‹ Les quantités élémentaires d'électricité: ions, électrons, corpuscules (volume 2)Chapitre 50 sur 196 · SI · texte numérisé non relu

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de faibles distances entre les plateaux, l'ionisation é le courant varie à peu près proportionnellement à h distance augmente, l'absorption diminuant éloignées de l'uranium, le courant de saiuratioi lance. On a vu (g <0) que l'ionisation totale, sont l'une et l'autre proportionnelles à la pr

déduire pX^ de l'expérience, c'est-à-dire mesurer le pour différentes pi

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proportionnelle à

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65 J K. RL'TUERFOBD.

§ 13. — Vitesse de recombinaison des ions.

l^'air qui a passé à la surface d'un composé d'uranium a la propriété de décharger les corps électrisés soit positivement, soit négativement. On a employé le dispositif suivant pour trouver la durée de persistance de la conductibilité ainsi produite.

Sur une feuille de papier épais, entièrement recouverte d'une couche mince de gomme arabique, on répandait uniformément de Toxjde d'uranium ou du sulfate double de potassium et d'uranium finement pulvérisés. Cette feuille, séchée, était enroulée en cylindre, la couche d'uranium en dedans; on plaçait ce cylindre à l'intérieur d'un tube métallique T, de 4""" de diamètre {fig. 9). Un courant

Terre

d'air venant d'un gazomètre, après avoir traversé le tampon d'ouate C destiné à retenir les poussières, circulait dans le tube T, puis dans un long tube de métal relié au sol.

Des électrodes A et B, isolées, étaient fixées dans ce dernier tube, à une distance de 44*^" l'une de l'autre. L'électromètre pouvait être relié à l'une ou l'autre de ces électrodes. Pratiquement, les deux paires de quadrants étaient d'abord reliées ensemble. Les deux électrodes A et B, ainsi que l'électromètre, étaient ensuite chargées à un potentiel de 3o volts, enfin les deux paires de quadrants étaient séparées.

En l'absence de l'uranium, aucune des électrodes n'était déchargée quand un courant d'air rapide circulait dans le tube. L'uranium remis en place, le courant d'air produisait la déviation progressive de l'électromètre et cette déviation continuait jusqu'à ce que l'électrode fût déchargée.

Quand A. était chargé à 3o volts, il n'y avait pas de déperdition en B. La vitesse de déperdition de B ou A est ainsi proportionnelle au nombre total des ions contenus dans le gaz. Les ions se recombinent dans l'intervalle de temps employé par le gaz à passer de A à B. La

LES RAYONS DE l'DRANIUM ET LA CONDUCTION ÉLECTRIQUE. G55

vitesse de déperdition de B pour une force électromotrice saturante, quand A est au sol, est ainsi moindre que celle de A.

Dans une expérience particulière, la vitesse de décharge de l'élec* trode A était de i46 divisions par minute. Quand A était reliée au sol, le courant de saturation pour B était de loo divisions par minute. La vitesse mojenne du courant d'air circulant dans le tube était de 70^'" par seconde. Donc, au bout d'un intervalle de temps égal à o',63, la conductibilité de Fair était tombée à o, 68 de sa valeur.

Si l'on admet, comme dans le cas de l'air rôntgenisé, que la perte de conductibilité est due à la recombinaison des ions, la variation du nombre n des ions par unité de volume avec le temps est donnée par

dn

a étant une constante. Si N désigne le nombre d'ions à l'électrode A, leur nombre n à l'électrode B au bout d'un temps i est donné par

— = OLt.

D'ailleurs, les vitesses de décharge correspondant à la saturation, en A et B, sont respectivement proportionnelles à N et à /i ; on peut facilement en déduire que le temps nécessaire pour que la moitié des ions soient recombinés est i*, 3. C'est une vitesse de recombinaison bien plus faible que pour l'air rôntgenisé au voisinage d'un tube de Crookes ordinaire.

La valeur de l'ionisation par les rayons de l'uranium est en général beaucoup plus faible que celle qui est due aux rayons de Rôntgen, de sorte que le temps mis par le nombre des ions à tomber à la moitié de sa valeur est plus long.

