‹ Les Quatre StuartsChapitre 35 sur 39 · SUR LES, MALHEURS DE LA RÉ VOLUTION · texte numérisé non relu

SUR LES, MALHEURS DE LA RÉ VOLUTION

Paris, 1813,

Sors des demeures souterraines, Néron , des humains le fléau!

Que le triste bruit de nos chaînes

Te réveille au fond du tombeau.

Tout est plein de trouble et d'alarmes ; Notre sang coule avec nos larmes ; Ramper est la première loi :

Nous trainons d’ignobles entraves ;

On ne voit plus que des esclaves ; Viens , le monde est digne de toi.

Ils sont dévastés dans nos temples Les monuments sacrés des rois :

Mon œil effrayé les contemple ; Je tremble et je pleure à la fois.

Tandis qu’une fosse commune Des grandeurs et de la fortune Recoit les funèbres lambeaux, n spectre, à la voix menagante, A percé la tombe récente

Qui dévora les vieux tombeaux.

Sa main d’une: pique est armée, Un bonnet cache son. orgucil;

POÉSIES

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Par la mort sa vue est charmée :

Il cherche un tyran (1) au cercueil, Courbé sur la poudre insensible,

Il saisit un sceptre terrible

Qui du lis a flétri la fleur;

Et d'une couronne gothique Chargeant son bonnet anarchique, Il se fait roi de la douleur.

Voilà le fantôme suprême, