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POUR EN PERPÉTUER LE SOUVENIR

Lorsque dans la mémorable journée du i février, les troupes françaises après avoir envahi les plus riches provinces de l'Etat pontifical, ont fait une irruption soudaine dans Rome même, il nous a été impossible d'attribuer un pareil attentat uniquement aux raisons politiques et militaires que les usurpateurs mettaient en avant ; c'est-à-dire de se défendre dans cette ville , et d'éloigner leurs ennemis du territoire de la sainte Eglise Romaine : nous n'y avons vu au contraire que le désir de tirer vengeance de notre fermeté et de notre constance à refuser de nous soumettre aux prétentions du gouvernement français. Nous avons vu sur-le-champ que cet attentat avait un objet bien plus étendu que de simples précautions militaires et momentanées , ou une simple démonstration de mécontentement envers nous. Nous avons vu revivre, renaître de leurs cendres , et re-

paraître au grand jour les complots impies , qui semblaient sinon reprimés, au moins assoupis, de ces hommes trompés et trompeurs qui voulaient introduire des sectes de perdition , par le secours d'une philosophie vaine et fallacieuse, et qui tramaient ainsi depuis long-temps la destruction de notre sainte religion. Nous avons vu que dans notre personne, on attaquait, on circonvenait, on combattait le saint siège du bienheureux Prince des apôtres, (huis l'espoir que sa chute, si toutefois elle était possible , entraînerait nécessairement avec elle la ruine de l'église catholique, fondée par son divin auteur sur ce siège, comme sur une pierre inébranlable.

Nous avions pensé, nous avions espéré naguères , que le gouvernement Français instruit par l'expérience des malheurs dans lesquels cette puissante nation s'était vue entraînée pour avoir lâché la bride à l'impiété et au schisme , et convaincu par le vœu unanime de la grande majorité des citoyens, s'était enfin véritablement et profondément pénétré de l'importance extrême dont il était pour la sûreté, ainsi que pour le bonheur public de rétablir de bonne foi le libre exercice de la religion catholique, et de le prendre soussa protection particulière. Mus par cette opinion, animés par cette espérance, nous qui , tout indignes que nous sommes, tenons sur la terre la place de celui qui est le Dieu de paix, à peine nous fûmes-nous aperçus qu'il s'ouvrait une

perspective de réparer les désastres de l'église en France, l'univers entier nous est témoin de l'empressement avec lequel nous nous sommes prêtés à des traités de paix, et combien il nous en a coûté , et à nous et à cette même église, pour conduire ces traités à la fin qu'il a été possible d'obtenir.

Mais grand Dieu! à quoi notre espoir a-t-il abouti? quel a étéle fruit définitif de notre condescendenceet de notre libéralité ? Depuis le moment où cette paix a été promulguée , nous avons été réduits à faire entendre la plainte du prophète : voici que dans la paix mon amertume devient encore pics amère, nous n'avons pas dissimulé cette amertume à l'église, ni à nos frères les cardinaux de la sainte église romaine dans l'allocution que nous leur fîmes en consistoire le 24 de mai de l'an 1802, pour leur signifier que dans cette promulgation on avait ajouté à la convention que nous avions faite , quelques articles ignorés de nous, que nous improuvâmes dès qu'ils nous furent connus. En effet, par ces articles , nonseulement ou anéantit dans l'exercice de la religion catholique, dans les points les plus graves et les plus importants, la liberté qui avait été assurée verbalement, convenue, et solemnellement promise dans le préambule même de la convention , comme en étant la base et le fondement ; mais encore dans quelques uns de ces articles la doctrine même de l'èvangile se trouve attaquée de près. Le résultat de la convention que nous fîmes avec le gouvernement

de la république Italienne, fut à-peu-près semblable : ces mêmes articles que nous avions pris tant de soins degarantir de toute interprétationarbitraire et équivoque , ayant été précisément interprétés d'une manière absolument arbitraire et la plus ouvertement frauduleuse.

