SCÈNE III
Les mêmes, Bajazet
Bajazet, confus Me voici, maîtresse...
Zobéide, à Bajazet Eh bien, aujourd'hui, quel résultat?
Bajazet
Hélas !
Zobéide
Tu n'as donc pas baissé les prix, imbécile?
Bajazet
Si fait, mais à un sequin même, personne n'en a voulu,
Zobéide
C'est inouï !
Ali
C'est exaspérant !
Zobéid.', secouant Bajazet Et pourquoi n'en veut-cn point?
Ai\, même jeu Oui, pourquoi?
Bajazet Pourquoi? Mais de Mossoul à Bagdad, personne n'ignore que ces femmes sont veuves des fameux quarante voleurs, que si habilement le seigneur Ali baba fit pendre. Or, comme généralement on suppose ({u'en cette mauvaise compagnie elles ont pu acquérir de fâcheuses habitudes... voilà pourquoi nous ne trouvons pas d'amateurs...
Ali La belle raison.
Encore, si nous n'avions pas eu cette maudite part d'héritage !
AU, s'exclamant Evidemment! Mais le malheur veut cjue la loi soit formelle: « Tout ou rien ! o m'a dit le Cadi, de sorte que pour avoir l'argent, j'ai bien été forcé d'accepter...
Zobéide
Les femmes, hélas !
Ali, navré Hélas I oui, Zol^éide ! Heureusement encore le Gouverneur voulut-il bien en réclamer 20... la part du Calife, sans quoi que ferionsnous avec toutes ces furies?...
Zobéide
Quarante, ô Mahomet !
Ali, vivement Ah 1 si j étais pacha, je n'en serais pas longtemps embarrassé.
Zobéide
Qu'est-ce c{ue tu ferais?
Ali
Je menacerais de l'amende et de la prison quelques notables de la ville, en leur disant : achetez-moi mes femmes ou bien (Faisant le geste de fermer une serrure) : criq, criq !...
Zobéide
Oh ! oli ! tu ferais cela?
Ali Parfaitement!... C'est ce cju'on appelle la pression administrative.
J'entends, mais tu n'es pas encore pacha.
Ali, souriant Eh ! Eh ! cela ne tardera peut-être pas.
Zobéide
Que dis-tu là?
Ali, à Bajazet Bajazet, va donner des ordres pour qu'on prépare notre café, et qu'on serve à ces demoiselles leur déjeuner.
Zobéide
C'est cela. Au moins tandis qu'elles mangeront, aurons-nous un instant de tranquillité.
(Bajazet sort).