‹ Les Pyrenées françaisesChapitre 2 sur 41 · HISTOIRE ET LÉGENDES · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET LÉGENDES

Bayonne fut évidemment resserrée, dans un temps lointain . entre la base de la colline qui porte la cathédrale et la rive gauche de laNive. D'anciennes fortifications ont dû commander le confluent des deux rivières; c'est de ce point que nous allons partir pour suivre l'enceinte actuelle, œuvre de Vauban. A cet endroit, l'Adour jette son flot montant dans le fossé, rempli de grands roseaux. Un pont dormant fait communiquer la ville aux superbes boulevards plantés de vieux arbres qui l'encadrent tout entière ; on arrive au pont par la Porte-Marine. Le front des murailles a ce bel aspect sévère des ouvrages de ce xvn* siècle, qui 86 ressemblent tous un peu, ayant tous la correction et « l'air grand ». Une courtine de Vauban rappelle les terrasses de Versailles; ce sont deux ordres de choses très différents, mais il y a proche parenté dans l'exécution. Aucune époque n'eut ce carac-

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tère d'unité ; on le trouve à présent monotone, et pourtant, en regard de la disparate actuelle, il a son prix.

Les soleils de Bayonne sont cuisants, mais aucune ville n'a plus d'ombre. Si les bourgeois bayonnais n'étaient point contents de ce promenoir touffu autour des remparts, ce seraient des gens chagrins. Or, c'est une population de belle humeur. J'imagine que les amoureux ne se plaignent pas non plus de cette grande ramure propice. — Le boulevard se continue, et passe au-dessous du Château-Vieux.

C'est par opposition, apparemment, aux fortifications du temps de Louis XIV, que ce choquant édifice a reçu le nom de vieux. Il est plus âgé, c'est vrai, mais de si peu, du moins à première vue. Les quatre tours rondes dont il est flanqué ne remontent pas au delà du XV* siècle; l'édifice fut apparemment reconstruit après un siège soutenu par les Bayonnais, en 1523; et voici pourquoi je me permets de le trouver choquant pour les yeux : c'est qu'il a été enduit de chaux blanche. On n'a même pas épargné la matière, la couche en est épaisse; la couleur n'en est que plus affreusement crue.

Pourtant, à y regarder de plus près, ces tours du xv* siècle — rondes, coiffées de poivrières — paraissent accolées à un corps principal de bâtiment plus ancien qui, lui-même, aurait été construit au xu* siècle sur un débris de l'enceinte romaine. Les Romains avaient une forte citadelle à Bayonne : seulement quels Romains? Ceux de la première période, des Jules et des Antonins? ou les Romains de la dernière heure ? Le vieil historien Marca, d'abord puissance laïque et président du Parlement de Pau (1621), puis archevêque de Toulouse, a laborieusement démontré que Bayonne, ville des Boates, faisait partie des douze cités de la Novempopulanie, et qu'une cohorte, la Novempopulane ^ y fut entretenue jusqu'à la fin de l'Empire, sous le commandement d'un tribun. Il s'agit sans doute d'une de ces cohortes auxiliaires composée de provinciaux, et qui portaient ordinairement

le nom de la province qui les avait fournies.

Par malheur pour les érudits bayonnais qui prêtent à leur ville une antiquité si vénérable, il est à peu près démontré que la cité des Boies n'était point Bayonne, mais la Teste de Buch, pauvre bourgade aujourd'hui située sur la rive méridionale du bassin d'Arcachon. J'ai trouvé dans un mémoire adressé à la Société des Arts et des Sciences de Bayonne une argumentation très forte, appuyée sur des faits et des textes, et d'où il résulterait que si les Romains ont occupé Bayonne dès les premiers siècles de l'Empire, ils n'y eurent de grand poste de défense que sous Théodose, à la fin du iv" siècle. Ce grand Empereur était né en Galice, terre espagnole assez voisine du L&bourd; il connaissait toutes les positions militaires des Pyrénées, et quant à l'importance de celle-ci, il avait pu l'apprécier lui-même. C'est lui qui aurait fondé la première forteresse, sur les assises de laquelle s'élève encore le Château- Vieux.

Cependant il demeure certain qu'un centre de population indigène, apparemment mêlé d'éléments romains, vivait à l'embouchure de TAdour, dans un lieu appelé Baï-une (port), et que Baï-une était la bourgade la plus importante du pays situé entre l'Adour et la Bidassoa,le Laphur-duy ou Lsibourd — nom français qui prête à une équivoque, et semble dire tout le contraire de ce qu'il veut exprimer, puisque, dans la langue basque ou « escualdunaise », Laphur-duy signifie désert, solitude, pays inculte et sauvage. Le Labourd a d'autres villes : Ustaritz, Saint-Jeande-Luz, Hendaye; il est fertile aujourd'hui et mérite sa dénomination française. Bayonne, sous les Romains, en fut considéré comme la capitale; ils l'appelèrent Lapurdum. Et la « cite Labourdine »* garda son nom, — du moins dans les actes publics — jusqu'au xii* siècle; mais il est infiniment probable qu'elle n'en eut jamais d'autre dans le langage populaire que Baï-une — Bayonne. Je demande pardon pour cette incursion rapide sur le champ de l'érudition; il est semé de pièges; on ne peut le comparer qu'à certaine musique savante dont la beauté a

pour mesure celle de Fangle ouvert par le bâillement qu'elle cause.