Après avoir vu ainsi violer et dénaturer les conditions de l'une et de l'autre de ces conventions, qui avaient été stipulées en faveur de l'église, et la puissance spirituelle ayant été ainsi soumise à la volonté de La puissance laïque, bien loin queles effets salutaires que nous nous étions promis de ces conventions, eussent été obtenus , nous eûmes au contraire la douleur de voiries malheurs et les désastres de l'église de Jésus-Christ s'accroître et s'étendre chaque jour.

Nous ne nous arrêtons pas ici à rappeler et à énumérer, l'un après l'autre , ces maux et ces désastres , ils sont assez publiquement connus et déplorés de tous les gens de bien ; nous les avons d'ailleurs suflisament exposés dans deux allocutions i onskstoriales que Tious fîmes, l'une le iôde mars delà même année 1808, et que nous avons cherché à faire connaître publiquement , autant que l'a permis l'état de contrainte dans lequel nous sommes placés. Par ce moyen , le monde saura , et la postérité verra , quels ont été nos sentimens au sujet de ces si nombreux et si grands attentats du gouvernement

français sur les objets relatifs à l'Eglise : on reconnaîtra quelle patience et quelle longanimité il nous a fallu pour nous taire si long-temps ; parce qu'ayant la paix à cœur, et ayant conçu le ferme espoir d'apporter un remède et de mettre une fin a tant de maux, nous avons de jour en jour différé d'élever la voix en public. On verra quelles ontété nos peines et nos sollicitudes , et combien par nos actions, nos prières , nos vives sollicitations et nos gernissemens , nous nous sommes efforcés, sans rèlàchè de guérir les plaies faites à l'Eglise , et d'empêcher qu'il ne lui fût porté de nouvelles atteintes. Mais c'est en vain que nous avons épuisé toutes les ressonrces de l'humilité, de la modération , et de la douceur avec lesquelles nous nous sommes étudié jusqu'à présent à défendre les droits et les intérêts de l'Eglise , auprès de celui qui s'était associé aux conseils des impies pour la détruire de fond en comble; de celui qui , à ce dessein , avait feint de lui être attaché, afin de la trahir plus aisément ; et qui avait semblé lui accorder protection , afin de l'opprimer plus sûrement.

On nous avait souvent et long-temps fait concevoir de grandes espérances, surtout lorsque notre voyage en France fut désiré et sollicité. Bientôt on commença à éluder nos demandes et nos prières , par des tergiversations astucieuses , par des fauxfuyans et par des réponses ou dilatoires ou perfides ; en un mot, il n'en fut tenu aucun compte, parce

que le temps approchait de mettre eu ûîiivre les tra mes contre ce Saint-Siège et contre l'Eglise de Jésus-Christ ; et l'on commença à nous attaquer et à nous accabler de demandes toujours nouvelles ou exorbitantes , ou captieuses , et dont la nature indiquait suffisamment et abondamment qu'on avait en vue deux objets également fnnestes et désastreux pour le Saiut-Siège et pour l'Eglise ; c'est-à-dire, de nous faire trahir honteusement notre ministère si nous y consentions ; ou , si nous nous y refusions , de faire de notre refus un motif pour nous déclarer une guerre ouverte.

Mais comme notre conscience ne nous permettait pas d'accéder à ces demandes, on fit aussitôt de notre refus un motif de détacher d'une manière hostile des troupes contre cette ville sacrée ; on s'empara du château Saint-Ange ; on posa des détachemens dans, les rues et dans les places ; et même le palais quirinal que nous habitons , fut entouré avec menaces par de nombreuses troupes d'infanterie et de cavalerie et avec du canon. Mais avec l'aide de Dieu , par qui nous pouvons tout, et forts de l'importance de nos devoirs , nous ne nous sommes point laissé intimider , ni ébranler dans notre résolution par cette terreur subite, ni par cet appareil de guerre. Nous avons, paisiblement et avec calme , ainsi que nous le devions , célébré les cérémonies sacrées et les mystères divins qui convenaient à la solemnité

de cette très-sainte journée, et nous n'avons omis ni par crainte, ni par oubli , ni par négligence, rien de ce que notre devoir exigeait de nous dans ces conjonctures critiques.

