M. BERRYER
VOUS que Fox lui-même y aurait résisté?...
« Quand les hommes s'assemblent, — disait madame Roland, — leurs oreilles s'allongent. »
Très inférieur à l'auteur de M. Botte, son grand-père. Il n'en a ni l'observation, ni la gaieté. Esprit morose, qui ne demanderait pas mieux que de rire, car la vive bulle du sang de Pigault-Lebrun doit de temps en temps polissonner dans ses veines, il n'attrape jamais que le rire acide ou le rire plat. Fruit le plus sec de la poésie contemporaine, il s'est toujours cru du poète quelque part, et c'est même ce qui l'a perdu. 11 a fait le recueil de rigueur. Les Pariétaires, je crois. Pourquoi les Pariétaires? On n'a jamais pu
le savoir. L'auteur y veut être le plus Henri Mûrger qu'il peut. Or, Henri Mûrger n'était que le groom d'Alfred de Musset. C'est donc un groom de groom. Quelle splendeur!! Dans ce premier mouvement de poésie impuissante, qui continue toujours, diton, dans sa tête, M. Emile Augier fit ta Ciguë pour l'Odéon, pièce de dix-huit ans, comme on en jouait, chez les Jésuites, à la récréation des prix. Ceci le retourna de sa poésie de muraille; il se crut poète comique, et il aborda la comédie de Molière avec des facultés qui n'égalaient pas celles de Scribe. Il parlait la même langue française : le parisien, ce parisien que l'on parle dans les salons meublés en acajou. On ne sait pas le plus bourgeois en lui, du prosateur ou du poète. Avant le Fils de Giboyer, qui avaitune prétention politique qu'on s'est fait suffisamment escompter par les applaudissements anti-littéraires des partis, il n'avait guères fait que des pièces à filles entretenues. Sans la fille, il manquerait de su-
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jets... Cependant, toute la société française n'est pas uniquement sous le réverbère.
Il est devenu académicien, mais un peu plus de gaieté — la chose impossible — en aurait fait un vaudevilliste. Seulement, il aurait dû, l'homme des Pariétaires, s'adjoindre quelqu'un pour tourner le couplet. Parmi les comiques les plus oubliés du premier Empire, il n'en est pas qui n'ait plus de talent que lui. Picard a du moins fait la Petite Ville. Mais où est la Petite Ville, dans les œuvres de M. Augier?...
Comme M. Feuillet, il appartient par la nature de son esprit, de son âme et même par les traits de son visage, aux hommes du régne de Louis-Philippe. Est-ce pour cela qu'à l'Académie il n'a pas été discuté? Si ses opinions sont napoléoniennes, la nature de son esprit pourrait un jour trahir ses opinions. Il est aussi, comme M. Feuillet, delà section des jeunes de l'Académie; car il y a maintenant à l'Académie le banc, le petit banc des Jeunes, — des Jeunes... vieux !
11 a fait sa Lucrèce, lui, bien avant Lucrèce. C'est Marie Stuart, tragédie ancien grand modèle.
D'Avrigny aussi avait fait une Marie Stuart, et il ne fut point de l'Académie. Les Géronte s'avisent parfois d'être capricieux comme les jolies femmes,.. Sans l'inconséquence, le pouvoir serait moins doux.
M. Lebrun a écrit un poème sur la Grèce moderne... en vers qui rappellent, en les
affaiblissant, les Messéniennes de Casimir Delavigne. C'était le temps alors, le glorieux temps pour la langue française où tout ce qui avait instinct de poésie, flamme au cerveau, réflexion trempée aux grandes sources, essayait de ressusciter des rythmes anciens ensevelis, et où le triomphe était d'en créer de nouveaux, d'audacieux et de difficiles. M. Lebrun prit ce temps- là, lui, pour se déboutonner, sans tant de façon, dans le vers libre, usé par la poésie du XVIII^ siècle. — Et l'Académie fut si touchée de cette commodité classique, introduite comme un rond de maroquin vert sur les plus belles ruines de la Grèce pour les chanter plus à son aise, que, du coup, elle nomma M. Lebrun académicien, lequel se tut... du coup : Dormit semper Homerus !