Le phénomène de la recombinaison des ions est tout à fait semblable pour les deux espèces de conduction. On a vérifié la formule (i) à l'aide de l'expérience suivante :

On a pris {Jlg> 10) un tube A, de 3" de longueur, de 5*'"',5 de diamètre. Un cylindre D, long de 25*^"*, avait sa surface intérieure recouverte d'oxyde d'uranium. L'air, chassé d'un gazomètre, traversait, en entrant dans le tube A, un tampon d'ouate E destiné à retenir les poussières et à rendre le courant d'air plus uniforme à travers la section du tube. L'air passait près de la surface de l'uranium, puis à travers une toile métallique L, dans le cylindre d'épreuve B, de 2*^'", 8 de diamètre. Une tige G, isolée, de i'"",6 de diamètre, était disposée

B. RUTHBRFORD.

suivant Taxe du cylindre B, et était reliée à l'électromètre. Les cylindres A et B étaient reliés à Tun des pôles d'une batterie de 32 volts, l'autre pôle étant à la terre.

Fig. 10.

, rubè'é'Crr'àntum m^

La différence de potentiel de 32 volts entre B et C était suffisante pour enlever au gaz tous ses ions pendant son passage le long du cylindre. La vitesse de décharge de l'électromètre était alors proportionnelle au nombre des ions contenus dans le gaz.

Le Tableau suivant donne les vitesses de déperdition obtenues pour différentes distances entre le cylindre d'uranium et la toile L.

Dislance entre

Vitesse de

déperdition

l'extrémité du cylin

idre

en divisions

par minute.

d'uranium

et la toile L.

( en sec).

Observées.

Calculées

cm

rf-4- 100

d-\- aoo

d (environ 20^") était la distance à laquelle la première mesure a été faite. La valeur de t (deuxième colonne) correspond à cf. La vitesse moyenne du courant d'air était 25*^"* par seconde.

Les valeurs de la dernière colonne ont été calculées d'après la formule (i). Les deux nombres avec des astérisques ont servi à déterminer les constantes de l'équation. L'accord des autres valeurs est meilleur qu'on ne pouvait l'espérer, car, dans la pratique, la vitesse du courant d'air n'est pas constante à travers toute la section, et il va aussi une légère perte de conductibilité par diffusion des ions sur le* parois latérales du long tube.

On observera que la vitesse de recombinaison est très faible quand il y a peu d'ions dans le gaz et que l'air conserve un quart de sa conductibilité après un intervalle de 8*.

§ 14. — Mobilité des ions.

La méthode employée (voir PhiL Mag.^ nov. 189-, Mémoire traduit dans ce Recueil) pour déterminer la mobilité des ions dans la conduction produite par les rayons de Rontgen ne peut être employée pour les rayons de Turanium. IJ n'est pas pratique de mesurer la vitesse de recombinaison des ions entre les plateaux dans ce cas, à cause de la très grande faiblesse de la conductibilité rémanente ; et, de plus, rinégalité de l'ionisation entre les deux plateaux trouble beaucoup la distribution du champ électrique entre ces deux plateaux.

On peut cependant facilement comparer les mobilités des ions, dans des conditions identiques, dans l'air rontgenisé et dans l'air rendu conducteur par l'uranium. Les résultats montrent que, dans les deux cas, les ions sont identiques.

Pour comparer les mobilités, on a employé un appareil analogue à celui delà figure 10. Les ions étaient entraînés par un courant d'air le long d'un fil chargé A, et l'on mesurait la conductibilité du gaz aussitôt après à l'aide d'une électrode B, fixée tout près de A. L'électrode A était cylindrique et fixée suivant l'axe du tube L, relié à la terre. Nous ferons le calcul en supposant le champ électrique identique, dans l'espace compris entre les deux cylindres, à ce qu'il serait si ces derniers étaient infiniment longs.

Soient :

a le rayon de l'électrode A ;

b le rayon intérieur du tube L;

V le potentiel de l'électrode A (supposé positif).

La valeur du champ X, à une distance r du centre du tube, est donnée par (les Log désignent les logarithmes népériens)

ri

Soient i/|, Wa les mobilités des ions positifs et négatifs. Si la vitesse est proportionnelle à la valeur du champ électrique en un point quelconque, la distance rfr parcourue par l'ion négatif pendant le temps rfr

est donnée par

c£r = X Mj dt^

658 E. RCTHBBFORD.

OU bien

dt =

Log ( - I rdr

Soit r^ la distance du centre à partir de laquelle Tion négatif peul juste atteindre Félectrode pendant le temps t mis par Tair pour longer cette électrode

Soit pa le rapport du nombre des ions négatifs qui atteignent 1 élec- Irode A au nombre total des ions qui passent le long de cette électrode; on a

Par suite,

De même, en désignant par 0| le rapport du nombre des ions positifs qui abandonnent leur charge au cylindre extérieur au nombre total

de ces ions, on a

.o,(6«-a«)Log(^) <'^> "- ivT-^-

Dans les équations précédentes, on suppose que le courant d'air est réparti conformément à travers toute la section du tube, et que la distribution des ions est uniforme à travers toute la section, par suite, que le mouvement des ions ne trouble pas sensiblement le champ. Comme la valeur de t peut être calculée d'après la vitesse du courant d'air et la longueur de l'électrode, on peut immédiatement déterminer les valeurs des mobilités des ions.