Les traditions bayonnaises sont opiniâtres et contradictoires. Elles donnent saint Léon, qui vivait au ix* siècle, pour premier évêque à la ville, ce qui retrancherait quatre cents ans pour le moins à sa fabuleuse antiquité. Saint Léon aurait été martyr de persécutions mystérieuses qui se seraient élevées vers ce temps-là: on l'aurait décapité. Le saint, qui connaissait la grande aventure de son devancier, saint Denis, aurait pris sa tète dans ses mains, l'aurait portée jusqu'à un endroit voisin de la cité, où descendent à présent les glacis. Le sang naturellement en coulait, et d'une goutte répandue sur la terre une source jaillit. Longtemps elle fut miraculeuse; le charme divin est dissipé à cette heure. — Cette légende consacre tout bonnement une usurpation, car, décidément, ce n'est pas saint Léon qui fut le premier évèque; cette grande qualité parait avoir appartenu au prêtre Iscassic — en latin Iscassicus — qui n'a pas été sanctifié. Théodose, ayant institué un commandement militaire, voulut un contre-poids au pouvoir redoutable qu'il conférait à l'un de ses officiers; en face du tribun il plaça l'évêque. Cette politique fut constamment celle des Empereurs dans les provinces. Il faut que les antiquaires bayonnaîs en prennent leur parti, tout dans « Lapurdum » paraît avoir été fait de la main de Théodose; et avant lui Baï-une n'était rien.

Une preuve en existe : c'est le tracé connu de la voie romaine qui, descendant de Burguète, bourg espagnol situé dans la vallée de Roncevaux, passait à Saint-Jean-Pied-de-Port, traversait le pays de Soûle, autre subdivision du pays Basque français, et par Sauveterre, gagnait d'Acqs fAguae AugxistseJ, aujourd'hui Dax, se dirigeant vers Bordeaux. Le port dé Baï-une ne les avait point fixés, ces Romains qui ne furent jamais navigateurs, à qui l'Océan fit toujours peur avec ses tempêtes, son étendue infinie, son éternel inconnu. Leur mer, c'était la Méditerranée ; celle-là, du moins, a des bords.

Les Northmans qui — eux — furent les plus intrépides des ma-

rins, puisque c'étaient des pirates — affrontent l'Océan jusqu'à la côte cantabrique; la barre de FAdour n'arrête point leurs barques légères. Ils brûlent Lapurdum sans pitié et sans façon. La ville avait alors des vicomtes relevant des ducs de Gascogne. Les seigneurs, qui relevaient à leur tour des vicomtes, paraissent avoir été des étrangers sur la terre basque — dominateurs d'une autre race,comme les Magyars en Hongrie. — Leurs noms indiquent des Gascons navarrais : Lôp ou Lupus, Garsie, Aner, Sanz ou Sanchez, Lobaner, Fortaner — les mêmes que nous retrouvons en pays béarnais, vers le commencement du xii' siècle. Les gens de Bayonne obtiennent leur charte d'affranchissement, grâce à la complicité de Raymond de Martre, leur évêque. Déjà, ils étaient passés sous la domination anglaise, leur suzeraine. Aliéner d'Aquitaine, femme répudiée du roi de France Louis VII, ayant épousé, en 1152, Henri Plantagenest, roi d'Angleterre. L'épouseur royal avait dix-neuf ans, l'épousée en avait trente; elle employa le temps de jeunesse qui lui restait à donner à son mari quatre fils, qui le firent mourir de chagrin. De ces quatre méchants princes, l'un fut Richard Cœur-de-Lion. Aliéner est donc le premier auteur du célèbre opéra comique de ce nom, dont Grétry fit la musique. — L'histoire ne perd pas autant qu'on pourrait le croire à être mise en chansons.

Du XII" au xv" siècle, Bayonne jouit d'une de ces constitutions vagues, élastiques, qui ne sont écrites nulle part, qui ne reposent que sur des coutumes, et qui, par cela même, sont les meilleures. La ville payait le cens par moitié au roi d'Angleterre, par moitié à l'évoque. Or, qu'était-ce que le cens? C'était la redevance féodale au seigneur du fief par le possesseur du domaine utile. Or, ce possesseur ici, c'est le Maire, présidant le conseil des cent pairs élus par le peuple ; Bayonne s*est érigée tout simplement en république municipale. Les prud'hommes, devenus riches, prêtent de l'argent au roi, qui ne rendra peut-être pas le capital, mais payera l'intérêt en « libertés nécessaires ».

