SCÈNE V (bis
Ali, puis Irma et Caroline, en costumes européens. Toutes deux portant des gerbes de roses
DUETTO ET TRIO Caroline, Irma
Ah ! notre joie est sans pareille.
Nous avons parcouru Marseille; Enfin, nous voilà de retour !
Mais on dut faire maint détour.
Caroline
Car déjà sur la Cannebière, On nous entoure et de telle manière
Qu'il fallut pour passer Cent fois au moins nous laisser embrasser.
Eh, té ! C'est Irma, ma cousine.
Irma
Bonjour, charmante Caroline !
Caroline
Quel à propos et quel entrain !
On nous enlasse on nous étreint.
Irma
Alors, dans les confiseries.,
Caroline
Tout fut bien vite ravagé.
Irma
Dieu sait si nous avons mangé De bonbons et de sucreries !
Caroline
Enfin, nous avons quitté sans retour Nos vêtements de forme orientale.
Et c'est mises à la mode du jour Que nous irons revoir la Capitale.
(*) Dans le cas où on couperait la scène V bis, passer à la scène VI. En ce cas, Zobéide dira à la cantonade : Qu' ont-elles à rire ces péronnelles!, et entrera seulement sur la phrase : N'ai-je pas les moyens, etc
Ensemble
Et, puisque, grâces à vous, nous voilà Sous le beau ciel de la Provence, , Où nous avons cueilli des fleurs de France, Acceptez-les, mon p'tit papa !...
(Elles les lui donnent).
Ali. une brassée de roses sous chaque bras Eh ! quoi ! vous m'apportez des roses ! .Merci, mais parlons d'autre chose...
(A Irma). Vous avez un beau médaillon. Qu'en rien cela ne vous offense !
Pardonnez mon indiscrétion.
Dites-moi donc de préférence Quels cheveux vous mettez dedans?
Irma
Oh 1 bien volontiers, j'y consens.
D'ailleurs, je n'en fais pas mystère.
Ce sont les cheveux de ma mère.
Ali. à Caroline Et vous aussi?
Caroline Fatale erreur !
Bien que cela ne vous regarde, Ce trophée est cher à mon cœur.
Car c'est la barbe d'un sapeur.
Oui, d'un beau sapeur de la garde. (Imitant la trompette). Ta ra ta ta...
(Reprise en trio).
Caroline Bien que cela ne vous regarde, Etc., etc
Irma, riant Vraiment cela ne vous regarde, Aussi moi j'en ris de bon cœur.
Oui, c'est la barbe d'un sapeur.
Ta rata ta...
AU Doux souvenir qu'au cœur je garde.
Ce n'est point elle sur l'honneur, Car c'est la barbe d'un sapeur !
Etc.. etc
Irma. Caroline Ah ! notre joie est sans pareille.
Nous avons parcouru Marseille; Enfin, nous voilà de retour.
Caroline Ne pensons plus, Irma, qu'à ton amour.
Irma Allons, ne pensons plus qu'à mon amour.
Ali, à part Hélas ! non, ce n'est pas elle Pour qui je brûlais d'amour !
Ali, tristement, à part Ni l'une, ni l'autre ! (Changeant de ton.) Oh ! les belles roses !... C'est vraiment une charmante attention, Mesdemoiselles. (7/ les place dans un vase sur la cheminée.)
CaroIiiiP
Monsieur Tournesol nous avait donné rendez-vous ici pour nous conduire à l'arrivée de la diligence...
Ali, regardant Irma en souriant Qui doit ramener le Capitaine Julien !
Irma
Oh ! il n'est pas encore capitaine.
AU
Il le sera bientôt. Mademoiselle, il le sera. Je l'attends d'ailleurs avec non moins d'impatience que vous, ce cher ami !
Caroliue, à Ali Alors, mon petit papa, vous ne m'en voulez plus de vous avoir fait enrager autrefois?
Ali Vous en vouloir? Vous en vouloir? Mademoiselle Caroline ! (Dramatique), si je vous disais que je regrette ce temps-là !
Caroline, riant Vraiment?
Ali, soupirant Ah ! oui, je le regrette !...
Irma
Mais on dirait que vous avez du chagrin, Monsieur Ali Baba?
Ali, tristement J'en ai ! j'en ai ! et si vous pouviez lire dans mon faible cœur I
Caroline
Eh bien ! contez-nous cela, ça nous fera passer le temps...
AU
Je ne peux pas ! ! Je ne peux pas...!
Zobéide, à la cantonade Nom d'un chibouk I laissez-moi donc passer, tas d'imbéciles ! vous ne me reconnaissez donc pas? (Zobéide paraît en costume européen excentrique 1830. Caroline, Irma, apercevant Zobéide, sortent en riant aux éclats.)