‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 7 sur 63 · I.KS OiJATHK PILÎ.E3 DO* DOCTEUR MAMSCII · texte numérisé non relu

I.KS OiJATHK PILÎ.E3 DO* DOCTEUR MAMSCII

moi, et, en revenant, nous nous contenterons de pain et de lait pour notre déjeuner.

— Bravo! dit Jo. le jeune ne sera p;is complet. »

Elles furent bientôt, prêtes et partiront en procession. La matinée n'était pas avancée; elles prirent une rue e mi fréquentée et ne rencontrèrent personne qui eût pu rire du drôle d'air qu'elles a\ aient eu portant chacune des plats et des paniers.

Elles armèrent bientôt dans une pauvre chambre délabrée. Les vitres des fenêtres éi aient cassées: il n'y avait pas de feu; on avait couvert les lits tant bien que mal. La mère était malade, le plus petit enfant pleurait, et les autres, paies et alfamés. étaient pelotonnés sous une vieille couverture afin d'avoir moins froid. Les yeux s'ouvrirent tout grands, et les lèvres bleuies par le froid se mirent à sourire quand les pet ites filles entrèrent..

« Âb ! Seigneur, ce sont les anges qui viennent nous visiter! s'écria la pauvre femme en les voyant

entrer;

— I)i i drôles d'anges, des anges gelés, en eapuc'i mis et en mitaines! » murmura Jo.

Cette observation égaya jusqu'à la malade.

Quelques moments après, on aurait dit que de bons l sprits avaient réellement passé là. Hannah avait fait du feu avec le bois qu'elle avait apporté, et était parvenue à fermer au froid rentrée de la chambre, en

collaul du papier devant le- canv.uiv cassés. M" 1 " .Marscll avait donné du thé et du gruau à la pauvre femme, et ton! eu soignant le petit enfant aussi tendrement que s'il eut été |c sien, elle consolait sa mère, lui promettant des secours de toute sorte. Pendant ce temps-là les quatre jeunes lille< a\ aient fait asseoir les petits

enfants autour du feu et leur donnaient ia becquée

cf>ï)i me à de petits oiseaux affamés, tout en riant e!

en babillant.

« C'est bon des anges! » disaient les petits en mangeant et en présentant au feu In us mains rougies par le Froid. Les quatre sœurs n'avaient jamais été appelée, des anges, et cela leur paraissait très agréable à toutes, mais suri ml à. Jo, qui, dans son enfance, avait someiii reçu le sobriquet de petit diable ; aussi, quoiqu'elles n'eussent rien gardé pour elles d'un seul de leurs mets J'auiris, je suis sur que, lorsqu'elles partirent en laissant k pauvre l'amille consolée, il n'y avait pas, dans toute la ville, un seul entant aussi gai qu'elles. La perspective de se cnnmmer de pain et de lait pour le joui" de \oel ne les attristait nullement.

« Ç'est là ce qui s'appelle aimei' mieux sou prochain que soi-même! dit Ueg; je suis contente (pie maman nousail donné l'occasion d'appliquer ce beau présente, 0

Mais déjà elles arrivaient à la maison, et personne ne lui répondit, parce que tout le monde éiaii de soi] a\ is.

Pendant que M' ne Marsch était occupée à chercher des h;il)its pour la famille Ifummel, ses enfants se bâtèrent de poser sur la table les présents qu'elles lui destinaient, C'était bien peu de chose ; mais il 1

avait, beaicmp d'affection et d'abnégation dans ces

quelques petits paquols-là, et le gros bnuquel de l'oses rouges et de chrysanthèmes blanc.. qu'elle mirent au milieu de h table, donnait à la chaxkjîre tout entière un air de fête.

« J'entends maman. Commencez, Beth ! \mv, ouvrez la porte! Vite, Meg! s'écria Jo; allons, trois 'hourrahs pour maman ! »

Amy ouvrit la porte; Bel h joua, en guise de marche, un ravissant morceau de Mozart, et Ùeg conduisit sa

24 LES QUATRE FILLES DU DOCTEUR MARsT.ir.

mère à la place d'honneur. M :!l1 ' Marsch fut surprise et touchée, eî des larmes brillèrent dans ses veux lorsqu'elle examina ses cadeaux el lut les petits billets qui les accompagnaient. Elle mit iminédiaffiuoni ses panloulles, versa quelques gouttes d'eau de Cologne sur un des mouchoirs de Bel h, attacha la rose à sa ceinture et dit que ses jolis gants lui allaient parfaitement. Puis vinrent beaucoup de baisers, de rires, avec accompagnement de toutes ces explications qui rendent les fêtes de famille si agréables dans le moment et si douces à se rappeler plus tard.