Les prêteurs s'en vont le trouver à Londres, quand ils ont un compte à régler; il leur fait fête et leur offre des présents : — Donnez à Amise, prud'homme de Bayonne, une robe de vair ! Et cet Amise reparait en sa fourrure dans sa cité. Quel honneur !

Bayonne traite d'égale à égale avec la monarchie anglaise. Bayonne a des traités particuliers avec les cinq ports anglais : Hastings, Romraey, Hythe, Douvres et Sandwich. En France, elle a pour cités et ports rivaux Bordeaux et La Rochelle, et déclare, en son nom et pour son compte, la guerre aux marins flamands et normands. Elle fait en grand le commerce des vins avec TAngleterre, et la pêche de la baleine dans le golfe de Gascogne. Intérieurement, elle est bien un peu déchirée par les factions, comme toutes les Républiques ; il y a l'aristocratique et la populaire. La première ne souffre que malaisément la liberté malpropre des petites gens ; le maire prend des arrêtés contre les vagabonds qui font leur cuisine en plein vent, mais il en rend aussi contre les abus commis par les bourgeois; il fait des lois somptuaires — particulièrement contre certain manteau noir à capuchon, nommé le paillet ou palhet, vêtement de deuil trop élégant que portent les veuves, et qui du veuvage ferait un plaisir. Il est interdit de porter le paillet plus d'un an et un jour.

Cependant les Anglais étaient chassés de France, pied à pied, etn*y gardaient plus que deux villes, Bayonne et Calais. En 1451, Dunoîs investit la ville. D'abord, il ne conduisait que 400 lances et 4,000 francs archers ; mais Chabannes lui amena de grands renforts. Une flotte en même temps arrivait, commandée par Jehan Le Bouchier. Les Bayonnais tentèrent une sortie du côté de la mer; mais douze pinasses armées de couleuvrines remontaient FAdour, et d'autres embarcations portaient les grosses bombardes. Il n'y eut bientôt qu'à se rendre; l'évêque Lasègue négocia la capitulation, et les Français firent leur entrée le 1 1 août. Dunois, armé tout en blanc, monté sur un cheval housse de cramoisi, était précédé de douze cents archers, suivi de six cents lances. —

La ville était bien prise. Depuis, elle fut assiégée souvent, jamais emportée. Aussi se pare-t-elle d'une fîère devise : Nunqv^m polluta. Il n'y a que Dunois qui pourrait protester et dire : Permettez, Messieurs de Bayonne!... — Mais vous verrez qu'il ne sortira pas de sa tombe pour faire cette malice aux Bayonnais.

Un Dunois avait violé la cité orgueilleuse, un autre Dunois la défendit, François, son gouverneur, le premier comte de Longueville et le fils du héros, compagnon de Jeanne d'Arc. C'était en 1523 : une armée de Charles-Quint, unie à des troupes fournies par Henri VIII d'Angleterre, assiégeait Bayonne. Les savants bayonnais vous diront que ce furent les assiégés qui, en ce moment-là, inventèrent la baïonnette. N'allez pas disputer, ils n'en voudraient pas démordre. Et puis, je vous le dis entre nous, s'ils n'ont pas de preuves à vous fournir, vous n'en auriez pas à leur opposer. La baïonnette, d'où qu'elle vienne, a eu pour métier de tuer; elle a joliment fait son métier, et c'est le principal.

Quatre ans après le siège par les Aragonais, en 1527, le Château vieux restauré vit s'accomplir une cérémonie fort agréable pour ce même empereur Charles, qui gouverna tant d'empires et qui devait finir par régler des horloges. Le maréchal de Montmorency y compta à ses envoyés la somme ronde de cent vingt mille écus ; c'était la partie sonnante, et la seule effective, de la rançon de François I", prisonnier à Madrid. François avait cédé la Bourgogne à son ennemi; mais céder et livrer sont deux. Charles n'eut jamais que l'argent.

