‹ Les QuarantainesChapitre 12 sur 19 · ST; QAR · texte numérisé non relu

ST; QAR

« ou du capitaine poussent à cacher certains cas sus- « pects. On sait l’histoire de ce navire étranger ayant « pénétré à Marseille il y a deux ans (1901), alors « qu'un des matelots atteint de peste figurait à la « revue des hommes du bord, placé entre deux mate- « lots bien portants qui le soutenaient. Le navire, à « quai de la Joliette, débarque, pendant deux jours, « des marchandises avec des rats, reçoit des visiteurs, « etpeut à son aise semer les dangers de la contagion. « Au bout de deux jours, le capitaine, voyant son « malade gravement atteint et redoutant son décès, se « décide à le faire porter malade. Il fut reconnu atteint « de peste et le navire, en conséquence, envoyé au « Frioul, purger sa quarantaine réglementaire... Mais, « la cargaison avait été déchargée, les intérêts maté- « riels étaient saufs. Marseille, d’ailleurs, ignora le « danger qu'elle avait couru. »

Nous pourrions multiplier ces faits quine sont que trop caractéristiques. Dans un cas, un navire part de Marseille infesté de rats pesteux. Dans le second, un pestiféré entre à Marseille sans aucun accroc.

A côté de ces faits qui dénotent une négligence vraiment invraisemblable ou un vice inhérent au système qui doit alors être absolument condamné, 1l y à d’autres faits qui sont absolument opposés et où on veut empêcher la peste d'entrer quand elle n'existe pas.

Tout le monde, surtout à Lyon, a présent à la mémoire les angoisses qu'éprouva le professeur Teissier arrivant à Marseille à bord de l’'Oroya et ramenant son fils atteint d’une fièvre typhoïde contractée en

Egypte.

Le paquebot anglais l’Oroya qui le ramenait était signalé à Naples comme paquebot contaminé, parce qu'il avait à son bord un pauvre Indien atteint d’une adénite inguinale qui s'était présentée aux autorités sanitaires italiennes sous l'aspect d’un bubon pesteux.

Le médecin du bord ne croyait pas à la peste, mais le médecin sanitaire italien en avait autrement Jugé et ne voulait même pas accepter l'arbitrage de sommités médicales comme le D' Sénateur de Renzi, que proposait le professeur Teissier.

Déclaré pesuféré, l'Oroya devait subir sa quarantaine, un vieux pilote qui était monté à bord pour conduire le navire dans le port et n’était resté en tout qu'une demi-heure aux côtés du capitaine, était obligé de se soumettre à la quarantaine avec tous les passagers.

Il fut d’ailleurs prouvé dans la suite que le malade était atteint d'adénite banale et pas du tout de peste bubonique.

Pendant que les passagers attendaient la libre pratique, des sacs de la poste venant de Sydney (circonscription contaminée), étaient descendus du bord sans désinfection préalable.

Nous pourrions multiplier les exemples que nous venons de ciler, de nombreux cas analogues se sont maintes fois produits.

Si, maintenant, nous passons à la façon dont se fait la quarantaine dans les lazarels, nous verrons que ceuxei sont souvent un mal plus grand que celui que l’on veut éviter.

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Nous laissons un instant la parole au professeur Lorlet, doyen de la Faculté de médecine de Lyon, qui, par suite des nombreux voyages qu'il a faits entre l'Egypte et Marseille, est particulièrement documenté pour parler des lazarets, et en particulier de celui du Frioul. |

« Les lazarets de la Méditerranée orientale sont « horribles; on est exposé à y mourir, non de la peste : « et du choléra, mais bien de la misère physiologique « et morale. Celui de Marseille est un peu mieux. « quoique pauvre en installations convenables. On « peut y purger quarantaine, y guérir de la peste, « mais on est très exposé à y mourir d'ennui ou de « pneumonie. Au Frioul, les règlements sont mal « appliqués. Les agents y ont souvent des défaillances « regretlables. Je tiens à citer quelques faits typiques « dont J'ai été témoin. En 1902-1903, sur le Portugal « et le Sénégal des Messageries — pas de malades — « on réclame aux passagers une chemise de nuit, une « paire de chaussettes, un mouchoir de poche pour les « porter à l’étuve : mais on ne prend pas le linge de « l'équipage qui a vécu plusieurs semaines en pleine « promiscuilé avec des centaines de Syriens qu'on a « fait débarquer, sans faire de désinfection.»

Les dires du professeur Lortet sont d’ailleurs confirmés par les rapports de M. Albert Josias à l'Académie de médecine qui constate avec lui que les locaux d’habilation manquent du confort que l’on est en droit d'attendre d’une installation sanitaire.

