‹ Les Pyodermites et leurs TraitementsChapitre 3 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si la consultation et les services de l'hôpital St-Louis sont déjà, ainsi que la prison St-Lazare très amplement pourvus de pyodermites, nous avons eu pendant la guerre, soit au front, soit durant notre longue captivité (Camp I. Münster en Westphalie) ou notre séjour dans les services spéciaux (Hôpital militaire Rollin et Sous-centre de dermatologie de la Région du Nord à Amiens), l'occasion maintes fois répétée d'observer ces affections cutanées.

Nous avons pu constater les erreurs de diagnostic qu’elles entraînent fréquemment, et nous avons vu au cas où elles étaient étiquetées comme il convient des traitements aussi variés qu'inattendus, ayant eu le plus souvent pour résultat la longue immobilisation de militaires dans des hôpitaux déjà très encombrés.

Aussi avons-nous pensé qu'il serait peut-être intéressant et utile de grouper nos connaissances sur cette question et d'étudier les moyens thérapeutiques dont nous disposons pour combattre efficacement ces lésions qui tiennent une si grande place en dermatologie et

qui correctement soignées doivent évoluer rapidement vers la guérison.

De plus, quelques observations publiées en Angleterre nous ont incité à essayer le manganèse colloïdal comme agent thérapeutique des pyodermites, et nous avons collalionné ici les premiers résultats de notre expéri-

mentation.

Que notre vénéré maitre, M. le Docteur Darier veuille bien trouver ici l'expression de notre gratitude et de ‘ toute notre respectueuse affection.

DÉFINITION DES PYODERMITES

Sous le nom très compréhensif et un peu conventionnel de pyodermites, 1l faut grouper les dermatoses infec- Ueuses aiguës, qui primilives, surviennent d'emblée en peau saine et ont pour agent causal les microbes habituels de la suppuration ou pyocoques.

Ces lésions sont constituées par un élément éruptif : la pustule, soulèvement épidermique contenant un liquide purulent.

La cavité renfermant le pus peut êlre de siège histologique variable : se trouver dans l’épiderme, le derme ou le follicule, offrant alors des modalités cliniques diverses dont les types seront réalisés par l'impétigo, l'echtyma et des folliculites. |

En résumé, les pyodermites comprennent l'ensemble de réactions inflammatoires de la peau à l'égard des agents infectieux, quelle que soit l'infection première.

Cette dénominalion de -pyodermite nous paraît préférable à une terminologie abondante et confuse qui, pour des localisalions différentes d’affections identiques nous offre : soit l'inpétigo de Tilbury Fox, l'echtyma, les

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lymphangites réticulaires, l'érysipèle, les ulcères de jambe (streptococcies), soit l’impétigo de Bockhardt, les folliculites et périfolliculites, le sycosis, le furoncle, l’anthrax, les hidrosadénites (staphylococcies), soit l’impéligo vulgaire et l’echtyma superficiel (association de streptocoques et de staphylocoques).

ETIOLOGIE

Même sur une peau saine et minutieusement entretenue, les microbes vivent en foule, et Remlinger a pu évaluer à un milliard deux cents millions le nombre de microbes perdus par le corps humain dans un seul bain de propreté. |

Normalement, l’'épiderme corné constitue un vernis protecteur de l'infection et les microbes qui pullulent sur la peau n’attendent que de trouver le « locus minoris resistentiæ » pour produire la lésion cutanée. Les orifices pilaires sont déjà autant de points faibles par où vont

pénétrer les pyocoques, délerminant par exemple les pustules ostio-folliculites de l’impétigo de Bokhardt, mais la moindre solution de continuité produite dans la couche protectrice permettra plus aisément encore le - développement de l'infection. On peut donc dire, qu'autoinoculables, les pyodermites sont de cause externe.

Et, au premier plan des causes délerminantes, il faut placer les deux affections parasitaires les plus com- -munes : les phtiriases avérées ou frustres de la tête (pediculus capitis), inguinale (phtrius inguinalis) ou des vêtements (pediculus corperis) et da gale..

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On conçoit aisément le mécanisme : les morsures, les sillons, les lésions de grattage causées par le prurit sont autant d'excoriations épidermiques, points de départ vrais de la pyococcie.

De même, l'éraflure par le rasoir el l'égralignure accidentelle, parfois le simple trauma pourront mettre une peau absolument saine aux prises avec l'infection.