L'expédition charitable du matin et leur déjeuner retardé Imir prirent tant de temps, que le reste de la jonrni fut donné au\ prépar.ii du drame do .h», qui devait être joué le soir. Elles étaient trop jeunes pour aller au spectacle et pas assez riches pour dépenser beaucoup d'argent à leurs amusements; mais, comme la nécessité est mère de l'industrie, elles pourvoyaient elles-mêmes atout ce qui leur manquait et y réussissaient souvent fort bien. Ce jour-là, elles avaient, pour leur représentation, des guitares en carton, des lampes antifines, faites avec de vieux pots à beurre recouverts de papier d'argent, de vieilles robesétincelantes tic paillettes d'or et des boucliers en papier imitant l'acier.

Aucun (jenlleinan n'était, admis dans la troupe; aussi Jo, à son grand plaisir, jouait les rôles d'homme. Elle éprouvait un plaisir immense à mettre les bottes de peau roussàtre que lui avait données une cle ses amies, laquelle les tenait d'une dame qui connaissait un peintre qui avait de tout dans son atelier. Ces bottes, un vieux Heure! et un pourpoint déchiré étaient les principaux trésors de jo, qui ne s'en servait que clans les grandes occasions. Le nombre des acteurs étant très limité. Me"et Jo jouaient a la fois les rôles de plusieurs personnages,

UX JOYEUX xnfX

et elles mentaient certainement rinckiïgenre du public, tant pour le travail que leur avait donné l'arrangement

du théâtre que pour la peine qu'elles prenaient de remplir trois ou quatre rôles on il ("allait changer de costume à tout instant. C'était un excellent exercice de mémoire et un amusement innocent. Il remplissait un certain nombre d'heures qui, sans cela, auraient été inoccupées ou employées moins utilement.

Le soir dont nous parlons, un public de choix, composé de plus d'une douzaine de petites filles du voisinage, dans un étal d'impatience très ilatteur pour les artistes, était assis devant le rideau d'indienne bleue et jaune qui cachait la scène. On entendait beaucoup do chuchotements et de frôlements de robes ? derrière le rideau: tout à coup on sentit fortement la fumée, et on entendit Amy pousser des éclats do rire nerveux ; puis succédèrent les trois coups traditionnels. Le rideau fut tiré et le spectacle commença.

L'unique programme qui avait été distribué apprenait aux spectateurs que les quelques pots de (leurs qui étaient éparpillés sur le théâtre et la serge verte qui couvrait le parquet représentaient une sombre forêt. Dans le lointain, on apercevait une caverne formée par des tréteaux, surlesquelson avait posé une planche et dans laquelle était, un petit fourneau tout rouge, qui faisait le plus bel effet au milieu de l'obscurité du théâtre. Une vieille sorcière était penchée sur une marmite noire posée sur le fourneau, et l'admirai ion des spectateurs fut à son comble lorsque la. sorcière axant levé le couvercle du pot, un nuage de vapeur emplit la caverne.

ii \ oui, nu in!er\at!e de ou'-lquos minutes pour laisser aux spectateurs le soin de se calmer et à la sorcière celui de tousser et même d'élernuer; puis,

2fl r.KS QUATRE FIIJ.ES DU DOCTEUR MARSHII.

Hugo, le scélérat de la pièce, parut enveloppé d'un grand manteau, chaussé des fameuses bottes, et ayant un chapeau rabattu sur les yeux, de manière à ne presque rien laisser voir de sa figure qu'une épaisse barbe noire.

Mi l; sortit alors de la caverne. Elle avait une longue robe rouge et noire et un manteau couvert de signes cabalistiques; de longs cheveux gris tombaient sur sa figure et elle tenait à la main une baguette qui pouvait passer pour un bâton.

On entendît alors une douce musique, et on vit apparaître derrière la caverne une jolie jeune fée enveloppée d'un nuage de mousseline; elle avait des ailes de papillon, et une guirlande de roses était posée sur ses cheveux dorés. Elle chanta, en remuant sa baguette, un couplet dont, voici le sens, adressé à Hugo:

« Et, jetant aux pieds de la sorcière un petit flacon doré, l'esprit disparut. »

Nous ne raconterons pas l'étonnant drame de Jo; il défie l'analyse, et nous nous bornerons à dire que le tyran, le traître et la sorcière sont rudement punis à la fin des méfaits qu'ils ont commis pendant les quatre premiers actes, et qu'au cinquième, les deux jeunes personnages les plus intéressants de la pièce, après avoir, grâce à la fée, renversé tous les obstacles qui s'oppi >saient à leur union, finissent par se marier.