Nous nous rappelions avec Saint- Ambroise (de Basilic, tradend. n°. 17) que le saint homme Naboth, propriétaire de sa vigne , sommé de la donner au Roi , parce que celui-ci voulait y faire planter des légumes , avait répondu : Dieu me garde de céder ainsi l'héritage de mes pères. Bien moins avonsnous jugé qu'il nous fût permis de céder à autrui un héritage aussi ancien et aussi sacré ,' nous voulons dire la souveraineté temporelle de ce saintsiége , possédée depuis une si longue suite de siècles par les pontifes Romains nos prédécesseurs , d'après l'ordre évident de la divine Providence^, ou de consentir tacitement à ce que qui que ce soit se mît en po:session de cette capitale dn monde chrétien; dans laquelle, après avoir renversé et détruit la trèssainte forme de gouvernement , qui a été laissée par Jésus-Christ à sa sainte église, et réglée par les canons sacrés établis par l'esprit divin , on substituerait à sa place un code contraire non-seulement aux canons sacrés, mais même incompatible avec les préceptes de l'Evangile ; et qui introduirait, ainsi qu'il a déjà fait , un nouvel ordre de choses , qui tend manifestement à associer et à confondre toutes les sectes et toutes les superstitions avec L'église catholique.

Naboth défendit sa vigne au prix de son sang. /. 'Amhv. ib.). Pouvions-nous , quelque chose qui dût en arriver , ne pas défendre les droits et les possesions de la sainte église romaine que nous nous sommes obligés , sous. serment , et ne pas revendiquer la liberté du siège apostolique , qui est tellement liée avec la liberté et les immunités de l'église universelle? Eh j de quelle importance, en effet , n'est pas cette principauté temporelle, et île quelle nécessité n'est-elle pas pour assurer au chef suprême de 1 Eglise le libre exercice delà puissance spirituelle que Dieu lui a accordée sur le monde entier? Si l'on manquait de preuves pour le démontrer , ce qui se passe maintenant ne le prouverait que trop clairement. Quoique nous ne nous soyons jamais complus ni dans les honneurs ni dans les revenus , ni dans la puissance de cette principauté souveraine , dont le désir est bien éloigné et de notre caractère etdu très saint institut que nous avons embrassé et toujours chéri dès nos plus jeunes ans , nous avons néanmoins senti qu'il était de notre devoir indispensable, a dater dudit jour, i lévrier 1808, quelque critique que fut la position où nous nous trouvions , de faire par le canal du Cardinal, notre secrétaire d'Etat , une protestation solemnelleà l'effet de rendre publiques les causes de tribulations auxquelles nous sommes livrés , et notre intention de maintenir dans leur intégrité les droits du saint-siége.

Voyant cependant que les menaces ne leur servaient de rien , les usurpateurs résolurent d'adopter envers nous un autre système : ils tentèrent par un certain genre de persécution plus lent , mais qui n'en était que plus fâcheux et plus cruel , d'ébranler peuà-peu notre constance qu'ils s'apercevaient n'avoir pu abattre par une terreur subite. C'est pourquoi depuis le 2 février, dans ce palais où nous avons été détenus comme prisonnier , il s'est à peine écoulé un jour qui n'ait été marqué par quelque insulte au saint-siége , ou par quelque tribulation qui nous ait été infligée.

Tous les soldats qui nous servaient au maintien de l'ordre et de la discipline civile , nous ont été enlevés, et incorporés aux troupes françaises ; nos gardesdu -corps, tous hommes choisis et de l'ordre de la noblesse, ont été envoyés à la citadelle de Rome ; ils y ont été détenus plusieurs jours , et enfin licenciés et dispersés ; on a mis des gardes aux portes et aux principaux endroits de la ville ; on s'est emparé militairement de la poste aux lettres, de toutes les imprimeries, surtout de celle de notre chambre apostolique et de la propagande ; on nous a encore enlevé la faculté de faire imprimer l'expression de nos volonté set celle de proclamer nos ordres. L'administration et la justice publique ont été troublées et arrêtées. Sollicités par la fraude, parla ruse , par toutes sortes d'artifices à former ce qu'on appelle des gardes nationales , nos sujets sont devenus rebelles

