‹ Les Quatre StuartsChapitre 10 sur 39 · AN · texte numérisé non relu

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Cromwell chasse de Wesiminster les membres du parlement,

gnais que mon silence ne donnât sujet à quelques-un5 de croire que je subis la faute comme

je fais le suppli-

ce; mais je crois

que pour m'acquiller envers Dieu et mon pays, je dois me

justifier comme

bon chrétien et

bon roi, et fina-

lement comme

homme de bien.

« Je commen-

cerai première-

ment par mon

innocence ; et en

vérité je crois

qu'il ne m'est pas nécessaire de vous entre- “tenir longtemps

sur cesujet.Tout le monde sait que je n'ai jamais commence la guerre avec

les deux cham-

bres du parle-

ment, et j'ap-

pelle Dieu à-16-

moin (auquel je

dois bientôt ren-

dre compte) que

je n'ai jamais

eu intention d’usurper sur leurs

priviléges ; au

contraireils con

mencèrent eux-

mêmes en se

saisissant des arsenaux; ils confessent qu'ils m'apparliennent, mais ils jugèrent qu’il élait nécessaire

« de me les ôter;

et pour le faire court, si quelqu'un veut regarder les dates des commissions de leurs députés et des miens comme des déclarations. il verra évidemment qu’ils ont commencé ces malheureux désordres, et non pas moi: de sorte que j'espère que Dieu vengera mon innocence... Non, je ne le veux pas! j'ai de la charité; à Dieu ne plaise que j'en impute la faute aux deux chambres du parlement; il n’est pas besoin ni de l’une ni de Pautre; j'espère qu’ils sont exempts de ce crime, car je crois que les

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mauvais ministres d’entre eux.et moi ont êté les causes principales de tout ce sang répandu. Tellement que, par manière de

parler, comme je m’en trouve exempt, j'espère (et prie Dieu

qu'ainsi soit) qu’ils le soient aussi. Néanmoins à Dieu ne plaise

que je sois si mauvais chrétien que jene-confesse que les juge-

ments de Dieu sont justes contre:moi ; car souventes fois il punit

justement par une injuste vengeance; cela se voit ordinaire-

ment. Je dirai seulement qu'un injuste arrêt (1) que j'ai souf-

fert ètre exécuté , est puni à présent par un autre injuste donné

Contre moi-même. Ce que j'ai dit jusqu'ici est « voir montinmocence.

pour vous faire

« Maintenant, pour vous faire voir que je suis un bon chrétien,

voilà un honnête homme (montrant au doigt le sieur Juxon),

lequel portera témoignage que j'ai pardonné à tout le monde, eten particulier à ceux qui sont auteurs de ma mort; quels y | sont, Dieu le sait; je prie Dieu de leur pardonner. Mais ce n’est pas tout; il faut que ma charité passe plus avant : je souhaite qu’ils se repentent; car véritablement ils ont commis un grand péché en celte occurrence. Je prie Dieu avec saint Étienne

qu'ils n’en reçoivent pas la punition; non-seulement céla, mais encore qu’ils puissent prendre la vraie voie d’établir Ja: paix dans le royaume; car la charité me recommande non-seulement de pardonner aux personnes particulières , mais aussi de

tâcher jusqu’à mon dernier soupir de mettre la‘paix dans le royaume.

« Ainsi, messieurs, je le souhaite de toute mon âme, et es- | « père qu’il ÿ a quelques-uns iei (2) qui le feront

loin; afin d'aider à la pacification du royaume, Me | « Maintenant , messieurs, il vous faut faire voir commevous | êtes en un mauvais chemin , et vous remettre en un meilleur. | Premièrement, pour vous montrer que vous vous détournez de la justice, je vous dirai que-tout ce que vous avez jamais | fait, à ce que j'en ai pu concevoir, a été par voie deconquête ; certainement c'est une fort mauvaise voie : car une conquête, messieurs, n’est jamais juste, s’il n’y a quelque bonne et légitime case, soit pour quelque tort recu, ou en ayant droit légitime; et alors si vous outrepassez cela, la première contes

tation que vous en avez rend votre cause injuste à la fin, quoiqu’elle fût juste au commencement; mais si ce n’ conquête ; c’est une grande volerie, un jour à Alexandre

est que par comme un pirate reprocha | qu'il était le grand voleur; et pour lui, | qu’il se contentait d’avoir le nom de petit. De sorte, messieurs, !

Messieurs, pour vous mettre en un bon chemin , Soyezassurés | que vous ne ferez jamais bien, et que Dieu ne vous assistera jamais, que vous ne donniez à Dieu ce qui appartient à Dieu , et au roi ce qui apparlient au roi (je veux dire à mes successeurs) et au peuple. Je suis autant pour le peuple qu'aucun de vous. Il vous faut donner à Dieu ce qui appartient à Dieu, en réglant son Église droitement (selon l'Écriture), laquelle est à présent en désordre. Pour vous en dire la voie en détail présentement, « je ne le puis faire; je vous dirai seulement qu’il serait bon

« d'assembler un synode national, où chacun pourrait disputer “avec toute liberté, et que les opinions qui paraîtraient évidem- «© ment bonnes fussent suivies.