En 1565, arrive à Bayonne toute une corbeille de princes et princesses, souverains et souveraines. Catherine de Médicis avait résolu de faire voyager par toute la France son fils Charles IX. Le voyage dura près de deux ans. Le cortège royal s'en alla d'abord de Paris en Lorraine, puis delà par la Bourgogne, le Lyonnais, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, la Guyenne. Dans les cinq dernières provinces, les huguenots étaient nom-

breux ; le passage de cette Cour somptueuse et galante, toujours en fête, toujours remplie de scandales, et semant, dit un vieil auteur du temps, — « les fleurs du plaisir teintées de pourpre sanglante », excitait les colères et les méfiances de ces religionnaires sombres. Arrivés au pied des Pyrénées, lejeune roi et la reine-mère firent une halte à Bayonne, où ils donnèrent de grands galas ; la ville aussi se mit en frais d'hospitalité magnifique. La reine Elisabeth d'Espagne, fille de Catherine et sœur du roi Charles, arriva bientôt, menée par le ducd' Albe. C'est cette entrevue qui a fait dire à beaucoup d'historiens que la Saint-Barthélémy avait été complotée à Bayonne, — c'est-à-dire sept ans avant son exécution. Cest ridicule. Si ces mêmes historiens s'étaient bornés à établir qu'un plan de restauration catholique fut discuté à Bayonne, ils auraient eu peut-être raison.

Ce plan même est connu, d'après V Histoire des guerres civiles de Rome, par l'Italien Davila, et d'après les Mémoires du maréchal de Tavannes : il consistait tout simplement à rendre de plus en plus difTicile, en dépit des édits de tolérance, l'exercice du culte réformé, afin d'en dégoûter le peuple ; la noblesse huguenote se trouvant alors isolée, on l'aurait ramenée par la corruption à l'orthodoxie. Conception tout italienne, sortie de la tête subtile de Catherine, et qui fut médiocrement approuvée par le duc d' Albe. Celui-ci, tout plein de la vraie simplicité espagnole, aimait mieux qu'on tuât — d'abord les grands; — après quoi, on aurait aisément raison des petits. — « Une tête de saumon, disait-il, vaut mieux, que deux mille grenouilles. » — Il y avait passablement de protestants à Bayonne — surtout des grenouilles. Cependant, quelque vingt ans plus tard, en pleine guerre de la Ligue, on y vit un saumon. Il se nommait Château-Martin, huguenot de qualité; il menait un complot qui devait livrer la ville aux Espagnols. Il fut découvert ; on le roua.

En 1659, après une guerre de plus de trente ans entre la France et l'Espagne, le traité dit des Pyrénées étant accepté dans son

ensemble comme instrument de paix, il restait en juillet 1659 à échanger les ratifications. Le 20 de ce mois, le premier ministre d'Espagne, don Luis de Haro, était à Saint-Sébastien ; le cardinal MazarinpartdeChambord, et s' étant arrêté quelques jours au château de Bidache, chez le maréchal de Gramont, arrive le 24 juillet à Bayonne. La Cour devait l'y joindre; l'histoire du voyage de Louis XIV aux Pyrénées se rapporte surtout, comme nous le verrons, à Saint-Jean-de-Luz.

Bien d'autres voyageurs couronnés ou découronnés : Philippe V se rendant en Espagne pour y prendre possession de son nouveau royaume, la reine douairière Anne de Neubourg, veuve de Charles II, chassée de Madrid, ont encore ps^ssé par Bayonne et séjourné dans la ville. Le plus glorieux de ces hôtes modernes c'est Napoléon. Ily avait été précédé, en novembre 1807,d'unredoutable appareil militaire, car le général Dupont y rassemblait une armée de trente mille hommes pour soutenir les généraux Junot et Moncey, déjà entrés en Espagne. A Madrid, une insurrection populaire a emprisonné Godoî, le favori du vieux roi Charles IV, qui vient d'abdiquer en faveur de son fils Ferdinand, l'âme du complot et de la révolte. Napoléon était bien préparé à quelques changements en Espagne, mais il ne voulait qu'y faire triompher despotiquement l'influence française par Charles et son ministre ; le nouveau roi Ferdinand était l'ennemi passionné de la France. Ce ne devait pas être une raison pour le dépouiller; mais les conquérants ont une morale particulière, et ils sont bien forcés de l'avoir.

L'Empereur avait donc résolu d'aller lui-même conduire des affaires si délicates; il part en avril 1808 pour Bayonne, y appelle Charles et Ferdinand, qui ont la simplicité de s'y rendre. On peut croire que Napoléon voulait un théâtre discret et sûr, pour les scènes outrageuses qu'il prévoyait entre le père, le fils et le favori délivré à Madrid par Murât, car il avait acheté Je château de Marrac, situé à dix kilomètres de la ville, sur la

route d'Espagne. C'est là qu'il reçoit les deux princes; l'abdication de Ferdinand sort de ces abominables querelles. Napoléon se fait céder par Charles tous ses droits au trône. On sait le reste, et comment Joseph Bonaparte devint roi. — Plus tard, Napoléon a dit : « La guerre d'Espagne a été une véritable plaie et la cause première des malheurs de la Franco. L'injustice était par trop cynique, et l'attentat parut dans sa nudité. C'est ce qui m'a perdu. » — En 1835, le château de Marrac a été incendié.