On trouvera quelquefois comme porte d'entrée les lésions de l'élimination culanée médicamenteuse ou d'aulo-intoxicalion, ou bien une irrilation par l'eau savonneuse et les alcalis entraînant les dermites artificielles si favorables à l'impétigo de Bockhardt.

Dans d’autres cas, la profession joué un grand rôle; on connaît les furoncles professionnels des chiffonniers, des raffineurs et des mécaniciens, les tournioles ou « mal blanc » des couturières, les folliculites suivant les manipulations de produits chimiques et gras (benzine, huiles de graissage, elc.), sans que l’on puisse déterminer exaclement si ces corps sont eux-mêmes pyogénéliques ou s'ils servent simplement de collaborateurs aux agents septiques.

Les régions du corps, glabres ou velues, sont touchées, mais C'est surtout dans les cheveux, au pubis et ‘aux aisselles que s’observent les désordres les plus graves ; cés parties du corps étant plus négligées, se Jaissent envahir par la malpropreté et sont les hôtes habituels des parasites.

Si les pyodermites n'ont pas de ee (peut-être, les hidrosadénites s’observent-elles plus fréquemment chez la femme), il semble qu'il y ait pré-

dilection de certaines formes pour certains âges : l’impétigo s observe surtout dans l'enfance et dans la première moitié de la vie, et le sycosis ne se voil guère que chez l'adulte.

Les pyodermiles peuvent survenir chez n’imporle quel individu, mais il existe incontestablement un terrain où ces affections persisteront davantage, et on les rencontrera parliculièrement chez des personnes à peau fine ou chez les Iymphatiques, les amaigris, les cachecliques, les prétuberculeux, les scrofuleux, et dans certains cas de diathèse arthritique, comme chez les goutteux, ou de troubles de la nutrition, comme la phosphaturie et la glycosurie. La gravité des furoncles chez les diabétiques est d'ailleurs lelle qu'il est classique d’examiner les urines de tout furonculeux.

De plus, les secousses nerveuses et l'intoxication alcoolique ont pu être relevées comme facteurs.

Mais il ne faut pas croire, parce qu'on a vu des pyodermites chez certains de ces sujets à l’aspect misérable, tristes, apathiques, pâles, aux chairs flasques, à la peau sèche et écailleuse, présentant des troubles digeslifs, que ces élats soient la cause vraie du mal : ils n'inlerviennent que comme cause secondaire.

Les pyodermites s’observent chez le nourrisson où il faut incriminer la macération de la peau dans les excreta. Elles sont extrêmement abondantes chez les enfants de 2 à 7 ans abandonnés dans leur saleté, et qui

‘ont l'habitudé de se mettre les doigts crasseux dans le hez et dans la bouche: chez les écoliers habituellement malpropres et pouilleux el qui, aussi bien à l'école que

pes

dans la famille, sont privés de soins attentifs et éclairés.

La prostituée de bas étage, les vagabonds, qui ignorent ou négligent les soins élémentaires de propreté et d'hygiène, se voient atteints du même mal.

Le port du .faux col chez l’homme entraîne souvent des furoncles de la nuque, mais à la caserne, à côté de cette localisation, on remarque les pyodermites interscapulaires, par frottement du sac ou de l'équipement, et le furoncle du cavalier siégeant généralement, à la fourchette, aux fesses ou à la face inlerne des cuisses, et dont l'origine peut êlre rapportée au frottement du pantalon et de la seile. Chez le fantassin, on voit surtout l'echtyma dont le lieu d'élection est alors aux jambes, par compression des bandes molletières et au tendon d'Achille où appuie le contrefort du brodequin. Ces deux dernières localisations montrent l'important. rôle de la déclivité et de la stase circulatoire dans la pathogénie de l’echtyma. |

Les pyodermites ont constitué la majeure partie des dermatoses de guerre, et ont touché toutes les armées, réduisant temporairement les effectifs de façon sensible. En France, en 3 mois, dans une seule ambulance d'avant, Carle a pu relever 116 cas de pyodermites et en constater plus tard 468 sur 664 dermatoses en traitement. Ces chiffres ont été dépassés par les troupes opérant en Orient et en Allemagne, par les contingents de relour de la campagne de Russie.

On a invoqué les changements de vie sexuelle, et de régime (alimentation plus azotée), le froid et les variations de température, les sueurs, la fatigue, l'immobili-

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