M. DÉSIRÉ MSARD
Gomme M. Villemain, dans le cours de ses premières études M. Nisard fut presque un enfant célèbre... Mais pour être, l'homme n'a pas besoin du souvenir de l'enfant. — C'est un humaniste comme on le fut au XVP siècle. Il débuta par un genre de classique qu'on ne connaissait pas : hardi, nerveux, indépendant, qui dit son fait vertement aux Excessifs du Romantisme, alors les maîtres du terrain. Cela était jeune et cela n'était pas pédant ! ce qui ne s'était
jamais vu parmi les classiques. Le manifeste contre la littérature facile se lit encore et restera. Charmante révolte de l'esprit français contre les ctrangetés et les choses étrangères d'un Romantisme qui nous venait trop du dehors!... M. Nisard n'entendait pas qu'on dénationalisât la littérature. Depuis cette époque de combat, M. Nisard s'est élevé. C'est l'amour le plus vrai des lettres dans une superbe intelligence tempérée. 11 aime Bossuet, et c'est sa seule intempérance. Car Vlmitation de l'amour tombe dans le courant clair et limpide de sa propre originalité, et son naturel, qui est si sain et si vrai, en est troublé... Grand critique par le sentiment, la sensation, l'intuition, la culture qui est exquise, il n'a qu'un défaut, à mon sens, c'est de ne pas appuyer sa critique sur des principes assez fixes pour empêcher son grand esprit étendu d'être inconséquent. Tel est le reproche à faire au beau livre sur la Littérature française qu'il vient de publier. Inconséquence, oui I —
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ici et là, — mais, dans son inconséquence même, quelle conscience littéraire plane partout !
Il a fait un livre excellent sur l'Angleterre, dans lequel celte tête classique accusée de froideur — mais c'est aussi le reproche qu'on fait aux femmes vertueuses — a dit les plus belles choses et les plus profondément pensées qui aient été écrites en français sur lord Byron... Bonapartiste de la première heure, à la manière de Carrel, dont il fut l'ami, — ils n'ont parlé de République que quand ils n'ont plus eu Bonaparte, — il écrivit au Xational de 1834. Homme d'ordre, il accepta par raison les gouvernements intermédiaires ; mais avec quel frémissement de plaisir il est allé à Napoléon III !
Dernièrement, il a écrit au Moniteur de bons articles sur l'histoire de INI. Thiers (le Consulat et V Empilée), qui auraient été bien meilleurs s'il n'avait pas été académicien. Le confrère a faibli... Un critique contem-
porain à l'Académie, a trente-neuf personnes qu'il ne peut pas toucher trop fort. Les Académies remplacent par le sentiment corporatif le sentiment de la vérité ; et c'est ainsi que les académiciens, même les meilleurs, sont forcément, toujours, plus ou moins, les larrons en foire de la littérature ! En somme, homme de grand goût littéraire; bonapartiste rare à l'Académie sur qui l'Empereur pourrait compter; au milieu des académiciens M. Nisard serait, dans sa plus pure notion, un véritable académicien, si l'Académie était restée ce qu'elle devait être...