envers leur légitime souverain. Les plu* audacieux et |es plus corrompus d'entre eux., portant la cocarde tricolore française et italienne , et protégés par ce signe de la révolte comme par un bouclier, se sont répandus de tous cotés, tantôt en troupes , tantôt seuls , et se sont portés à tous les excès contre les ministres de l'église , contre le gouvernement , contre tous les gens de bien , soit qu ils en eussent Tordre ou la permission tacite. On a commencé , malgré nos réclamations , à imprimer dans Home , et à répandre dans le public et dans l'étranger, des journaux, ou comme on dit, des feuilles périodiques, pleines d injures, de sarcasmes, même de calomnies contre la puissance et la dignité pontificale ; quelques déclarations de notre partou signées de notre main ou par notre ministre, et affichées par notre ordre aux lieux accoutumés, en ont été arrachées parles plus vils satellites, mises en pièces et foulées aux pieds, malgré l'indignation et les gémissemens de tous les hommes de bien. Des jeunes gens imprudens et d'autres citoyens ont été invités , élus et inscrits dans des conventicules suspects, prohibes avec la plus grande sévérité par les lois civiles et ecclésiastiques , même sous peine d'excommunication par nos prédécesseurs Clément XII et Benoit XIV ; plusieurs de nos ministres et officiers , tantde Rome que des provinces, hommes de la plus grande intégrité et fidélité , ont été on vexés ou

jetés en prison . on exilés an loin. On a fait à main armée des recherches de papiers , ainsi que d'écrits de tout genre dans les bureaux des magistrats del'Etat pontifical, sans exception , et jusque dans le cabinet de notre premier ministre : trois fois nous avons remplacé notre premier ministre secrétaire d'Etat ; trois fois il a été enlevé de notre propre palais avec violence ; enfin la plupart des cardinaux de la sainteéglise romaine qui restaient près de nous, comme nos coopérateurs , ont été à main armée , arrachés de notre sein et déportés au loin.

Toutes ces choses , et d autres attentats non moins indignes et audacieux , exécutés au mépris de tout droit divin et humain , sont si connus du public, qu'il est inutile de les retracer et de les énumérer. Et nous n'avons pas négligé , conformément aux devoirs de notre place , de faire de vives représentations sur chacun de ces actes , afin de ne jamais paraître y avoir connivé ou donné notre assentiment. Ainsi déjeà dépouillés de presque tout l'éclat de notre dignité, et des soutiens de notre autorité, et privés de tous les secours nécessaires pour remplir les fonctions de notre ministère, et surtout partager notre sollicitude entre toutes les églises, et enfin accablés, opprimés, tourmentés par tous les genres de terreur, d'injures, et de vexation , et entravés chaque jour davantage dans l'exercice de notre double puissance temporelle et spirituelle, si nous en avons encore conservé jusqu'à ce moment

quelque ombre , quelque apparence , nous ne le devons , après le Dieu tout puissant dont la providence nous a donné tant de marques de protection, nous ne le devons qu'à notre fermeté , à ln prudence de nos officiers Ç comme à celle du clergé ; l'assujétissement de la puissance sncrée des évèques au pouvoir laïc, les violences de tous les genres faites à leurs consciences , et finalement leur expulsion de leurs propres sièges, leur déportation, et d'autres attentats sacrilèges de ce genre contre la liberté , les immunités et la doctrine de réglise,commis aussitôt dans nosltats, ainsi que dansles autres pays qui étaient tombés antérieurement au pouvoir de ce même gouvernement... Voilà, voilà les brillans gages, les monumens illustres de cet attachement merveilleux à la religion catholique , qu'il ne cesse pas même encore aujourd'hui de vanter et de promettre!

