Ne mets ton pied au trauers de la voye
Du pauure aueugle, et d'vn piquant propos De l'homme mort ne trouble le repos.
Et du malheur d'autruy ne fay ta ioye.
Ser. X, XVIII, XX. — Caton, p. 359 .— Trésor de sentences, pp. 135, 155, 160. — Fénelon, I.
36. Cette maxime est un souvenir de la belle et poétique allégorie qui représente Hercule entre le vice et la vertu. Xénophon a conté cette fable avec autant de grâce que d'abondance (Mémor., II, 1, pp. 41-5J, mais il ne cache pas qu'il s'inspire d'un récit de Prodicus, et il regrette de ne pouvoir s'exprimer avec la magnificence de ce sage. Le même sujet a, du reste, séduit plusieurs autres écrivains, et il fut traité — non sans d'ingénieuses modifications — par Lucien {Le songe, 6) et par Silius Italiens (Guerres pun., XV, 18 sqq.) Il était naturel que l'on cherchât à montrer d'une manière imagée et sensible l'hésitation de l'adolescent à l'heure où, sollicité à la fois par l'instinct du plaisir et par la dignité de la vertu, il faut qu'il résolve le problème de sa destinée morale. L'incertitude d'Hercule, les pythagoriciens la figuraient d'une manière graphique. La lettre T leur paraissait le symbole ou le schème d'une existence qui arrive, après avoir coulé quelque temps en ligne droite, à un endroit où l'on doit choisir entre deux routes divergentes. (Chaignet, I, 154.) Celle qui mène à la vertu est escarpée, difficile. Ainsi le veut la tradition ancienne, que l'on retrouve et chez Pibrac et dans l'un de nos proverbes français : « Tout chemin de vertu | Est aspre et moult ardu. » [Trésor de sentences, p. 230.) Mais Montaigne, qui aime à secouer le joug des idées reçues, aplanit cet « aspre mont » dont nous parlent les Quatrains, et loin de laisser croire à la jeunesse que la bonne voie est très malaisée à suivre, il déclare que la vertu ce n'est pas, comme dit l'eschole, plantée à la teste d'un mont couppé, raboteux et inaccessible », mais que les hommes par qui elle est pratiquée « la tiennent, au rebours, logée dans une belle plaine fertile et fleurissante ». {Essais, I, xxv, p. 70.)
37. Première partie du Quatrain, cf. Lévitique, XIX, 14; Deutér., XXVII, 18. — Seconde partie (respect dû aux morts), cf. Solon : « Tbv te8v7ix6ta [lyiZûc, /az-wç àyopsusiw, » (Fragm. phil. graec, p. 223, n" 53.) — Troisième partie (ne pas se réjouir du malheur d' autrui), cf. Prov. de Salomon, XVII, 5. — Publius Syrus, p. 766, col. 1, v. 3; 787, col. 1, v. 6.
38. Ea ton parler sois tonsiours véritable, Soit qu'il te faille en lesmoignage ouyr, Soit que par fois tu veuilles resiouir D'vn gay propos tes hostes a la table.
39. La Vérité d'vn Cube droict se forme, Cube contraire au léger mouuement :
Son plan quarré iamais ne se dément,
Et en tout sens a tousiours mesme forme.
40. L'oyseleur caut se sert du doulx ramage Des oysillons, et contrefaict leur chant : Aussi, pour mieux deceuoir, le meschant Des gens de bien imite le langage.
38. Prov. de Salomon, XII, 17; XIV, 5, 25; XIX, 5, 9; XXV, 18. — Phocylide, IV. (Moralistes anciens, p. 80); VII (ibid., p. 81.) — Stobée, Ser. XLV, pp. 68-9, de veritate et testimonio fideli; XLVI, pp. 69-70, de veritate et mendacio; XLVII, pp. 70-71, de mendacio et calumnia et falso testimonio. — Caton, p. 360. — Fénelon, III.
39. Ce symbole a, chez les anciens, revêtu diverses formes, car ce n'était pas seulement l'immobile vérité qui se prêtait à une comparaison de cette nature, mais tous les principes que l'on voudrait invariables, parce que l'on a construit sur eux la religion, la morale. D'autre part, la géométi'ie offre plus d'une figure régulière, en sorte que les deux parties de l'image dont nous nous occupons pouvaient être modifiées tour à tour. Ainsi, tandis que Pibrac assimile au cube la vérité, les disciples de Pythagore conçoivent l'essence divine comme un tétragone, attendu que c'est lui qui exprime l'ordre parfait, « que la propriété d'être droit imite la puissance de l'immobilité, et que l'og^alité représente celle de la permanence. » (Chaignet, I, 246.) C'est pour un motif analogue que certains assignent une forme carrée à la justice, « par et similis in verbo et opère,... nusquam ulla ex parte claudicans, ut ne injusta et inaequalis videatur. » (Stobée, Sermo I, p. 5, 39.)
40. Plutarque a employé cette image d'une manière à peu près semblable. « Les flatteurs, es courts des princes, font comme les oysel-
leurs qui prennent les oy seaux à la pippée en contrefaisant leurs voix... » (Tome XV, p. 110, lHst)-uction pour ceulxqui tnanient affaires d'estat.) — Bail', Mimes, p. 172.