© Quantau roï;en vérité, je ne veux pas... » Puis se tournant Vers un gentilhomme qui touchait la hache, dit: « Ne gèlez pas «la hache (3). Quant au roi, les lois du royaume vous en instrui- “ Sentclairement et partant, d'autant que cela me louche en € Particulier;jeme-vous en dis qu’un moi en passant. F: Pour le peuple, certainement je désire autant sa liberté et « franchise Que qui que ee soit; mais il faut que je vous dise « qu'elle consiste à être conservée par les lois, par lesquelles ils «soient assurés de leur vie. et dé: leurs biens : ce n’est pas qu'il

(1) L'arrêt de mort du eomte de Strafford.

(2) Se tournant vers quelques gentilshommes qui écrivaient ee qu’il disait. (3} Voulant dire. qu'il n’en gâtât pas-le tranchant.

. . : > ‘E que je trouve la voie que vous prenez fort mauvaise à présent, |

faille qu’ils aient part au gouvérnement, messieurs, cela ne leur appartient pas, Un souverain et un sujet sont bien différents Pun de l’autre, et partant jusques à ce que vous fassiez cela (je veux dire que vous melliez le peuple en cette sorte de liberté), certainement ils n'en auront jamais.

« Messieurs, c’est pour ce sujet que je suis ici. Si j’eusse voulu donner lieu à un arbitrage, afin de changer les lois suivant la puissance du glaive, j’eusse pu éviter ceci, et partantje vousdis: (et prie Dieu qu’il en détourne son châtiment de dessus vous } que je suis martyrisé pour le peuple.

« Véritablement, messieurs, je ne vous tiendrai pasplus longtemps; je vous dirai seulement que j'eusse bien pu demander quelque peu de temps pour mettre ceci en meilleur ordre; et le digérer mieux ; pourtant j'espère que vous m’excuserez.

« J’ai déchargé ma consciense ; je prie Dieu que vous preniez les voies les plus propres pour le bien du royaume et votre propre salnt. » s

« Alors le sieur Juxon dit au roi: « Plait-il à Votre Majesté « (encore que affection qu'elle a pour la religion soit assez CON

nue) de dire quelque éhose pour la satisfaction du peuple ?» — « Je vous remercie de toutmon cœur, monseigneur;, parce que je l'avais presque oublié. Certainement, arret . que maconscience et ma religiomest fort bien connue de lout lemonde, etipartant je déclare devant vous tous que Je MEUTS

| «éhrétien, professant la religion de l’Église anglicane, en | “x «que monipère me l’a laissée, et je crois que cet honnête homme onmaître plus |‘ (en montrant le: sieur Juxon)le témoignera. » à |

« Puis, se tournantvers les officiers, dit: « Messieurs, excuse7- « moi en ceci, ma-çause est juste et mon Dieu est bon; je n en °C dirai pas davantage. » | : .

& Es ditau-colonel Hacker : « Ayez soin, s’il vous plaît, «que l’on ne me fasse point langur. » :

Et alors un gentilhomme approchant auprès de la hache, le

roi lui dit : «« Prenez garde à la hache, je vous prie; prenez

°@ garde à la hache. »

«Ensuite de quoi, le roi parlant à l'exécuteur, dit: « Je ferai

| ma prière fort courte, et lorsque j’étendrai les bras. »

« Puis le-roi demanda son bonnet de nuit au sieur-Juxon, et

l'ayant mis sursa tête, il dit à l’exécuteur : « Mes cheveux vous em-

e] ia de t; ce « péchent:ils?» Lequel le pria de les mettre sous son bonne 5€ de le roi fit étant aïdé de l’évêque etde l’exécuteur. Puis le roi,

se tournant derechef vers le sieunJuxon, dit: «Ma cause est juste, “« et mon Dieu est bon. »

ve Le sieur s0xon: Q Îl n’y a plus qu'un pas, mais ce pas est « fâcheux;ilest fort court, et pouvez considérer qu'il vous por- « tera bien loin promptement ; il vous transportera de la terre au « ciel, et là vous trouverez beaucoup de joie et de réconfort. »

« LE noi: « Je vais d’unecouronne corruptible à une'n- « corruptible, où il ne peut pas y avoir de trouble; non, aueum « trouble du monde. » :

« Juxox : « Vous changez une couronne temporelle à une éter- « nelle ; un fort bon change. »

« Le roi dit à l’exécuteur : « Mes cheveux sont-ils bien? » Le roi Ôta son manteau, et donna son cordon bleu, qui «st l'ordre de Saint-Georges, audit sieur Juxon, disant: « Souvenez-vous... ?

