotaemi, le Jardin d'Éden des Mincopies (Man), où apparut le premier homme *, Les insulaires croient que les impressions creusées dans le bloc racontent l'histoire de la création et celle des exploits des Tomola. Cette croyance est remarquable chez une population que nous avons vue ne connaître aucun moyen matériel de transmettre sa pensée. Y a-t-il là un souvenir inconscient d'un art oublié? Quoi qu'il en soit, ce lieu est respecté par toutes les tribus avec lesquelles M. Man a communiqué.
Superstitions diverses. — Sorciers. — Les Mincopies n'ont pas de prêtres proprement dits, mais ils ont des espèces de sorciers, ou mieux de chamans, appelés okopaïad, mot que M. Man traduit par homme qui rêve ou rêveur2. C'est en effet pen-
1 Man, On the aboriginal inhabitants of the Andaman islands ( Journal of the anthropological Institute, vol. VII, p. 455).
2 Dreamer. (Loc. cit., p. 96, et t. XI, p. 289.)