WBLIOTHECA )
C'est de la science en papillottes. Délicieux pour les petites filles du Sacré-Cœur. Qui saitV les petits garçons, qui deviennent si forts, le trouveraient peut-être un peu faible. M. Flourens est le Petit-Poucet, non mangé, mais pondu par Buffon. Quelqu'un, que je ne nommerai pas, l'appela un jour Biiffonnet, pour lui être agréable, mais je ne crois pas qu'il ait senti le compliment. C'est le plus naturaliste des littérateurs, et c'est le plus littérateur des na-
turalistes. Aussi est-il des deux Instituts, corbleu ! Très agréable anecdotier scientifique, qui, comme ce diogénique M. Babinet, bien plus amusant dans le capharnaûm de son appartement que dans ses livres, met la science à la portée de ceux qui ne savent absolument rien. Ils sont, l'un et l'autre, de vocation, professeurs de tous les MM. Jourdain de la terre, lesquels crient en les écoutant : « Vive la science ! » du fond de leur ânerie. Engageant, insinuant, émérillonné, M. Flourens, qui a l'esprit léger, ne craint pas de faire Turlutatu à la Science majestueuse, comme s'il revenait de Saint- Cloud, et de compromettre sa gravité par des thèses paradoxales qui s'élèvent, sans trembler, jusqu'au ridicule. (Voir sa Longévité.) M. Flourens est le plus joli gazon de l'Académie. Je parle des gazons ! La plus jolie perruque, sur une tète fine. Ce n'est pas celte perruque-là, trouvée au coin d'une borne, que Frédérick-Lemaitre, le créateur, brimballe au bout de son crochet
(dans le Chiffonnier) et précipite dans sa hotte, en disant, avec l'emphase d'un comique gigantesque :
Académie Françoise 1
Déplacé donc par l'esprit, la vie, les manières aimables et la perruque, à l'Académie, c'est le comble de la séduction et du mystère qu'il y soit entré. Comment s'y est-il pris ?
Il devrait bien le dire à M. Jules Janin !
Le génie heureux, abondant, qui n'a rien fait pour être sublime et qui l'est, mais qui a beaucoup fait pour ravaler, hélas ! le plus chaste et le plus idéal génie aux choses mesquines de son temps et à ses partis les plus coupables. Romantique sans qu'il le sache, comme il a du génie sans que cela lui coûte une minute de peine, M. de Lamartine n'était pas, comme M. Victor Hugo, un chef de parti ayant oriflamme, tenu, par conséquent, sur son honneur lit-
téraire, de ne jamais entrer à l'Académie, quand même elle se serait mise à genoux devant lui, ce qu'elle n'a pas fait. Mais comme Alfred de Vigny, le poète d'albâtre, comme j\I. Prosper Mérimée, trop académicien aussi par le silence, il n'y est pas à sa place et il y fait une énorme tache de lumière. Qu'y a-t-il de commun, en effet, entre l'auteur des Méditations, qui n'est pas — je le sais bien — un aussi grand poète dans ses Méditations qu'on l'a dit, quoiqu'il en soit un bien grand déjà ; mais surtout entre l'incomparable poète des Harmonies et de la Mort de Socrate — deux choses immortelles et belles comme tout ce qu'il y a au monde de plus beau ! — et les professeurs encuistrés et les gens à bon sens aplati et les rimailleurs de l'Académie ! I.e flot d'azur de son destin, si longtemps heureux, l'a poussé, un jour, plus qu'il n'y est allé de lui-même, dans ce havre de vieux hérons moroses qui n'était pas fait pour un oiseau du Paradis comme lui, et
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il s'aperçoit maintenant à quelle espèce il s'est appareillé. Je n'ai point à juger ici M. de Lamartine comme homme et comme écrivain politique. Sur ce terrain-là, ce n'est plus le divin Lamartine. Il s'y brise et brise le cœur de ceux qui savent l'aimer... Je dirais des choses trop sévères pour lui, trop tristes pour moi, et inutiles ici ; car il ne s'agit que des académiciens en ces Médaillons, et c'est le poète qui fit entrer M. de Lamartine à l'Académie. Depuis qu'il y est, du reste, l'homme politique vaincu n'y a pas, du moins, comme les autres déchus politiques qui y fourmillent, clabaudé misérablement contre le pouvoir qui nous a sauvés de leurs fautes et. de leurs sottises... Il ne va pas même à leurs séances et il en sourit... Le mépris ne tombe bien que d'une cime. C'est même la hauteur d'où il tombe qui en fait vraiment le mépris !