L'équation {2) montre que pa est proportionnel à V, c'est-à-dire que la vitesse de déperdition de l'électrode A varie directemenl comme le potentiel de A, pour\u que la valeur de V ne soit pas assez grande pour enle%er tous les ions contenus dans le gaz pendant qu'il passe le long de l'électrode. C'est ce qui a été vérifié par l'expérience.

Pour la comparaison des mobilités, le potentiel V a reçu une valeur

telle que Cj = - environ. On la déterminait en cherchant la \itesse de déperdition de B pour une force électromotrice saturante. La reconi-

LES RATONS DE l'URANIUM ET LA CONDUCTION ELECTRIQl'E. 669

binaison des ions entre A et B était très faible et pouvait être négligée.

En laissant le reste de Tappareil identique, on enlevait alors le cylindre d'uranium; on lui substituait un cylindre d'aluminium sur lequel on faisait tomber les rayons de Runtgen. Ampoule et bobine d'induction étaient placées dans une boîte métallique pour faire écran électrique complet contre toutes les perturbations électrostatiques. On ne faisait tomber les rayons que sur la région centrale du cylindre. On réglait leur intensité de façon à obtenir, avec le même courant d'air, une vitesse de décharge du même ordre que celle que produisait Turanium. On trouvait alors une valeur de p2 à peu près la même que dans le cas de la conduction produite par les rayons de l'uranium. Par exemple, la vitesse de décharge de B était réduite de 38**''' à 14***^' par minute en chargeant A à un certain potentiel faible, quand on soufflait de l'air ionisé par l'uranium. Avec l'air rontgenisé, dans les mêmes conditions, la vitesse de décharge était réduite de 50***"^ à iS***^ par minute. Les valeurs de p2 étaient respectivement o,63 et 0,64. Cette concordance est plus parfaite qu'on ne pouvait l'espérer, car l'ampoule n'est pas une source bien constante de radiation.

Ce résultat montre que les ions, dans les deux cas, air rontgenisé et air tt uranisé », se déplacent avec la même vitesse et sont probablement identiques. La mobilité d'un ion à travers un gaz est proportionnelle

k —9 e étant la charge portée par l'ion et m sa masse. A moins que

e et m ne varient dans le même rapport, il en résulte que la charge portée par l'ion et sa masse sont identiques dans les deux cas.

On a trouvé que la vitesse des ions négatifs était un peu plus grande que celle des ions positifs. Zeleny (,*) a montré que tel est le cas pour les ions des gaz rijntgenisés. On met facilement en évidence cette différence de vitesse des particules chargées des deux signes. On mesure la vitesse de déperdition de B pour des charges positives et négatives. Quand B était chargé positivement, la vitesse de déperdition mesurait le nombre des ions négatifs qui échappaient à l'électrode A ; quand B était chargé négativement, elle mesurait le nombre des ions positifs. Or elle était toujours légèrement plus grande quand B était chargé négativement. Cela est vrai, que A soit chargé positivement ou négativement, et montre qu'il y a un excès d'ions positifs dans le gaz après qu'il a passé auprès de l'électrode A.

On peut aussi montrer facilement la différence des mobilités des

(*) Phil. Mag., b* série, t. XLVI, juillet 1898 {voir p\\is loin).

66o E. nUTHERFORD.

ions en appliquant à Tel ectrode Aune force électromotnce alternalive sufGsante pojir enlever une grande partie des ions quand l'air passe au \oisinage. On trouve toujours que le gaz, à la sortie, est chargé positivement, preuve d'un excès d'ions positifs.

On a fait un grand nombre de déterminations des mobilités des ions de l'air soumis aux rayons de l'uranium, avec des forces électromotrices constantes ou alternatives, l'air passant entre des électrodes cylindriques ou des plateaux plans rectangulaires. Par suite des inégalités dans la vitesse du courant d'air aux ditférents points d'une même section et aussi par suite d'autres causes perturbatrices impossibles à déterminer, on ne pouvait faire cette mesure avec toute la précision désirable. Pour une détermination exacte, une méthode indépendante des courants d'air est tout à fait nécessaire.

