SCENE VIII Ali, Zobéide
Zobéide, à Ali
Allons, il paraît que j'ai le don de vous amuser tous ici.
Ali, se remettcmt Non, mais...
Zobéide
Dis tout de suite que je suis ridicule, n'est-ce pas?...
AU
Je ne dis pas ça. Seulement, avec ce chapeau, de loin, tu as l'air d'un minaret.
Zobéide
D'un minaret! Un chapeau qui vaut dix sequins... J'aime mieux me taire; tiens, voici une lettre de Fatma qu'on vient d'apporter.
Bahl Est-ce que Monsieur Julien ne reviendrait pas aujourd'hui? Voyons... (// lit.) « Cher papa et cher maman, je vous remercie « du pot de confitures que vous m'avez envoyé. J'ai trouvé tout « à fait aimable le jeune homme qui me l'a remis de votre part. Il « est beaucoup plus joli que INIonsieur Tournesol et que ^Monsieur « Van Folmesch, et il a un bien plus bel habit. Voilà le mari que « j'aurais préféré !... Je regrette vivement qu'il épouse une Fran- « çaise; si vous pouviez le détourner de son projet et faire que je « devienne sa femme, vous feriez le bonheur de votre enfant ». (A Zobéide.) Voilà la première lettre de ma fille qui ne me coûte rien... Chère petite!
Zobéide
Oui, mais un roumi ! Jamais ma fille n'épousera qu'un émir.
Ali
Pardon, le jeune homme dont elle parle est ce militaire français qui m'a protégé lorsque nous étions à Boukaril; et s'il était ici, il me défendrait, lui qui est la valeur même, contre ces ours menaçants, ces terribles bonnets à poils qui tout à l'heure, ici même...
Zobéide
Qui? Quoi? Quels ours? Quels bonnets à poils? Vous n'avez pas honte? Un roumi !
AU
Ah ! assez à la fin. J'entends être maître chez moi...
Zobéide Mais...
Ali
Taisez-vous ! Depuis que je suis sur cette terre de liberté !,.. comme disent ces Français, je me sens des instincts révolutionnaires.
Zobéide
Pourtant...
Ali, majestueux Allez, Madame ! et vous apprendrez ce que c'est qu'un autocrate.
Zobéide, à part
Oh ! jamais Ali ne m'avait parlé de la sorte !... Il y a quelque chose là-dessous, une femme, peut-être?...
Ali
Allez.
Zobéide
Oh ! je le saurai. {Elle sort.)