« Puis le roi ta son pourpoint, et étant en chemisette , remit

son manteau surses épaules ; puis, regardant lechouquet, dit à

l’exécuteur : « I vous le faut bien attacher. »

« L'rexécureur : « Il est bien attaché. »

« Le ro1: « On le pouvait faire un peu plus haut. »

« L'exéoureun : «Il ne saurait être plus haut, sire. » !

« Le Ro1: «€ Quand j'étendrai les bras ainsi, alors... » Apres quoi ayant dit deux ou trois paroles tout bas, debout, les ET et les yeux levés en haut, s’agenouilla incontinent, mit pes co sur le chouquet ; et lors l’exécuteur remettant encore sescheveux sous son bonnet, le roi dit (pensant qu’il allait frapper): « At- « tendez le signe. » rap

« L’exécureur : « Je le ferai s’il plaît à Votre Majestic. »

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«Et une petite pause après, le roi étendit les bras. L'exécuteur sépara la têle de son corps d un seul coup, et quand la tête du rot fut tranchée , l’exécuteur la prit dans sa main et la montra aux spectateurs , et son corps fut mis en un coffre couvert, pour ce sujet, de velours noir. Le corps du roi est à présent dans sa chambre à Whilehall, »

Sic transit gloria mundi.

{Fin de la relation.)

Clarendon raconte que le corps du roi, qui se voyait le soir de l'exécution dans sa chambre à Whitehall, ne put être retrouvé à la restauration de Charles IT. Cependant Herbert avait positivement écrit que l’inhumation avait eu lieu à Windsor, dans le caveau du chœur de la chapelle de Saint-Georges , où reposaient des restes de Henri VII et de Jeanne Seymour. Les ouvriers travaillant dans cette chapelle, en 1813, ouvrirent par hasard le caveau. Le prince régent, aujourd’hui Georges IV, ordonna des recherches ; on découvrit un cercueil de plomb ; sur ce cercueil était une plaque portant ces mots : Cuarces Ror; ce qui était conorme en tout au récit d'Herbert.

Une entaille fut pratiquée dans le couvercle, et, après l’enlèvement d’une toile imprégnée d’une matière grasse, on vit apparaître le visage d’un mort, dont les traits broufflés et confus ressemblaient au portrait de Charles Le, D'après le procès-verbal de sir Henri Halford , la tête du cadavre, séparée du tronc, avait des yeux à demi ouverts, et l’on put teindre un mouchoir blanc d’un sang encore assez liquide. Ce témoin extraordinaire, de retour de la tombe après le meurtre de Louis XVI, est venu déposer des fautes des rois, des excès des peuples, de la marche du temps, de l’enchaînement des événements et de la complicité du crime de 1649 avec celui de 1793.

Une omission frappe dans la relation populaire de l'exécution de Charles: cette relation ne parle point du masque des bourreaux. Ludlow, le régicide, se tait aussi sur ce fait. La petite feuille dont il s’agit ne put être vendue dans les rues de Londres qu'après avoir passé à la censure des hommes de la liberté. Or, des bourreaux sous le masque étaient ou une affreuse saturnale, ou l’aveu qu'un meurtre avait été accompli sur une tête qu'aucune créature à visage d'homme n'avait le droit de toucher.

Pour arriver à la fatale exécution, Cromwell avait eu besoin

de cesriset de ces larmes qui, se contrariant en lui, déjouaient leur mutuelle hypocrisie ; il redevint franc après le coup: il se fitouvrir le cercueil, et s’assura, en touchant la tête de son rot, qu'elle était véritablement séparée du corps ; il remarqua qu’un homme aussi bien constitué aurait pu vivre de longues années. Le terrible Cromwell, obscur etinconnu comme le destin, en avait dans ce moment l’orgueil inexorable : il se délectait dans la victoire par lui remportée sur un monarque et sur la nature.

Les meurtriers, ses Compagnons, ne partageaient pas dans ce moment son assurance et sa joie. Tous s'étaient hâtés de quitter la scène sanglante. Le principal bourreau, Hulet, capitaine au régiment de cavalerie du colonel Hewson, se jeta, pour traverser la Tamise , dans le bateau d’un marinier appelé Smith : celui-ci fut contraint par des mousquetaires de le prendre à son bord. S’étant éloigné du rivage, Smith dit au sinistre passager : « Êtes- « vous le bourreau qui a coupé la tête du roi? — Non, répon- « dit Hulet, vrai comme je suis un pécheur devant Dieu, » Etil tremblait de tout son corps. Smith, toujours ramant, reprit : « Êtes-vous le bourreau qui a coupé.la tête du roi? » Hulet nia de nouveau, raconta qu'on l'avait retenu prisonnier à Whitehall, mais qu’on s'était emparé de ses instruments. Smith lui dit : « Je « coulerai bas mon bateau si vous ne me dites la vérité, » La tête du roi avait été payée 400 livres sterl, à Hulet. « Je prou- € Verai que c’est toi qui as porté le coup, » lui dit l'avocat général Turner, lors du procès des régicides, « et je t’arracherai € ton masque (1). » :

(1) Regicides trial.

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