Comme M. Thiers, M. Guizot est un échantillon des grands hommes que, sous Louis-Philippe, on nous fagotait ! La Postérité les déshabillera de leur grandeur, et ce terrible valet de chambre aura la main dure, je les en avertis ! M. Guizot, à l'Académie, représente et incarne la fusion, inventée par lui ; le dernier concubinage de ce grand Goncubinaire politique, qui a toujours aimé à coucher avec tous les partis. Mystification amère et méritée à une époque
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niaise, qui se prend à la glu de quelques paroles sévères et sentencieuses ! L'Opinion — la grosse Opinion — cette madame Bridoie — accepte présentement comme le plus honnête homme politique qui ait jamais existé, M. Guizot, — M. Guizot qui a fait la coalition de 1839, c'est-à-dire qui a vautré sa main dans celle de tous les partis : Droite, Gauche, Centre-Gauche, Extrême-Gauche, pour faire tomber M. Mole, Ihomme du gouvernement, dont, depuis, M. Guizot a été encore plus l'homme I Aujourd'hui, incorrigible et d'ailleurs désespéré d'une chute dont il ne devrait avoir que honte, il refait contre l'Empire cette coalition des partis sous le nouveau nom de fusion, et il n'y fond pas son honneur. Comment donc? Au contraire ! Il y a des entêtés qui ferment les yeux et qui répètent leur mot « d'honnête homme politique », en s*extasiant sur cette grande moralité, verbale et verbeuse, qu'a flétrie un jour M. Royer-Collard, un voisin de Canapé
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cependant ! « Vous l'avez appelé un austère intrigant, — lui reprochait- on. — Non! — dit Royer-Collard, — je n'ai pas dit austère. » Corrupteur puritain, qui demandait aux électeurs de Lisieux : « Vous sentez-vous corrompus ? » comme si les gangrenés sentaient leur gangrène! M. Guizot est un Walpole sans habileté, qui ne sait pas tirer parti de la corruption ; mais son immoralité n'est pas dangereuse comme toute immoralité qui se respecte devrait l'être. A l'Académie, comme au pouvoir, il est bien plus pour la décoration que pour autre chose ; car, ne vous y trompez pas ! cet homme, sans couleur dans le talent, est très extérieur. Il a bien plus les attitudes du pouvoir que les aptitudes. Il n'aurait jamais voulu être le P. Joseph du Tremblay, l'Éminence grise, le conseil occulte de Richelieu, d'abord parce que sur rien ce sceptique peint en dogmatique n'a de conseil décisif à donner, mais surtout parce qu'il aurait été l'Éminence grise, tandis
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qu'il eût haleté de désir d'être « la rouge », quand même, au lieu d'avoir du génie, elle aurait été une grande sotte. Le tout, pour lui, est d'être titulaire du pouvoir. Or, ce qu'il a été aux affaires, qu'il ne faisait pas et où il ne fut jamais que le domestique de Louis-Philippe et son porte-voix parlementaire, il l'est encore à l'Académie. M. Cousin a des indiscrétions de haine qui cherchent des échos. M. Villemain, retors comme toute sa personne, se reploie comme un tire-bouchon pour mieux percer. L'un est l'intrigant en plein vent, l'autre l'intrigant sous le vent; mais leurs passions contre l'Empire sont intéressées, envenimées, toujours à l'affût. M. Guizot, lui, n'intrigue et n'a de passion que pour son importance, et son importance n'est qu'une étiquette. C'est rOrléanisme même à l'Académie.
La Maison d'Orléans lui a passé procu^ ration... Toujours porte-voix, il y sonne le rappel de la fusion avec sa parole, creuse
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comme un tambour. C'est lui, mais assisté de MM. Villemaiu et Cousin, qui a fuit passer MM. de Carné et Dufaure aux élections dernières. Quoique le règlement académique, violé à chaque élection, interdise formellement à chaque académicien, sous peine de ne pas voter, toute promesse à un candidat quelconque, le Comité directeur de l'Académie s'était engagé à porter l'abbé Gratry pour remplacer le P. Lacordaire, quand, tout à coup, il fut illuminé de l'idée que M. Dufaure, le ministre tombé, — on les ramasse pieusement, tous ces pauvres cassés ! — et M. de Carné, de la Revue des Deux-Mondes, seraient plus dans l'esprit et les passions de l'Académie que ce prêtre tranquille, qui aurait parlé du moins de Lacordaire avec compétence, dans son discours de réception. Alors, on reprit tout doucettement à l'aVjbé Gratry la parole qu'on lui avait donnée, l'assurant, avec de grandes tendresses, que la prochaine élection serait pour lui. L'académicien édifié qui m'a ra-
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conté cette histoire, prédisait que l'ubbé Gratry, qui s'était laissé, avec tant d'innocence, tire-bouc honner par M. Villemain une promesse qu'il croyait si bien tenir, devait renoncer à l'Académie tout le temps qu'il y aurait des Orléanistes à placer, et il y en aura toujours !