Le rideau tomba sur les liancés agenouillés dans les poses les plus gracieuses pour remercier Dieu de leur bonheur.

De tumultueux applaudissements se liront entendre,

qui récompensèrent à bon droit Jo, l'auteur, et les artistes qui avaient si puissamment aidé au succès de fa Caserne de la Sorcière; mais ils furent arrêtés d'une manière complètement imprévue, car les draperies qui

UX JOYIU'X NOÏ-L

formaient les loges tombèrent tout à coup sur l'auditoire, qui disparut subitement à. tous les \eu\. Les acteurs volèrent au secours des spectateurs. Tous lurent retirés sains et saufs du filet qui les enveloppai : mais ils riaient tellement qu'ils ne pouvaienl plus parler. 1 /agitation était à peine calmée lorsque parut Hannah disant : » M 11 "' Marsch envoie ses félicitations à ces dames et leur demande si elles veulent descendre pour souper. »

Lorsqu'elles arrivèrent dans la salle à manger, elles se regardèrent étonnées et ravies. ( Tel ait bien 1 habitude de leur mère de leur procurer des plaisirs ; mais, depuis qu'elles n'étaient plus riches, elles n'avaient rien VU d'aussi beau (pie ce qui était devant elles. Il y avait des sandwichs en abondance, deux fromages glacés, nui blanc et l'autre rose, des gâteaux de toutes dimensions, des fruits, de charmants bonbons, et, au milieu de la table, quatre gros bouquets de Ileurs de serre. IMdemmeut très inlriimées de {-es raffinements! inaecou- 1umés. h 1 -; quatre sœurs, tout interdites, ne pou\aieut

en croire leurs yeux. Elles regardaient leur mère, puis

Ja table, d un air qui paraissait amuser beaucoup

M""* Marseft*

« Est-ce qu'il v a encore des fées? demanda Àrnv.

— C'est le petit Noël, dit IJttb.

— Le petit Noël pourrait bien être mère elle-même! » dit Mes.

\.i Meg sourit à sa maman de la manière la plus charmante, malgré sa barbe grise et ses cheveux blancs.

« Tante Marsch aura eu un bon mouvement et nous aura envoyé tout, cela! s'écria Jo, subitement inspirée.

— Rien de tout cela ; c'est le \ ieux monsieur Laurentz, répondit M me Marsch.

— Le grand-père du petit Laurentz! s'écria Meg.

Qui est-ce qui a pu lui mettre cette idée-là dans la tète? Nous ne le connaissons pas.

■ — Ilannali a raconté notre course de ce malin à un de ses domestiques ; cela a plu au vieux monsieur, qui est tris original. Ayant connu mon mari autrefois, il m'a envoyé, cette après-midi, un billet très poli pour me dire qu'il espérait que je lui permettrais d'exprimer son amitié pour mes enfants, en leur envoyant quelques bagatelles en l'honneur de Noël. Je n'ai pas cru devoir refuser, et c'est ainsi que vous a\ ez une si jolie fête ce soir, pour compenser le pain et le lait de votre déjeuner.

— (l'est son petit-fils qui le lui a mis dans la tête, j'en suis sure, dit Jo, comme la glace commençait à disparaître dans la bouche des convives avec des oh ! et des ah ! de satisfaction. Il paraît très gentil, et je voudrais bien le connaître ; il a l'air d'en avoir bien envie aussi; mais il est, ou timide ou lier, et Meg ne veut pas nous permettre d'entrer en conversation avec lui quand nous le rencontrons.

— Voih parlez des personnes qui habitent ia grande maison voisine cle la vôtre, n'est-ce pas? demanda une des petites invitées. Maman connaît le vieux monsieur ; 1 1 1 i i t s elle dit qu'il est très hautain et ne veut voir personne. Il ne laisse sortir son petit-fils que pour se promener avec son précepteur, ou monter à cheval; on le fait horriblement travailler. Nous l'avons invité une fois, mais il n'est pas venu. Maman dit qu'il est très aimable, quoiqu'il ne parle jamais aux jeunes filles.

— I u j"ur, notre chat s'est sauvé, c'est lui qui nous l'a ramené, et nous avons causé ensemble par-dessus la haie; nous nous amusions beaucoup à parler de jeux et de nu il- -s sortes de choses, lorsque Meg est arrivée, et il est parti. Je veux arriver à le connaître, car il a besoin de gaieté, j'en suis sure! dit Jo d'un ton décidé.

Page 1