TRIO
Tournesol, Van Folmesch
Nous venons vous chercher, beau-père, Le coche descend près d'ici.
Bientôt nous vous dirons, j'espère, La belle Fatma, la voici;
Tournesol
Pour qu'un accueil extraordinaire Soit fait à votre rejeton, J'ai mandé le tambourinaire Le plus célèbre d'Avignon.
Ali
Messieurs, c'est bien peine inutile, Ma fille ici ne viendra pas.
C'est moi qui vais à la grand' ville La chercher.
Tournesol et Van Folmesch Nous suivrons vos pas.
Ali
Du tout, restez, je vous en prie.
Tournesol
Que ferais-je dans ce séjour?
Je le connais, je m'y ennuie.
Bien que j'y reçusse le jour ! Tandis qu'à Paris, je m'explique.
Vous serez par moi présenté Dans les salons, où je me pique Sans vanité d'être coté.
Ali
Eh bien. Messieurs, je vous annonce Que d'un autre ma fille a fait choix.
J'entends donc que chacun renonce A sa main.
Tournesol et Van Folmesch
Vous riez, je crois.
Ali
Non pas, la chose est véritable, Et vous n'en serez point surpris, Quand vous saurez l'homme estimable Qui, de ma Fatma, s'est épris.
Tournesol et Van Folmesch Un rival, ah ! c'est trop d'audace...
Je l'occis, j'en fais un salmis.
Ali
11 rirait de votre audace.
C'est le beau Julien, mes amis.
Tournesol, Van Folmesch
Julien ! effroyable aventure !
Julien ! c'est à perdre l'esprit !
Ali
En portant de la confiture A ma fillette, il s'en éprit.
Tournesol
Permettez, mais, à ma cousine N'avait-il pas juré sa foi?
Ali
C'est regrettable.
Tournesol J'imagine.
Ali
Mais à ma fille je me dois ;
D'ailleurs, j'ai peu d'instants, je pense,
Voici bientôt la fin du jour.
Je dois prendre la diligence.
Nous en causerons au retour.
Tournesol, Van Folmesch, /'a/ré/fl/i/ c/iacu/; pur un bras et présentant une note Mais un instant, cette facture.
Vous n'avez pas dit qui paierait.
Ali. clierchanl à se déyager Je suis pressé, je vous assure.
Tournesol, et Van Folmesch, le secouant Il faut répondre, s'il vous plaît.
Tournesol
Je suis le peintre de la nature !
Van Folmesch
Mes morceaux font bonne figure.
Ali
Quelle horrible aventure 1
Tournesol, Van Folmesch Tu vas nous payer, je le jure, Ou sinon, gare, vieux fripon !
Nous te mettrons à la raison !
{Ali parvient à se dégager, laissant sa cape dans les mains de Tournesol; il cherche à s'enfuir par la porte de droite, mais il se heurte à Van Folmesch; il passe alors sur le balcon, poursuivi par Tournesol et Van Folmesch; ils disparaissent un moment tous trois, pendant que la musique continue, et reviennent chacun par une fenêtre, Ali par celle du milieu pour attaquer la reprise : « Je suis le peintre de la nature. »
(Tournesol s'est affublé de la cape d'Ali, et Van Folmesch de son turban; après plusieurs passages autour des meubles, Ali s'échappe enfin par la porte de droite 2^ plan, suivi de Tournesol et de Van Folmesch; leurs voix se perdent dans la coulisse.)