LADOUR

Bayotme a qaaœ portes oorrespoodant aux quatre routes qui abc-'ùtissenî à la rille, et dont Tune court vers Bordeaux et Toukmse au nord, la secc»ide au sud vers l'Espagoe, la troisième à Test vers le Bèam et le cœur du pays basque ; ce sont les portes fie France oudufîÂfutf.defEspagneet de Mousserolles.

La route du Béam traverse le Petit Bayouae, et laisse à sa gauche les allées de Boufilers, le jardin public, l'hôpital militaire, vaste bâtimeut élevé sur l'emplacement autrefois occupé par les couvents des Cannes et des Jacobins. La route de France — ayant franchi le grand pont jeté suri' Adour — contourne d'abord la base de la montagne de Saint-Esprit, qui porte la citadelle, œuvre de Vauban , puis du coteau de Saiut-ÉUenne, chai^ de villas et de châteaux, d'où la vue est admirable; — la même, d'ailleurs, qu'on peut embrasser du haut de la citadelle sur le fleuve, la mer et les monts.

BÂYONNE. 27

Ne me demandez point de la décrire, un plus habile que moi s'en est donné la peine et s'est servi d'un instrument plus sûr que la plume : c'est Cari Vernet dans sa collection des Ports de France. Vous pourrez voir cette toile au Louvre.

Au nord de la citadelle, est une curiosité de l'espèce la plus mélancolique. On ne la connaît point, beaucoup de Bayonnais même l'ignorent; mais on rencontre sur le chemin des troupes d'Anglais qui grimpent; ces gens-là vous frappent tout de suite par certain complément de solennité ajouté à la raideur nationale ; ils vous ont enfin un air de circonstance qui vous engage à les suivre, et bien vous en prend, car ils vont tout simplement en pèlerinage. Après la montée, ils glissent sur la pente, toujours raides, comme si c'était sur la glace. Bientôt, en les suivant, on aperçoit une plantation d'arbres et des tombes. Cest le « cimetière des Anglais ». Nous sommes en février 1814. Wellington occupe avec soixantedix raille hommes les routes de Saint- Jean-de-Luz et de Saint- Jean- Pied-de-Port à Bayonne, c'est-à-dire les avenues du pays basque et d'Espagne. Soult, qui ne conduit que soixante mille hommes, a 6a droite à Bayonne, son centre sur l'Adour, sa gauche sur la Bidouze, affluent du fleuve sur la rive gauche. Le 26, Wellington attaque nos lignes; Soult recule, Bayonne est abandonné. Le général anglais suit l'armée française, mais laisse vingt mille hommes devant la ville; et la fortune des combats y devient singulièrement capricieuse : le général Hope, qui commandait les assiégeants, passe l'Adour près de son embouchure, et tente de nouveau d'enlever la place; la garnison fait une sortie malheureuse, perd un millier d'hommes; seulement elle prend le chef anglais. Le temps s'était écoulé, nous étions au 14 avril, et c'est le prisonnier qui apprend aux défenseurs de Bayonne la capitulation de Paris. Cependant, ils tiennent encore, le drapeau tricolore flotte toujours sur la citadelle, que les Anglais vont essayer d'occuper par surprise. — Et voilà où j'en reviens au cimetière anglais, dans le petit vallon.

Il était et il est encore des plus sauvages : — de grands gen^, des arbres épineux ; la combe en est profonde. Trois régimttits anglais s'y cachèrent. Braves gens que ces Anglais! mais j'ai IMmi vouloir me les représenter en affaires d'embuscade, je voisjjjlni* jours nos petits voltigeurs de ce temps-là, nos petits chasseoli à pied d'à présent, souples, agiles, passant partout; je ne me: teprésente pas ces habits rouges. Ils furent dépistés; nousvto tuâmes bon nombre. — Seize ans plus tard, en 1830, le câtfBal anglais eut l'idée d'une souscription parmi ses nationaux en ifeidence aux Pyrénées; il s'agissait d'honorer les restes de leurs morts ; le terrain du combat fut acheté, et des tombes comm&noratives s'élevèrent.

La citadelle est proche ; elle ne saurait guère intéresser que les gens du métier. J'ai dit la vue qu'on embrassait du haut de ses bastions. Lorsqu'on en a joui suffisamment, il n'y a plus qu'à repasser la rivière. Le mieux alors, c'est de traverser la ville, de joindre la porte d'Espagne parles allées Paulmy, qui descendent à la Porte-Marine — la quatrième de la ville, celle qui ouvre l'accès de la basse rivière et de la mer ; — on gagnera les Allées- Marines, et l'on aura suivi dans sa plus belle partie la longue promenade qui longe les fossés, décrivant les mêmes courbes que les remparts. L'idée de ces boulevards magnifiques est vieille; on les a plantés pour la première fois au commencement du xviii* siècle, etles arbres allaient être séculaires, quand le siègede 1814 les abattit ou les saccagea. Leurs successeurs n'ont encore que soixante-dix ans environ; pour ces géants-là, c'est la petite adolescence.