Pour nous, depuis long-temps abreuvés de tant d'amertumes par ceux- mêmes dont nous devions moins les attendre, et tourmentés de toute manière, nous nous affligeons moins de notre sort présent que du sort futur de nos persécuteurs. Cependant si la colère du Seigneur s'est légèrement allumée contre nous , il se réconciliera de nouveau avec ses serviteurs. Mais celui qui a cherché à nuire à l'église, comment pourra-t-il éviter la main de Dieu ? Non Dieu n'exceptera personne, et il ne respectera la grandeur de qui que ce soit; car c'est lui qui a fait

le peut et le grand, et c'est au plus fort qu'est réservé • le plus fort châtiment. Et plût à Dieu que nous puissions, à quelque prix que ce fût, même à celuijde notre vie, détourner la perdition éternelle et opérer le salut de nos persécuteurs que nous avons toujours chéris, et que nous ne cesserons jamais d'aimer de tout notre cœur ! Plût à Dieu qu il nous fût permis de ne jamais nous départir de cet esprit de charité et de douceur que la nature nous a donné , et que notre volonté a mis en pratique ; et que nous puissions à l'avenir, comme nous l'avons fait jusqu'ici , nous abstenir d'employer la verge qui nous a été donnée en même temps que la garde de tout le trou» peau de Jésus-Christ, dans la personne du bienheureux Saint Pierre , par le prince des pasteurs, pour la correction des brebis égarées et obstinées , et pour l'exemple et la terreur salutaire des autres.

Mais le moment de l'indulgence est passé. Certes il n'y a que ceux qui veulent être aveugles qui puissent ne pas voir où tendent des attentats aussi nombreux, et quel en sera le résultat , si on n'y met opposition à temps, de la manière qu'il est possible de le faire. D'un autre côté , il n'est personne qui ne voie qu'il ne reste absolument plus d'espérances que leurs auteurs puissent être fléchis par les représentations x }es conseils, les prières , ni les supplications /ni devenir plus favorables à l'église. Us ne laissent plus d'accès à ces moyens j ils y sont sourdâ^ ils n'y répondent

qu'en accumulant injures sur injures. Il ne peut plus se faire qu'ils prêtent l'oreille et qu'ils obéissent à l'église comme des enfans à une tendre mère, et comme des disciples à leurs maîtres, ces mêmes hommes qui ne méditent rien , qui ne font rien , qui n'entreprennent rien si ce n'est pour se l'asservir comme une servante ù son maître , et pour la renverser ensuite de fond en comble.

Que nous reste-t il donc maintenant à faire si nous voulons ne pas encourir le reproche de négligence et d'inertie , et peut-être même celui d avoir déserté honteusement la cause de Dieu! Que nous reste t-il à faire, disons-nous, si ce n'est de faire taire toute considération humaine , d'abjurer toute prudence de la chair , et de mettre à exécution ce précepte de l'Evangile: « Que celui qui n'écoute pas l'Eglise, soit pour toi comme le payen et le publicain. ( Matth , XV1I1. ) Qu'ils apprennent encore une fois qu'ils sont soumis par la loi de Jésus Christ à notre trône et à notre commandement. Car nous exerçons, aussi , nous, une souveraineté « et une souveraineté bien plus noble; à moins qu'il ne faille dire que l'esprit doive céder à la chair et les choses du ciel à la terre. » ( Saint Grég. de Naz. or. XVII ad rnaur.) Tant de grands pontifes, illustrés par leur doctrine et leur sainteté , en sont venus autrefois à ces extrémités pour défendre ainsi la cause de l'église contre des Rois et des Princes endurcis, tantôt pour

l'un, tantôt pour l'autre de ces crimes que les saints canons frappent d'ana thème ! Craindrons-nous donc de suivre leur exemple, après des forfaits si nombreux , si énormes , si atroces , si sacrilèges , si connus partout, si manifestes aux yeux de l'univers'. N'avons nous pas bien plus à redouter d'être accusés avec raison de l'avoir fait trop tard , au lieu de l'avoirfait témérairement et avec précipitation! surtout lorsque parce dernier attentat , le plus grave de tous ceux qu'on ait commis jusqu'ici contre notre souveraintté temporel!e, nous sommes avertis qu'il ne nous sera plus libre désormais de remplir ce devoir si important et ri nécessaire de notre ministère !

