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RELIGION DE DIVERS SAUVAGES

En somme, dans toute Taire géographique dont il s'agit, les croyances religieuses me paraissent avoir une très grande analogie avec celles des anciens Chinois qui, eux aussi, croyaient au Souverain suprême du Ciel et à des esprits subordonnés1.

Ceux qui refusent à des sauvages la possibilité d'atteindre aux conceptions spiritualistes que je viens de rappeler en feront peut-être honneur aux compatriotes de Confucius et les attribueront à une initiation venue de la Chine. Mais on constate des faits tout pareils sur bien d'autres points du globe. Je me borne à en signaler quelques-uns.

En Amérique, chez les vrais Peaux-Rouges, nous retrouvons le chamanisme grossier avec la croyance au Grand Esprit, seul créateur et dirigeant par sa volonté tous les événements de ce monde, comme le Jumala du Kalévala 2.

Chez les tribus noires de la Californie, une des populations les plus sauvages de cette contrée et

1 L'empereur Chun, 2255 ans avant notre ère, « fit le sacrifice au Souverain suprême du Ciel (Chang-ti) et les cérémonies usitées envers les six grands esprits, ainsi que celles usitées pour les montagnes, les fleuves et les esprits en général. » (G. Pauthier, La Chine, p. 38.)

2 Voir, entre autres, P. Jean Heckewelder, missionnaire morave, Histoire, mœurs et coutumes des nations indiennes, traduit de l'anglais par le chevalier du Ponceau, 1822, passim. L'esprit profondément et vraiment religieux, dans l'acception chrétienne du mot,, apparaît d'une manière remarquable dans la prière que les guerriers lénapes adressaient au Grand Esprit avant de partir pour une expédition. Je l'ai reproduite dans mon ouvrage sur Y Espèce humaine, ch. xxxv.

CARACTÈRES DES MINCOPIES

où les sorciers inspirent la plus profonde terreur, Cbinigchinig a tout créé ; il est invisible et présent partout; il voit tout, et même au milieu des nuits les plus obscures ; il est l'ami des bons et il châtie les méchants *.

Chez les Natchez, qui n'avaient ni sorciers ni jongleurs, Coyocop-Chill a de même tout créé, mais gouverne tout le monde par l'intermédiaire des esprits secondaires (Coyocop-tèchon) 2.

En Polynésie, à Taïti, Taaroa est toïvi; il n'a point de père, point de mère, point de postérité. Il a un corps, mais ce corps est invisible, et le Dieu le perd comme un oiseau perd ses plumes ; c'est ce Dieu qui a créé le monde, ou qui l'a tiré du chaos d'après une autre tradition. Mais, son œuvre une fois terminée, il en a remis la direction aux divinités inférieures3.

Pour expliquer les faits précédents, il est bien difficile de recourir à l'hypothèse de Logan. Cependant, les Polynésiens ne sont que des Malaisiens émigrés, et les anciennes relations de l'Amérique avec les nations les plus avancées de l'Asie me paraissent aujourd'hui hors de doute 4. On

1 Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer Vermeille, par M. Duflot de Mofras, 1844, t. II, p. 366.

2 Le Page du Pratz, Histoire de la Louisiane, 1758, t. II, p. 329.

3 Mœrenhout, Voyage aux îles du Grand Océan. — Gaussin, Traditions religieuses de la Polynésie. — Manuscrits du général Ribour et du Dépôt de la Marine, etc. J'ai résumé et discuté ailleurs ces divers documents. (Les Polynésiens et leurs Migrations»)

A Le marquis d'Hervey de Saint-Denis, Mémoire sur le pays connu

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