§ 15. — Chnta de potentiel entre les deux plateaux.

La modification produite par le déplacement des ions dans la distribution du potentiel entre deux plateaux parallèles, quand l'un d'eux est recouvert d*uranium, a été étudiée soit avec un fil métallique explorateur relié à réiectromètre, soit par l'électromètre à écoulement d'eau (les deux plateaux étant verticaux, dans ce cas). Les deux méthodes donnent des résultats concordants : Si les deux plateaux étaient chargés à des potentiels égaux et de signe contraire, le plan de potentiel zéro est déplacé; il s'éloigne du plateau couvert d'uranium, et son déplacement est d'autant plus grand que la force électromotrice est 'plus faible et que l'ionisation est plus forte. De la distrî-

bution du potentiel on peut déduire la distribution de la force électrique — -7-

1 d^\ et celle de la densité — r— ^— r*

Comparaison avec les résultats de C.-D. Child(}) et de J. Zeleny (*) pour les rayons de Rôntgen. — Dans le cas de l'uranium, l'ionisation décroît d'un plateau à l'autre, et c'est cette inégalité qui produit surtout la modification du champ. Dans le cas des rayons de Rontgen, l'ionisation est uniforme, la modifîcation du champ est due surtout à Taccumulation des ions aa voisinage des électrodes, d'où résulte une variation rapide du potentiel près des plateaux (•).

(*) Wied. Ann., t. LXV, avril 1898, p. i52.

(») Phil. Mag,, t. XLVI, juillet 1898, p. 120.

(') Voir le Mémoire théorique de J.-J. Thomson traduit également dans ce Recueil et paru dans le mémo volume du Phil, Mag. Ce mémoire est reproduit aussi dans Cond. of Elect, thr, Gases. {Note du traducteur.)

§ 16. — Relation entre le courant et la force électromotrice.

On a les mêmes résultats généraux que dans le cas des rayons de Rôntgen : le courant, d'abord à peu prés proportionnel à la force électromotrice, croît de plus en plus lentement et tend vers une limite (courant de saturation). La figure 11 indique la méthode employée : rélcctromètre ne sert que d'instrument de zéro, T est une résistance considérable en xylol (loooo ohms). On maintient le potentiel du plateau B nul, en lui fournissant un courant qui

est proportionnel à

Ri

» par suite à Ri, si l'on maintient la somme Ri + Rf

RiH-R, constante. Pour les gaz autres que l'air, les deux électrodes cylindriques G, D

Fig. II.

ûïhl

Terre

jg- B

Uranium A]

■Il — * — «ji '

Terre

El

(partie inférieure de la figure 11) remplaçaient les plateaux A et B, le cylindre intérieur G étant recouvert d'oxyde d'uranium. La figure 12 indique quelques-

Fig

Gaz car

bonû

<WB

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Air

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Vont

leo

uns des résultats (l'échelle des courants y est arbitraire). On voit qu'il y a une valeur définie du courant quand la force électromotrice est nulle. Gec

662 B. ftCTBEIirOBD.

tient à la diflerence de potentiel au contact entre Turaniiim et le métal de Télectrode (laiton) : Lord Kelvin, Beattie et S. de Smolan ont en effet montré que les métaux sont chargés à un faible potentiel par les rayons de Turanium, phénomène analogue à celui étudié par Perrin pour les rayons de Rôntgen (Comptes rendus, t. CXXIII, 1896, p. 496). Il en résulte que, pour de faibles forces électromotrices, la vitesse de déperdition est différente suivant le signe de cette force électromotrice.

Une particularité de la décharge par les rayons de Turanium est la grande difficulté qu'on a à produire la saturation complète du gaz, et Ton doit Tattribuer surtout à la grande vitesse de recombinaison des ions au voisinage immédiat de Turanium ; les équations complètes seraient bien plus difficiles à établir que pour les rayons de Rôntgen, par suite de la non-uniformité de l'ionisation.

La relation entre le courant et la force électromotrice a été étudiée par une méthode spéciale à des pressions de i, y, j et -^ d'atmosphère. Le résultat général est que la saturation est plus facilement atteinte quand la pression est plus faible. La mobilité des ions varie probablement en raison inverse de la pression (>).