C'est pourquoi , par l'autorité du Dieu tout puissant, par celle des saints apôtres Saint Pierre et Saint Paul . et par la. notre , nous déclarons que tous ceux qui, après l'invasion de cette ville et des Etats ecclésiastiques, après la violation sacrilège du patrimoine du bienheureux Saint Pierre, prince des apôtres, commise par les troupes françaises (attentats qui ont excité nos justes plaintes dans les deux allocutions consistoriales déjà mentionnées ainsi que dans plusieurs protestations et réclamations qui ont été publiées par notre ordre) ont agi dans ladite ville et dans les provinces de l'Etat de l'Eglise contre les immunités ecclésiastiques et les droits temporels de l'Eglise et du saintsiége, nous déclarons, disons-nous, que ceux qui ont commis quelques un de ces atten-

( tyô ')

tnts, ou qui les ont ordonnés, favorises , conseillés , ou y ont adhéré, rinsi que ceux qui les ont t'ait exécuter, ou qui ont servi eux-mêmes à les exécuter , ont encouru l'excommunication majeure, et les autres censures et peines ecclésiastiques fulminées par les canons sacrés, par les constitutions apostoliques , et les décrets des conciles généraux , notamment par celui de Trente, fsess. XX II, cap. X/., de réforme.) (i)et se

(i) Concile de Trente, Session 11 , Chapitre onzième.

Si quelque ecclésiastique , ou laïque de quelque digni té qu'il soir, fût- il même Empereur ou Roi, a le cœur assez rempli d «-narice qui est la racine de tous les maux, pour oser convertir à son propre usage et usurper par soi-même, ou par autrui, par force, ou par menaces , même par le moyen de personnes interposées soit ecclésiastiques soit laïques, par quelque artifice, et sous quelque couleur et prétexte que ce puisse être , les ju- 1 isdictions, biens, cens, et droits même féodaux et ainphilhéotiques , les fruits , émolumens , et quelques revenus que ce soit, de quelqu'église , ou quelque bénéfice séculier ou régulier , monts de piété et de quelques autres lieux de dévotion que ce puisse être qui doivent être employés aux nécessités des pauvres et de ceux qui desservent; ou pour empêcher par les mêmes voies que les dits biens ne soient perçus par ceux auxquels de droit ils appartiennent : qu'il soit soumis à l'anatlième, jusqu'à ce qu'il ait entièrement rendu et restitué à l'église et «à

besoin est, nous les excommunions et les anathématisons de nouveau , et déclarons qu'ils ont également encouru la perte de tous privilèges quelconques, grâces et induits qui leur ont été accordés , de quelque manière que ce soit , tant par nous que par les pontifes Romains nos prédécesseurs; et qu'ils ne pourront être absous et libérés des censures ainsi encourues par qui que ce soit , si non par nous , ou par le pontife Romain existant dans le temps (excepté à l'article de la mort , et alors en retombant sous le poids des mêmes censures aussitôt qu'ils seront hors de danger) et de plus, les déclarons inhabiles et incapables d'obtenir le bénéfice de l'absolution, jusqu'à ce qu'ils aient rétracté publiquement, révoqué, cassé et aboli tous les effets quelconques de leurs attentats, et jusqu'à ce qu ils aient rétabli pleinement et efficacement toutes choses dans leur ancien état ; et qu'ils aient d'ailleurs fait à l'Eglise, à nous, et au saint siège , la juste satisfaction qu'ils nous doivent sur les chefs cidessus énoncés. C'est pourquoi, par les présentes, nous ordonnons pareillement que tous ceux déjà

s-on administrateur, ou au bénéficier, les dites jurisdictions, biens, effets, droits, fruits et revenus, dont il se sera emparé ou qui lui seront avenus, de quelque manière que ce soit, même par donation de personne supposée ; et qu'il en ait ensuite obtenu l'absolution du souverain pontife.

mentionnés, même ceux qui méritent une mention spéciale , et leurs successeurs en office , ne pourront jamais, sous aucun prétexte quelconque, se croire exempts et dispensés de rétracter, révoquer, casser et annuler tous leurs attentats ; ni de satisfaire réellement et effectivement au préalable et comme il convient, à l'Eglise, au saint-siège et à nous; nous voulons au contraire que pour le présent et pour l'avenir cette obligation conserve sa force, si jamais ils veulent obtenir le bénéfice de l'absolution.