Leur ramure est si serrée et si profonde, que la pluie d'orage met plusieurs minutes à la percer; le soleil y use ses rayons verticaux au milieu du jour; il n'y a que les flèches obliques du couchant qui pénètrent par-dessous les basses branches. L'effet est charmant : ces feux dorés s'élèvent au tronc des arbres et se jouent aux premiers feuillages ; la lumière monte, au lieu de glisser d'en haut. A midi, l'ombre est pleine, la fraîcheur est délicieuse. Le

promeneur a ce dôme superbe au-dessus de la tête ; il ne voit rien que d'un côté la muraille et Therbe du rempart, une végétation curieuse et variée d'amaranthes et de grandes orties, de roseaux au fond du fossé ; de Fautre, des champs de maïs, puis les jardins de quelques villas, où Tombre n'est pas moins tranquille et lente; plus loin, par-dessous une nouvelle et quadruple rangée d'arbres, la clarté de Feau. Il est alors à la Porte-Marine, et devant lui s'étendent ces belles allées qui ont reçu le même nom. Les Allées- Marines descendent le long de F Adour jusqu'à la forêt de pins qui ferme le paysage et donne au fleuve la figure d'un lac.

 gauche, les allées sont bordées de maisons, au pied desquelles passe une route carrossable conduisant à la mer. La liberté de Tarchitecture s'est donné carrière franche ; les villas prétendues italiennes coudoient de prétendus castels à pignons, même à clochetons et tourelles. Tout cela — ou à peu près — est laid à plaisir, mais d'une laideur qui disparait dans la calme beauté du cadre et dans la majesté de ces grands ombrages. Au-devant de ces maisons construites en style de pâtissier, le fleuve coule ; derrière, du côté du midi, court la chaine des monts. C'est ainsi que la nature écrase partout le goût bourgeois et Farchitecte son complice.

La route se poursuit, et de loin parait devoir se heurter à une haute dune blanche que nous confiaissons déjà : c'est le Blanc- Pignon. Ici deux chemins vont s'ouvrir : Fun à travers la pignada, l'autre qui suit encore la rivt^. Le premier a bien du charme. On marche perdu, comme enseveli sous cette grande colonnade maigre et muette ; on entend parfois un soupir prolongé qui s'enfle peu à peu pour arriver à une sorte de cadence mugissante, et l'on s'arrête, cherchant d'où vient le bruit. Est-ce un coup de vent qui passe sur la tête des pins ? Est-ce la plainte de la mer déjà prochaine ?

Cette pîgnadaest un lieu romantique; le malheur, c'est que, lorsqu'on y est enfermé, on ne voit qu'elle. L'autre route est semée, au contraire, de curiosités changeantes. Et d'abord, avant

de la suivre, il est bon de jeter un regard en arrière ; les yeux remontent le cours du fleuve jusqu'à Bayonne Là il semble se perdre au milieu des maisons et comme sous une forêt d'arbres nus : ce sont les mâts des navires. Aux approches du soir, la ligne violacée des monts rejette en avant tout ce tableau. La ville se détache en une vigoureuse silhouette au premier plan.

De l'autre côté, descendant toujours, on rencontre une ruine : c'est l'ancien lazaret, puis une caserne de douaniers. On est près alors de l'embouchure. Sur la rive opposée se montre un curieux petit port, le Boucau, dont les destinées ont été capricieuses, puisqu'elles ont été réglées sur celles du fleuve. Il est à peu près certain que l'Adour a plusieurs fois changé de lit; le dernier de ces redoutables caprices est fixé à l'an 1367 ; une tradition le fait coïncider avec une tempête fameuse qui aurait détruit la flotte d'Edouard III d'Angleterre. Je cherche dans les auteurs, je ne trouve en 1367 qu'une bataille parfaitement terrestre dans les régions pyrénéennes, en eff^et, — sur l'Ebre; le Prince Noir eut même l'honneurd'y faire Duguesclin prisonnier. En 1372, jevoisune autre bataille, — navale celle-ci, — où la flotte du roi de Castille, unie à celle des Rochelais, battit vigoureusement la flotte anglaise, commandée par Pembrocke. Je lis même qu'à cette nouvelle le vieux roi Edouard, s' arrachant aux sortilèges d'Alice Pierce, sa favorite, s'embarqua sur d'autres vaisseaux avec le Prince Noir, son fils, et vingt mille hommes, pour s'en aller reprendre en France ses provinces perdues, et que des vents furieux le rejetèrent en Angleterre. Je ne trouve point d'autres tempêtes, et c est fâcheux pour la tradition.