On n'a pas encore déterminé expérimentalement la variation de la vitesse de recombinaison des ions avec la pression ('). Il est donc difficile de prévoir comment varie la relation entre le courant et la force électromotrice quand la pression varie.

La comparaison des résultats numériques montre que l'hydrogène sous la pression atmosphérique est à peu près aussi aisément saturé que l'air sous \ d'atmosphère.

§ 17. — Séparation des ions positifs et négatifs.

Il est facile de séparer partiellement les ions des deux signes dan-i un gaz rendu conducteur par les rayons de Furanium et d'obtenir un gaz électrisé. Beattie (') a obtenu Téleclrisation d'un courant d'air, en le faisant passer à la surface d'uranium enfermé dans un récipient de métal; il a trouvé une électrisation de même signe que la chaîne de Furanium. Ces résultats s'expliquent facilement dans la théorie de l'ionisation. Par suite de l'absorption rapide de la radiation par Tair, le gaz voisin de la surface de l'uranium est plus fortement ionisé que celui qui en est situé à quelque distance. Supposons par exemple qu'un morceau d'uranium, chargé positivement, soit placé à l'intérieur

(') Les vérifîcations expérimentales ont été faites depuis pour les gaz rôntgcnisés, notamment par J. Zeleny et P. Langevin. {Note du traducteur,)

(') Elle l'a été par Me. Clung (190a) qui a trouvé un coefficient de rccorobinaison indépendant de la pression, résultat seulement approché, d'après Langevin.

( Note du traducteur. )

(') PhiL Atag.y t. XLIV, juillet 1897, p. loa.

d'un vase métallique relié à la terre, et traversé par un courant d'air. Sous rinfluence de la force électromotrice, les ions négatifs se déplacent vers Turanium, et les ions positifs en sens contraire, vers les parois du vase. Comme Tionisation est plus grande au voisinage de Turanium, il y aura excès d'ions positifs dans Tair à quelque distance de l'uranium. Une partie de ces ions sont entraînés parle courant d'air et abandonnent une charge positive à un tampon d'ouate. Le nombre total des ions négatifs entraînés pendant le même temps est beaucoup moindre, car la valeur du champ, et par suite la vitesse de l'ion est beaucoup plus grande près de l'uranium que près du cylindre extérieur. Par suite il y a un excès d'ions positifs entraînés, et l'on obtient un gaz chargé positivement. Quand la différence de potentiel entre les électrodes augmente, la quantité d'électricité ainsi mise en liberté dépend de deux ififluences opposées. En premier lieu la vitesse des ions augmente : par suite la proportion des particules chargées entraînées diminue. Mais, si le gaz n'est pas saturé, le nombre des ions qui se déplacent entre les deux électrodes augmente quand la force élec- Iromotrice augmente, et, pour de faibles forces électromotrices, cette augmentation compense et au delà la diminution due à l'accroissement de vitesse. Donc la quantité d'électricité obtenue croîtra d'abord en même temps que le voltage, passera par un maximum, puis décroîtra; car, lorsque le gaz est saturé, l'accroissement de la force électromotrice n'ajoute plus de nouveaux ions. C'est exactement le résultat de Beattie; c'est aussi celui que j'ai obtenu dans le cas de la séparation des ions de l'air rontgenisé. Le fait qu'on obtient plus d'électricité positive que d'électricité négative tient à la plus grande mobilité des ions négatifs. (Voir § 14).

Les propriétés de ce gaz électrisé sont semblables à ce qui a été obtenu dans le cas de la conduction par les rayons de Rôntgen. Le signe contraire des électrisations obtenues d'une part par Beattie dans le cas de l'uranium, et d'autre part par moi-même (•) dans le cas des gaz rontgenisés, peut s'expliquer par la différence des méthodes employées. Pour obtenir de l'électrisation à l'aide d'air rontgenisé, un courant d'air rapide était dirigé tout près du fil chargé. Dans ce cas, l'électricité obtenue est de signe contraire à celle du fil, car ce sont les particules chargées de signe contraire au fil qui sont entraînées avant de l'avoir atteint. Dans le cas de l'uranium, le courant d'air remplissait toute la section de l'espace compris entre les électrodes;

(*) Phil. Mag., avril 1897.

664 R. RUTHBRPORD.

et l'on a vu que, dans ces conditions, on doit s'attendre à obtenir de l'électricité de même signe que celle de l'uranium.

§ 18. — Décharge des gaz par les fines toiles môtalliqaes.