Cependant lorsque nous sommes obligés de tirer ainsi du fourreau le glaive de la sévérité de l'Eglise, nous n'oublions pas que nous tenons sur la terre, quelqu'indigne que nous en soyons , la place de celui qui , même lorsqu'il exerce sa justice , n'oublie pas de pardonner ; c'est pourquoi nous commandons et ordonnons , d'abord à nos sujets , puis à tous les peuples chrétiens, en vertu de la sainte obéissance , que personne, à l'occasion ou sous le prétexte de nos présentes lettres apostoliques , ne présume apporter dommage , injure , préjudice, ou tort quelconque aux biens , aux droits, aux prérogatives , de ceux contre qui les présentes lettres sont dirigées,, car en les punissant du genre de peine que Dieu a mis en notre pouvoir , et en vengeant tant et de si graves injures faites à Dieu et à la sainte Eglise, nous nous proposons , par dessus tout , que ceux qui nous tourmentent maintenant , se convertissent,

et de même soient couronnés avec nous ( St. Ausr. in ps. 54., l.)> Sl heureusement Dieu leur accorde la pénitence; afin de connaître la vérité. ( 1 1 ad ïim. , cap. 11, v. 25).

C'est pourquoi , devant nos mains au ciel dans l'humilité de notre cœur , tandis que nous remettons et recommandons à Dieu la juste cause que nous défendons, qui est plutôt la sienne que la notre, et tandis que nous confessons qu'avec le secours de sa grâce , nous sommes prêts à boire jusqu'à la lie , pour la cause de son Eglise , le calice qu'il a daigné boire le premier pour elle , nous le prions et le conjurons par les entrailles de sa miséricorde , de ne point mépriser ni rejeter les oraisons et les prières que nous faisons jour et nuit pour leur repentir et leur salut. Qu'il sera beau et consolant pour nous le jour où nous verrons, par la grâce de la miséricorde divine , les mêmes enfans qui nous causent aujourd'hui tant de douleurs et de tribulations, se réfugier dans notre sein paternel, et s'empresser de revenir au bercail.

Nous voulons que les présentes lettres apostoliques et toutes les choses qu'elles contiennent , ne puissent, en aucun temps eut» attaquées, combattues, ( même sous le prétexte que ceux qui y sont désignés et tous ceux qui ont , ou prétendent avoir intérêt au contenu desdites lettres ,J en quelque manière que ce soit, de quelque état, grade, ordre, préé-

minence et dignité qu'elles puissent être , ou quelque dignes d'ailleurs qu'on les suppose d'une mention ou dénomination spécifique et individuelle, n'y auraient pas consenti ; ou quay »nt été appelés, cités et entendus , ils n'auraient pas été suffisamment convaincus de la vérité et de la justice de la cause pour laquelle les présentes ont été rendues; ou pour tout autre cause, couleur ou prétexte que ce soit.) Ces mêmes lettres ne pourront, en aucun temps, être considérées comme entachées du vice de subreption, d'obreption, de nullité, de défaut d intention de notre part ou de défaut de consentement des personnes qui y sont intéressées, ni de tout autre défaut quelconque; et sous ce prétexte elles ne pourront être attaquées, annulées, rétractées, mises en controverse ou réduites aux termes de droit; et l'on ne pourra alléguer contre elles, ni le droit de réclamation verbale, ni celui de restitution en entier dans son premier état, ni tout autre remède de droit, de fait, ou de grâce ; ou que ce remède après avoir été sollicité, ayant été accordé, ou étant émané même de notre propre mouvement, science et pleine puissance, il ne puissse servir d'aucune manière à qui que ce soit en jugement ou hors de jugement : mais décrétons, que ces présentes lettres doivent toujours demeurer fermes, valides et efficaces, avoir et obtenir leur plein et entier effet , et être inviolablement et inébranlablement observées