Ce qui paraît établi, c'est que, vers la fin du xiv* siècle, l'Adour s'avisa de rouler au nord, partant du Boucau, s'ouvrant un chemin dans le sable au pied des dunes, pour s'aller jeter dans la mer, entre Boucau-Vieux et Cap-Brelon. Là existait déjà un havre d'une profondeur considérable, que des courants balayent

sans cesse, et qui défie les atterrissements. Derrière le'yieux Boucau est un vaste étang dont le barrage fut emporté, si bien qu*une superbe rade s'y creusa d'elle-même ; les navires de guerre y pouvaient mouiller. En quelques années, des chantiers de construction s'y étaient établis, une ville s'y élevait, ville toute maritime, qui prit une importance si rapide qu'au bout d'un siècle, le vieux Boucau comptait ses marins par centaines. Pendant ce temps, Bayonne pleurait sa méchante rivière qui s'en allait là-bas, dessinant entre deux longues montagnes de sable ce coude perfide ; Bayonne se trouvait ensevelie au fond d'une lagune. Les barques y remontaient à peine.

Le salut lui vint d'Espagne, au bout d'un autre siècle; celui qui se manifesta pour commander aux flots était pourtant un Français, et même un Parisien. En ce temps-là, on ne distinguait point l'ingénieur de l'architecte, et Louis de Foix ne prit jamais que cette dernière dénomination. Il arrivait de Madrid, où il avait eu part à Fédification de l'Escurial sur le modèle fameux du gril de 3aint-La\u*ent. Il s'appelait Louis de Foix ; c'est lui qui plus tard construisit la tour du Cordouan, à l'embouchure de la Gironde. Tout ce peuple de marchands éplorés l'arrête au passage ; il eut pitié de leur misère, et peut-être eut-il tort de se mettre à l'œuvre, car il pourrait bien n'avoir obligé que des ingrats. La légende bayonnaise, en effet, vous dira que « l'architecte » n'aurait point réussi sans le secours d'un nouveau cataclysme qui, d'ailleurs, est décrit dans les auteurs contemporains. Il paraît qu'après un orage qui avait duré plusieurs jours, les Pyrénées se mirent à verser du haut de leurs cimes la prodigieuse quantité d'eau qu'elles avaient reçue. Ce fut comme une trombe qui faillit ensevelir la ville, mais qui, en s'écoulant vers la mer, rejeta les sables à droite. Le port se trouva subitement rouvert, et le canal naturel qui portait l' Adour vers le vieux Boucau, aussi soudainement obstrué : le fleuve avait repris son cours. Mais il demeure

douteux pour les Bayonnais qu'ils en aient eu obligation au

<c Parisien » ; ils aiment mieux tenir ce bienfait de leurs Pyrénées et d'un regard favorable de la Providence, qui les trouvait suffisamment punis par un carême de deux cents ans. L'historien de Thou, en ce temps-là commissaire royal en Guyenne pour y restaurer la justice, et aussi pour l'y rendre, a partagé leur opinion ; ce grave magistrat ne croyait point à tant d'habileté chez les ingénieurs ; — ce n'étaitpas un moderne. — Ce qui le prouve, c'est qu'il écrivait en latin.

Quant à nous, mettons que la restitution de l'Adour à son ancien lit a surtout été due à un caprice de la nature ; mais ce caprice n'aurait pas suffi à l'y maintenir, car le fleuve est vagabond. Une immense digue a été construite au xvm' siècle ; elle n'a empêché qu'en partie l'amoncellement des sables, et pourtant a quelque peu déplacé la barre, l'a rejetée en avant, avec une légère inclinaison de la passe vers le sud. Au commencement de notre siècle, d'autres travaux ont été entrepris, et des jetées colossales ont resserré ce lit éternellement mobile. Le résultat ayant été directement contraire à celui qu'on se proposait, et l'ensablement faisant de nouveaux progrès, on a changé de systèmes, il y a quelque quarante ans. On remarquera que le mot de systèmes est employé, ici, au pluriel.

Et ce pluriel dit ce qu'il veut dire : il y a eu d'abord les jetées basses inférieures au niveau des marées, par opposition aux jetées hautes d'autrefois ; puis les jetées à claire-voie. Ces dernières allaient réussir, et l'on avait gagné un mètre environ en profondeur, quand, il y a cinq ou six ans, une tempête les dispersa. Pendant quelques semaines, l'entrée et la sortie du port ayant cessé encore une fois d'être praticables, Bayonne se crue revenue aux jours douloureux du xv' siècle.