De l'air soufflé à la surface de l'uranium perd toute trace de conductibilité quand on le force à traverser un tampon d'ouate ou n'importe quelle substance finement divisée. Cette propriété de l'ouate et des toiles métalliques fines est au premier abord surprenante, car il est bien évident que les ions eux-mêmes ont des dimensions moléculaires et peuvent, par conséquent, passer par de petits orifices; mais un peu de réflexion montre que les ions, comme les molécules, sont continuellement en mouvement rapide, et, de plus, ont des charges libres, de scrte qu'en approchant à une certaine distance d'un corps solide quelconque, ils sont attirés par lui et lui abandonnent leur chai^ ou adhèrent à sa surface. Par suite de la rapidité de difl*usion des ions ( * ), le pouvoir de décharge d'une toile métallique, présentant des ouvertures très larges en comparaison des diamètres des ions, peut être très grand. Le Tableau ci-dessous donne quelques résultats obtenus avec des toiles fines de cuivre. La toile avait deux fils par millimètre, la surface occupée par le métal étant grossièrement égale à la surface des ouvertures. Ces toiles, étroitement serrées les unes contre les autres, remplissaient la section du tube en A {fig> 9). On maintenait la vitesse du courant d'air le long du lube à peu près constante, et l'on mesurait la conductibilité de l'air après son passage à travers les toiles métalliques. Ce Tableau donne les vitesses de déperdition dues à l'air ayant traversé diff*érents nombres de toiles.

Nombre

Vitesse

de

de U décharge

toiles métalliques.

en divisions par minute

A-près avoir traversé cinq toiles, l'air avait perdu les f de sa con-

(•) J.-S. TowNSEND, Phil. Mag., t. XLV, juin 1898.

duclibililé primitive. D'autres expériences effectuées avec des toiles ayant différents degrés de finesse ont donné le même résultat général. Le pouvoir de décharge varie avec la finesse de la toile, et semble dépendre plutôt du rapport de la surface du métal à la surface des ouvertures que de la dimension absolue des ouvertures. Si une toile de cuivre arrête si facilement les ions contenus dans le gaz, on conçoit aisément qu'un petit tampon d'ouate les interceptera tous. La perte rapide de conductibilité est alors due à la petitesse de la particule chargée et à la grande vitesse de diffusion qui en résulte.

§ 19. — Remarques générales.

La cause et l'origine du rayonnement continuellement émis par l'uranium et par ses sels demeurent un mystère.

Tous les résultats obtenus tendent à cette conclusion que l'uranium produit des types de radiations qui, en ce qui concerne leur action sur les gaz, sont analogues aux rayons de Rôntgen et aux rayons secondaires émis par les métaux quand les rayons de Rontgen viennent à les frapper. S'il n'y a ni polarisation, ni réfraction, la similitude est complète. J.-J. Thomson (*) a émis l'hypothèse que les constituants de Fatome, en changeant leur mode de groupement, donnent naissance à des effets électriques tels que ceux produits dans l'ionisation d'un gaz. Les résultats de Rôntgen (^) et de Wiedemann (') semblent indiquer que, lors de l'ionisation, une radiation est émise, qui présente des propriétés analogues à celles des rayons de Rontgen peu pénétrants. L'énergie dépensée dans la production des rayons uraniques est probablement très faible, de sorte que le rayonnement pourrait continuer longtemps sans beaucoup diminuer l'énergie interne de l'uranium. On a cherché l'effet de la température de l'uranium sur l'intensité du rayonnement produit, à l'aide d'un dispositif analogue à celui décrit au paragraphe II. Les rayons étaient complètement absorbés dans le gaz. On a chauffé le récipient jusqu'à 200" C. sans observer de différence bien notable dans la vitesse de décharge. Les résultats de telles expériences sont difficiles à interpréter, car on ignore comment varie l'ionisation avec la- température.

Je n'ai pu observer aucuns rayons secondaires produits quand les

( ' ) Proc. Camb. phil. Soc., t. IX, 8« partie, 1898, p. 397.

(') Wied. Ann., t. LXIV, 1898.

(*) ZeU.f. Electrochemie, t. II, 1890, p. 159.

666 RUTHERFOBD. — LES lATOXS DE L*umANirM ET LA G0?n>rCTIO!f ÉLBCTBIQCB.

rayons de Turanium tombent sur un métal. De telles radiations eikistent probablement, mais leurs eflets sont trop faibles pour pouvoir être mesurés.

L'auteur termine par des remerciements adressés au professeur J.-J. Thomson.

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