SUR LES, MALHEURS DE LA RÉ VOLUTION
Paris, 1813,
Sors des demeures souterraines, Néron , des humains le fléau!
Que le triste bruit de nos chaînes
Te réveille au fond du tombeau.
Tout est plein de trouble et d'alarmes ; Notre sang coule avec nos larmes ; Ramper est la première loi :
Nous trainons d’ignobles entraves ;
On ne voit plus que des esclaves ; Viens , le monde est digne de toi.
Ils sont dévastés dans nos temples Les monuments sacrés des rois :
Mon œil effrayé les contemple ; Je tremble et je pleure à la fois.
Tandis qu’une fosse commune Des grandeurs et de la fortune Recoit les funèbres lambeaux, n spectre, à la voix menagante, A percé la tombe récente
Qui dévora les vieux tombeaux.
Sa main d’une: pique est armée, Un bonnet cache son. orgucil;
POÉSIES
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Par la mort sa vue est charmée :
Il cherche un tyran (1) au cercueil, Courbé sur la poudre insensible,
Il saisit un sceptre terrible
Qui du lis a flétri la fleur;
Et d'une couronne gothique Chargeant son bonnet anarchique, Il se fait roi de la douleur.
Voilà le fantôme suprême, Français, qui va régner sur vous:
Du républicain diadème
Portez le poids léger et doux,
‘L’anarchie et le despotisme
Au vil autel de l’athéisme
Serrent un nœud ensanglanté;
Et, s’'embrassant dans l'ombre impure , Us jouissent de la torture
De leur double stérilité.
| L'échafaud, la torche fumante, EURE à | Couvrent nos campagnes de deuil : | La Révolution béante | , Engloutit le fils et l'aïeul.
L'adolescent qu'atteint sa rage Va mourir au champ du carnage, Où dans un hospice exilé; .
Avant qu'en la tombe il s'emdorine;, Sur ur appui de chène ou d’orme "4000 Il traîne un buste-mutilé:
Ainsi quand l'affreuse Chimère (2) | Apparut non Join d’Ascalon,
En vain la tendre et faible mère
Cacha ses enfants au vallon.
Du Jourdain les roseaux frémirent,
Au Liban les cèdres gémirent,
Les palmiers à Jézeraël,
Et le chameau , laissé-sans guides,
Pleura dans les sables arides.
Avec les femmes d’Ismaël.
Napoléon, de son génie,
Enfin écrase les pervers ;
L'ordre renaît : la France unie Reprend son rang dans l’univers.
Mais , géant, fils aîné de Phomme, Faut-il d’un trône qu'on te nomme Usurpateur? Mal féeondé, L'illustre champ de ta victoire Devait-il renier la gloire
Du vieux Cid et du grand Condé ?
Racontez, nymphe de Vincenne ,
Racontez des faits inouïs (3),
Vous qui présidiez sous un chêne LEA
A la justice de Louis!
Oh! de la mort chantre sublime (4),
Toi qui d’un héros magnanime
Rends plus grand le grand souvenir,
Quels cris aurais-{u fait entendre,
Si, quand tu pleurais sur sa cendre,
Ton œil eût sondé l'avenir ?
Le vieillard-roi, dont la clef sainte De Rome garde les débris,
(1) Louis XI, Ce roi ne fut point enterré à Saint-Denis : peu importe au poète, — (2) Prise ici pour le monstre marin d'Andrémède. — (3) Mort du duc d'Enghien. — {4) Bossuel
| N'a pu, dans l'éternelle enceinte, À son front trouver des abris.
On peut charger ses mains débiles De fers ingrats (4) mais inutiles; Car il reste au Juste nouvean La force de sa croix divine, Et de sa couronne d'épine , Et de son sceptre de roseau.
Triompbateur, notre souffrance Se fatigue de tes lauriers :
Loin du doux soleil de la France Devais-tu laisser nos guerriers (2) ?
La Duna , que tourmente Éole , Au Neptune inconnu du pôle, Roule leurs ossements blanchis, Tandis que le noir Borysthène Va conter le deuil de la Seine Aux mers brillantes de Colchis.
A l'avenir ton âme aspire :
Avide encore du passé,
Tu veux Memphis ; du temps lempire Par l'aigle sera traversé.
Mais, Napoléon , ta mémoire
Ne se montrera dans l'histoire
Que sous le voile de nos pleurs ; Lorsqu’à admirer tu m’entraines ; La liberté me dit ses chaînes,
La vertu m’apprend ses douleurs.
VERS ÉCRITS SUR UN SOUVENIR ®) DONNÉ PAR MADAME LA MARQUISE DE nes A M, LR DE HUMBOLDT,
Paris, 1818.
Vous qui vivrez toujours , comment pourrez-vous croire Qu'on vous offre des fleurs si promples à mourir ? « Présentez, direz-vous, ces filles du zéphyr « À la beauté, mais non pas à la gloire. »
Des dons de l'amitié connaissez mieux le prix; Dédaignez moins ces fleurs nouvelles :
En les peignant sur vos écrits ; J'ai trouvé le secret de les rendre immortelles.