II. — Sot le rayonnement des corps radioactifs
(T. CXXIX, p. i2o5, aC décembre 1899.)
M. et M™*^ Curie ont eu l'obligeance de me remettre un peu
d'une préparation d'azotate de polonium, presque aussi active que le radium, soit pour rendre l'air conducteur, soit pour impressionner une plaque photographique non enveloppée. Le rayonnement de cette substance placée dans un champ magnétique, n'a manifesté aucune influence de l'ordre de celle qu'on observe avec le radium. Ni les phénomènes de phosphorescence, ni les actions photographiques (sur des plaques non enveloppées), n'ont révélé aucune influence appréciable
de la part du champ magnétique Si au polonium on substitue le
radium, dans les mêmes conditions d'expérience, on obtient avec le champ magnétique, et sur une plaque enveloppée une impression rejetée dans le sens du courant qui produit le champ, et ayant l'aspect que j'ai signalé antérieurement.
56 IIKNRI BECQUERKL.
Le rayonnement de la préparation du poloniiiin qui a été soumise à ces expériences ne subit donc pas les mêmes influences que celui du radium (')
III. — Goniribation à Tétade du rayonnement de radium. (T. CXXX, p. iofi, 29 janvier 1900.)
La partie du rayonnement du radium déviable par un champ magnétique se prête à diverses expériences parmi lesquelles je citerai les suivantes relatives aux rayons qui traversent le papier noir :
i" Déviation magnétique dans le vide. — Dans le but de rechercher si l'air exerçait une influence importante sur la vitesse de propagation du rayonnement en question/j'ai disposé l'expérience de la déviation magnétique dans le vide. Je n'ai pas observé de différence notable avec ce que l'on obtient dans l'air.
L'expérience a été réalisée en obtenant par renversement du champ magnétique, vl sur la même plaque photographique enveloppée de papier noir, deux impressions, Tune dans le vide ou dans Tair raréfié, et Tautre en laissant rentrer Tair autoiir de la plaque. L'une des épreuves obtenues et reproduite ci-contre {PI. /, Jig. 3 ). J'ai observé depuis que les limites d'impression obtenues étaient caractéristiques de la nature des écrans absorbants (papier noir, métaux, etc.).
2" Identité du rayonnement émis par ies sels radifères diver^
sèment actifs. — Ces expériences montrent que les divers sels
de radium émettent des rayons également déviables, c'est-à-dire de même nature, et qui ne difl^èrent que par leur intensité.
3" Trajectoires du rayonnement dans un champ magnétique uniforme. — Les rayons qui se propagent normalement à un champ magnétique uniforme décrivent une trajectoire fermée qui les ramène au point d'émission. On peut constater ce fait par l'expérience suivante : on dispose, comme dans les expériences précédentes, une plaque photographique enveloppée de j)apier noir, horizontalement dans le champ magnétique, mais la gélatine étant en dessous; très
(') Comptes rendus, t. CXXVIII, p. 776. Depuis que j'ai communiqué celte Not< à l'Académie, j'ai été informé que M. Giesel avait observé, avec du polonium et di radium, la déviation du rayonnemetiL de ces substances dans un champ magnétique La préparation radioaclive que M. Giesel a étudiée sous le nom de polonium doii être d'une autre nature que celle qui m'a été remise par M. Curie; celte observatior date du 3i octobre 1899.
EXTRAITS DE DIVERSES NOTES. Sj
près du bord de la plaque, bord amené au milieu du champ, on place sur la face supérieure une lame de plomb, puis la substance active formant une source de petit diamètre; on excite alors l'électro-aimant de manière que le rayonnement soit rejeté en dehors de la plaque, et Von observe qu'il se produit sur tout le bord au-dessous de la source une impression due aux rayons qui y sont ramenés. Si Ton dispose, dans l'espace, sur le trajet des rayons, divers écrans, leur ombre se reproduit sous la plaque, montrant que les rayons normaux au champ sont ramenés sur l'axe du champ passant par la source.
On rend compte de toutes les apparences en assimilant le rayonnement en question aux rayons cathodiques, et en considérant ce rayonnement comme soumis aux forces qui sollicitent des masses électriques négatives traversant le champ magnétique avec une grande vitesse. Dans ces conditions, les trajectoires des rayons normaux à un champ uniforme sont des cercles passant par la source, tangents à la direction originelle du rayonnement; ces cercles ont tous le même rayon R, dont la valeur est inversement proportionnelle à l'intensité du champ. Us rayons émis normalement à une plaque photographique parallèle au champ magnétique, reviennent couper celle-ci normalement, et produisent une impression d'intensité maximum. Les rayons émis i tangentiellement à la plaque reviennent sur eux-mêmes tangentiellement à celle-ci et ne produisent aucune impression.
Pour une direction de propagation oblique, faisant avec l'axe du
champ un angle a, la trajectoire est une hélice qui s'enroule sur un
cvlindre de rayon R sina, ayant pour axe une parallèle à l'axe du
champ, et tangent à l'élément de trajectoire, au départ. L'hélice s'en-
^ roule dans le sens des aiguilles d'une montre si la propagation a lieu
I dans le sens du champ, et en sens inverse si la propagation a lieu en
' sens contraire.
Ces résultats, connus pour les rayons cathodiques, s'appliquent aux ravons déviables du radium. Le lieu des impressions maxima sur la plaque photographique horizontale correspond au lieu des interseclions avec ce plan des rayons, dont les directions originelles sont dans un plan vertical parallèle au champ. Ce lieu est un arc d'ellipse donlTun des demi-axes est 2R pour la direction perpendiculaire au champ, et dont l'autre serait ttR pour la direction de l'axe; mais les rayons n'atteignent pas ce point. Toutes les trajectoires de ces rayons ^nl la même longueur itR.
Le lieu des intersections avec un plan normal à l'axe du champ, des ^jecloires des rayons obliques dont les éléments originels sont dans