Les quatre gammes diatoniques de la tonalité moderne
m admet g’énéralement, en musique, deux modes : P Le mode majeur, représenté par la gamme majeure, qui contient les intervalles de tierce et sixte majeures, dont le premier, celui de la tierce majeure est essentiel et indispensable à la formation de cette gamme ;
2^ Le mode mineur, représenté par la gamme mineure, qui comprend les intervalles de tierce et sixte mineures, et de septième majeure, et dans laquelle la tierce mineure est Tinter valle caractéristique du mode. Outre cette gamme mineure^ appeleé harmonique (surtout en usage en France), il en est une autre avec tierce mineure, sixte et septième majeures en montant, et tierce, sixte et septième mineures en descendant, qiTon appelle : gamme mineure mélodique, dénomination que je propose de changer en celle de gamme semimineure, puisque dans la première moitié elle est identique à la gamme mineure, et dans la seconde elle ressemble à la gamme majeure.
A ces modes il faut en ajouter un autre^ coni2)rîs également dans la tonalité moderne ; il est dit, i)ar le savant prof. Abraham BaseviA) mode moyen, et par les professeurs Selmar Bagge et Maurice Haûjjtmann : Moll~Dur TonaH : mode mineur -majeur ; ce qui est, à mon sens tout aussi impropre que si l’on donnait à une couleur le nom de noir-blanc; Maurice Hauptmann avoue en effet qu’on n’a pas encore donné à ce nouveau mode son vrai nom, et dans son livre: Die Lehre von der Harmonik, il ajoute : « J’ai appelé « ce mode, mineur-majeur dans mon traité Die Na- « tur der Harmonik und Metrik, nom, qui cédera « volontiers sa place, dès qu’il en sera proposé un « meilleur. »
Je propose d’appeler ce mode : mode semimajeup, représenté par la gamme semimajeure, avec tierce majeure et sixte mineure. (En descendant on peut, si l’on veut, substituer la septième mineure, à la majeure).
J’ai adopté pour cette gamme, le nom de semimajeupe, parce qu’identique à la gamme majeure dans
*) Abramo Kasevi, Studi sidV Ai'monia^ Firenze, G. G. Giiidi, 1805, pag-, 5.
2) Selmar Bagge. Lehvbuch der Tonkunst, cder Allgemeine Musihlehre. Leipzig, Breitkopf und Hartel, 1873, pag. 33.
3) Moritz Hauptmann. Natur der Harmonik mid Metrik. Breitkopf und Hartel, pag. 30.
sa première moitié elle ressemble à la g’amme mineure pour le reste, qu’en outre elle a en commun avec le majeur Y accord 'parfait majeur sur la tonique j et m’en diffère que parce qu’elle a sur la quatrmnej V accord parfait mineur.
On rencontre en musique des mélodies, qui appartiennent au mode seniimajeur, et Selmar Bag*g-e dit à ce sujet: ce mode (qu’il appelle comme j’ai déjà dit, mineur-majeuy) n’est pas assez décidé et satisfaisant pour servir de base à toute une composition musicale, à cause de son penchant naturel, à se résoudre dans un autre mode plus prononcé, comme le mode majeur ou le mineur; pourtant on le rencontre si souvent en musique, dans des mélodies séparées et dans certains passages, ({u’il faut lui reconnaître une certaine importance.
Le prof. Basevi nous assure que, ce ynode (qu’il appelle moyen) lui semble avoir la même légitimité que les autres, puisqu’il peut très-bien servir à donner à la musique, une nuance différente de celles du mode majeur et du mode mineur.
On a depuis longtemps fait usage, dans la composition musicale, des accords de ces cjuatre gammes, seulement personne, que je sache, n’à proposé jusqu’à présent, Y étude de la gamme semimajeure qui.
à mon idée, ne serait pas entièrement inutile, surtout sur le pia7io.
Je propose donc, aux artistes et aux dilettanti, d’accorder à la gamète semhnajeure les droits concédés depuis longtemps, aux trois autres gammes^ dans la certitude que la nouvelle venue saura bientôt, par ses services, se rendre cosmopolite aussi bien que ses aînées, d’autant plus que cette gamme, qui n’est pas du tout désagréable à l’oreille, est assez facile à exécuter sur les divers instruments, et ne présente pas, pour le chant, plus de difficulté que la gamme mineure.
« Mais, me demandera-t-on, « comment marque-t- « on à la clef le mode semimajeur »> A quoi je réponds : Ainsi que l’on marque le mode semimineur ou le mineur avec les mêmes accidents que leur majeur parallèle ou relatif, de la môme manière l’on marquera le mode semimajeur avec les mêmes accidents que le majeur dont il dérive.
Mais quelle utilité apportera Vétude des gammes semimajeures
D'abord ce sera un très-bon exercise pour les personnes qui apprennent le piano grâce à une certaine difficulté d’exécution, que preséntent quelques unes d’entre elles; ensuite elle offrira, à mon idée, les me-
mes avantages que l’étude des autres gammes majevreSj mineures et sémimineures lesquelles constituent avec les gammes semimajeures, \ essence de la tonalité moderne.
Nous avons donc en musique : ([uatre gammes diatoniques tgpi(jueSj c’est à dire :
V La gamme majeure (Dur~Tonleiter, major scalo, scala maggiore) :
Ut, Re, Mi, Fa, Sol, La, Si, Ut.
2"" La gamme semimqjeure (Halbdur, semidur^ Tonleiter; semimajor, lialf major scale; scala semimaggiore) : '
Ut. Re, Mi, Fa, Sol, La^ Si, Ut ; en descendant le môme, ou bien :
Ut, Si^', La^ Sol, Fa, Mi, Re, Ut.
;U La gamme mineure (Moll-Tonleiter, minor scale, scala minore):
Ut, Re, Mi^ Fa, Sol, La’’, Si, Ut.
4® La gamme semiminenre (Halbmoll, semi-moll, Tonleiter; semi-minor, half minor scale; scala semiminore) :
En montant: Ut, Re, MU, Fa, Sol, La, Si, Ut.
En descendant : Ut, SU, La^ Sol, Fa, Mi^ Re, Ut.
L’expérience m’a fait adopter, pour l’enseignement des gammes la disposition précédente; elle offre le
double avantag-e que l’élève les apprend plus facilement, et qu’il saisit mieux le rapport entre les différents modes, dont la relation lui apparait ainsi d’une manière plus méthodique.
Au tetracorde des Grecs, base alors unique de toute la musique, le moyen-âge a substitué Vexacorde; l’addition de la note sensible l’a transformé dans Yejptacorde moderne ou échelle diatonique ; 'il faut donc s’aKttendre à ce que notre système de tonalité subisse avec le temps, des-inodifications importantes, qui feront abandonner, du moins en partie, les anciennes dénominations des intervalles et la nomenclature musicale, maintenant en usage; en prenant pour base, par exemple, la gamme chromatique calculée selon le système de tempérament adopté pour accorder les instruments à intonation fixe.
Plusieurs savants musiciens ont essayé de résoudre ce problème, mais en vain, et il est réservé à l’avenir de nous révéler le nom de celui qui saura triompher de cette difficulté:
Florence, Janvier 1875.