Le passage de l'embouchure, quoi qu'on fasse, demeurera toujours difficile, et le seul moyen de vaincre ces difficultés a été trouvé par l'industrie moderne. Un puissant remorqueur stationne en face du Boucau neuf, dans ce vaste bassin si super-

bernent encadré que forme le fleuve. Quelquefois, par les hautes marées, les navires peuvent remonter ou descendre sans son secours ; encore faut-il que la direction du vent soit favorable et la brise pleine. Alors le navire, chargé de son immense toile blanche, glisse au milieu de cette verdure vigoureuse des rives, et, portàt-il cinq cents tonneaux, il danse comme une barque au milieu des brisants, à la pointe des lames, lorsqu'enfîn il s'est engagé dans cette terrible passe. La mer, longtemps vaincue par les marchands bayonnais, prend sa revanche, et battant tous les barrages qu'on lui oppose, menace sans cesse de rendre sa splendeur à Cap-Breton.

La passe orageuse a des bords charmants ; c'est une ironie de plus. Tout près de la barre, un champ de courses a été installé. La piste, de 2,400 mètres, s'allonge sur le sol le plus doux, le plus élastique, le plus favorable au galop. Aussi , les courses de Bayonne sont-elles très suivies ; elles se donnent au mois de septembre, et toute la colonie de Biarritz se fait une loi de s'y rendre. On ne peut se figurer ce qu'il y a de ces lois mondaines, dans ce lieu archimondain. Ici, le plaisir récompense la peine. Ce champ de courses est certes l'un des plus magnifiquement pittoresques qu'il y ait au monde. Cette piste moelleuse contourne un petit lac naturel creusé au milieu des sables. Des tribunes, où s'agite le public le plus bigarré, en présence d'une élite très aristocratique, formée de la belle société parisienne et surtout madrilène, on découvre les Pyrénées et l'Océan.

Mais ce merveilleux tableau, nous le verrons surtout de Biarritz, où Ton peut se rendre en suivant les dunes. On atteindrait ainsi le cap Saint-Martin, que domine un phare de première grandeur, et de là on embrasserait tout le panorama de la chaîne cantabrique dominant les montagnes basques, la Rhune et la Haya qui couronnent 8aint-Jean-de-Luz. Quant à nous, revenons sur nos pas ; nous prendrons la route bourgeoise pour joindre Biarritz, — le moyende locomotion pro8aïque,court et sans fatigue, — le tramway.

Au retour , nous revoyons les Allées-Marines ; nous examinons à loisir les demeures qui les bordent ; ce sont de beaux abris qui défient les atteintes des deux saisons : — rafraîchis Tété par le souffle de T Adour et la brise de mer, qu'ils reçoivent du nord et de Touest, attiédis l'hiver par les soleils du midi. Charmantes retraites, à deux pas de tout ce qui a le mouvement et la vie : — une ville populeuse et T Océan; — vers le sud, regardant ce qui est éternellement immobile : les monts. Toujours cheminant sous les ombrages, et dérobant, sans qu'ils le sachent, une part du rêve tranquille que les habitants de ces heureuses villas doivent poursuivre, nous atteignons les abords de la Porte- Marine, puis une ruelle qui fait suite au pont dormant, conduisant par cette porte à la Place-d' Armes. Là, dans un jardin, s'élève un kiosque d'une chinoiserie supportable : c'est un café. La gare y touche, — une toute petite gare , dont l'encombrement donne à toute heure le même tableau qu'offre, les dimanches d'été, lagare de Saint-Cloud. La foule y est seulement bien plus pittoresque et diverse : la bourgeoisie bayonnaise va prendre son bain à Biarritz, dans les après-midi : il en coûte moins de dix sous, et pour aller voir le beau monde de là-bas, ce n'est pas cher.

Le peuple abonde, — tous les peuples : basque, béarnais, espagnol. Une servante oloronnaise, — race éclatante et vigoureuse, au profil antique, — lance ses lazzis, que relève un petit peloton d'artilleurs en goguette. — La garnison à Bayonne est nombreuse. On se presse, on se pousse, on se chamaille. Dans le pli de toutes les ceintures espagnoles ou basques, il y a des couteaux. Heureusement, ils dorment. Les portes des salles viennent enfin à s'ouvrir ; tout le monde court, se bouscule , s'empile dans des wagons à deux étages. Ce chemin de fer est qualifié « d'intérêt local ». Et s'il n'avait point d'intérêt pour la localité qu'il dessert, pour qui en aurait-il donc? La drôle de langue industrielle que nous parlons à présent !

Le train part ; la voie ferrée laisse à gauche la route de Cambo,

et de ce côté, les montagnes se profilent sur un joli ciel que de légères vapeurs pâlissent à l'horizon ; à droite, elle est bordée de villas. Bientôt on atteint la petite station des Cinq-Cantons, qui dessert Anglet; — puis à travers les parcs d'autres villas, à travers de petits bouquets de bois de pins, la mer se découvre. Cinq minutes encore, et nous serons à Biarritz.

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