En littérature, M. Guizot a été aussi surfait qu'en politique. Il est de l'époque où tout professeur à petite allusion contre le gouvernement des Bourbons de la branche aînée était immédiatement porté à dos d'âne sur le pavois de la popularité. Son Histoire de la civilisation, — titre ambitieux de cet ambitieux vide, qui n'a vu jamais partout que des titres, — son Histoire de la civilisation a commencé sa renommée, mais elle l'achèvera... Il y a certainement là-dedans du renseignement historique : l'homme s'y vide de ses lectures. Mais des vues nettes, réelles, profondes, on les cherche, sous cette gravité qui né cache rien. On n'y parle que
doctrinaire. Les éléments y reviennent sans cesse. Phraséologie vague, qui embrouille, au lieu d'éclairer. On y confond et on y additionne, comme étant d'ordre identique, les choses d'un ordre différent : par exemple. Vêlement gaulois. Vêlement germanique. Vêlement romain et le Christianisme. C'est comme qui additionnerait trois bonnets de coton et un canif, pour faire quatre bonnets de coton ! Le Christianisme et même l'Église, ces faits immenses, ont imposé à M. Guizot un respect dont il faut lui savoir gré, quoiqu'il y ait dans ce respect plus d'immobilité d'esprit fasciné par des faits terrassants que de compréhension et de lumière; mais dès que le protestantisme apparaît dans l'Histoire, M. Guizot se trouble, et le sectaire aveugle l'historien... Le style, qui fait les livres et (jui les fait vivre, manque totalement à M. Guizot. Celte affirmation va paraître presque aussi scandaleuse que le nom de courtisane politique donné à celte haute prude de propos, qui
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n'a cessé de faire sa trte et de prendre de grands airs de vertu dans l'exercice de son vice. Mais la Postérité, qui n'aura pas nos lûches complaisances ou nos relations esclaves, jugera ferme...
Pas plus Français de langage que de politique, M. Guizot, quand il ne parle pas doctrinaire, parle calviniste. Ce qu'on appelait le style réfugié autrefois, valait mieux que le sien ; lui, c'est un style h fuir. Monotone, anguleux, froid, n'ayant de couleur que celle de la bile, d'un sérieux de mort, d'un emphatique de catafalque, souverainement ennuyeux, — ce qui, je le sais bien, est une force dans la France moderne ! — le style de M. Guizot n'a pas même la plus vulgaire correction. Si un grammairien dévoué voulait se livrer à la rude besogne de souligner les fautes grammaticales dans les écrits du célèbre professeur, on serait étonné, même ailleurs qu'à l'École normale, et tous les professeurs de France se cache-
raient la tête dans leur robe... On serait un moment sans les voir, et ce serait toujours cela! Un jour, on fera peut-être ce travail utile. Le protestantisme de M. Guizot redouble nécessairement son orléanisme ; car rOrléanisme est essentiellement protestant. Les fils de M. le duc d'Aumale sont, en ce moment, élevés en Suisse, dans une pension protestante. Comme tout se voit partout maintenant, la vieille monarchie catholique d'Espagne a pendu au cou du protestant M. Guizot une de ses Toisons d'or, après les mariages espagnols :
Que pensent-ilï=; de nous, les hommes qui sont morts !
Que durent penser, dans leurs cercueils, Philippe II et le grand duc d'Albe?... C'est à en ressusciter de colère, pour en remourir de fureur !