M. Albert Josias déclare, en effet, que les réformes

à faire au lazaret se résument :

HR

1° Amélioration des locaux d'habitation et, en particulier, installation d'un système de chauffage ;

2° Surveillance plus étroite dans l'alimentation fournie aux internés ;

Exiger de l’hôtelier des denrées saines et non avariées.

Si, maintenant, nous voulons étudier un peu attentivement les faits que nous venons d'exposer, nous en arrivons à conclure que les quarantaines, telles qu’elles sont appliquées, ne peuvent suffire à nous préserver contre les épidémies qui pourraient nous venir de l’étranger.

Ceci ressort des faits que nous avons signalés, mais même les mesures quarantenaires seraient-elles appliquées, telles qu'elles sont prévues par le règlement du 4 janvier 1896, qu'elles ne sauraient arrêter une épidémie.

Nous avons vu, en effet, que d’après l’article 73 du règlement de 1896, les marchandises provenant d’un navire en patente brute pouvaient être considérées comme contaminées el, à ce titre, désinfectées si l’autorité sanitaire le jugeail nécessaire.

Quand il s’agit d’un navire infecté, le règlement de 1896 dit à l’article 59 que les marchandises seront déchargées el ensuite le bâtiment désinfecté s'il s’agit de la peste.

On ne saurait concevoir un non-sens plus absolu que celui qui, dans ce cas, consiste à pouvoir facultativement désinfecter les marchandises d’un navire suspect ou même infecté de rats pesleux. À

À quoi bon débarquer les passagers, les isoler,

quand les marchandises pourront être déchargées sans désinfection. Celles-ci cependant, véritables nids à rats, quand ce sont des balles de coton par exemple, pourront répandre la peste dans le port.

On moleste les passagers, mais on respecte les droits de l’armateur ou du capitaine qui sont intéressés à ce que les marchandises soient le plus rapidement possible enlevées du navire et lancées surle marché.

Outre le contre-sens absolument incroyable, il faut voir comment sont faites les désinfections des linges des passagers; nous extrayons un passage de la communication du professeur Tessier où on cite les paroles d'un des préposés à la désinfection qui avait demandé à chaque passager une chemise, uné paire de chausselles et un mouchoir de poche : « Ne donnez pas da- « vantage, dit le préposé, à la désinfection, car l’étuve «est trop petite pour contenir tout le linge des pas- « Sagers. »

Encore une mesure que l’on peut mettre en parallèle avec celle citée plus haut. Pendant que l’on désinfecte les quelques objets, tout le reste des bagages des passagers peut impunément être débarqué et servir de véhicule aux germes morbides, mais le règlement est sauf.

La plupart des mesures prises sont, d’ailleurs, aussi peu rationnelles que celle-ci; nous avons vu plus haut que dans le cas que rapporte le professeur Lortet, on a désinfecté le linge (si on peut ainsi nommer une chemise, un mouchoir et une paire de chaussettes) des passagers ; quant à l'équipage, iljouissait, on nesaitpourquoi, de la libre pratique, sans que personne ait pu

UD connaître la raison de cette faveur accordée au personnel d'une Compagnie maritime.

Que conclure de ce fait ?

A côté de ces faits que nous venons de signaler et qui se rapportent surtout à la peste, nous avons quelques faits à ajouter qui montrent que les quarantaines ne sont qu'un mauvais moyen d'arrêter les épidémiles.

Prenons le choléra comme maladie dont on veut empêcher l’arrivée en France et supposons d’abord que nous avons affaire à un navire reconnu indemne. Tout le monde débarque, sans être retenu au lazaret:

Mais parmi les passagers et l'équipage s’il se trouve une personne en convalescence de choléra ou même une personne saine, l’une et l’autre peuvent évacuer des matières contenant du vibrion cholérique et seront libres de le disséminer de tous côtés.

À côté de cela, prenons un navire infecté, les passasers malades sont isolés : rien de mieux. Ceux qui ne le sont pas le sont également, mais sont relàchés après les cinq jours réglementaires. Est-ce une garantie qu'ils n'auront plus dans leurs selles les vibrions cholériques, soit que l’incubation ait été longue, soit qu'ils aient élé affectés d'un cas ambulatoire qui ne s’est manifesté que par un peu de diarrhée. Enfin, lorsque les malades sont guéris, on ne les gardera pas au lazaret: ils seront libres de s'en aller et pourront (cela est absolument démontré) répandre de tous côtés des vibrions cholériques.

Alors pourquoi, puisque tous sont également dange-

AT yus reux, les avoir soumis à unr soler les uns, alors que les autres ?

égime différent ? Pour

quoi qu'ils ne sont Pas plus dange

reux

Mystère des règlements

qu'il faut au plus tôt réformer en se basant sur

des données scientifiques,

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