par tous ceux ceux qu elles concernent et pendant tout le temps qu elles les concerneront : et qu'elles doivent être ainsi et non autrement jugées soit par les juges ordinaires, soit par les juges délégués, même parles auditeurs des causes du palais apostolique et les cardinaux de la sainte €>glise romaine ? même les légats à latere et les nonces du saint-siége et tous autres quelconques qui jouissent et jouiron^ de quelque prééminence et puissance que ce soit^ leur ôtant à eux, et à chacun d'eux, la faculté et l'autorité de les juger et de les interpréter différemment; déclarant finalement nul et non avenu tout ce qui pourrait être fait et tenté contre elles, sciemment ou par ignorance, de la part de quelque autorité que ce soit.

Et malgré ce que dessus; et, en tant que de besoin , nonobstant notre règle, et celles de la chancellerie apostolique sur la conservation des droits acquis , et les autres constitutions et ordonnances apostoliques, et tous les autres statuts et coutumes corroborés par serment, autorisation apostolique, ou toute autre confirmation ; nonobstant tous usages et styles même immémoriaux, tous privilèges, induits, lettres apostoliques publiées précédemment, et accordées à toutes autres personnes quelconques , de quelque haute dignité ecclésiastique ou séculière qu'elles puissent être revêtues, et quelque qualification qu'elles puissent avoir, et quand même elles '

prétendraient avoir besoin d'une désignation expresse et spéciale , sous quelque teneur et forme que ce soit; nonobstant encore toute autre cause dérogatoire, insolite, et irritante, et tous autres décrets qui sembleraient émanés du propre mouvement, ' science certaine , et pleine puissance, soit en consistoire, soit de toute autre manière, et qui serait en opposition à ce qui est énoncé ci-dessus, quand même ils auraient été rendus publics et réitérés plusieurs fois, et quelque nombre de fois qu'ils puissent avoir été approuvés, confirmés et renouvelés; nous déclarons que nous dérogeons par ces présentes, d'une façon expresse et spéciale, et pour cette fois seulement, à ces constitutions, clauses, coutumes, privilèges, induits et actes quelconques, et nous entendons qu'il y soit dérogé, quoique ces actes ou quelques-uns d'eux n'aient pas été insérés ou spécifiés expressément dans les présentes, quelque dignes qu'on les suppose d'une mention spéciale, expresse et individuelle, ou d une forme particulière en pareil cas. Voulant que les présentes aient lu même force, que si la teneur des constitutions à supprimer, et celle des clauses spéciales à observer y étaient nommément et de mot à mot exprimées, et qu'elles obtiennent leur plein et entier effet, nonobstant toutes eboses à ce contraire ; et comme ces présentes lettres ne peuvent être publiées en sûreté partout, et principalement dans les lieux où il

serait plus nécessaire qu'elles le fussent, ainsi qu'il conste notoirement, nous voulons que ces lettres? ou leurs exemplaires , soient affichés et publiés aux portes de l'église deLatran,et delaBasilique du prince des apôtres , ainsi qua la chancellerie apostolique et dans la grande cour au mont Gitorio , et à l'entrée du Champ-de-Flore de celte ville , comme il est d'usage ; et qu'étant ainsi affichées et publiées, elles fussent loi pour tous et chacun de ceux qu'elles concernent, comme si elles étaient intimées à chacun d'eux nominalement et personnellement,

Voulons de plus qu'à des copies transcrites ou imprimées des présentes lettres, signées par quelques notaires publics et munies du sceau de quelques personnes constituées en dignité ecclésiastique, foi soit ajoutée en tous lieux et dans tous les pays , soit en jugement soit ailleurs, ainsi qu'à l'original.

Donné à Rome, près Sainte-^VIarie-Majeure, sous 'anneau du pêcheur , le dix juin dix-huit cent neuf, 'an dix de notre pontificat.

Signé y Pie vu , pape.

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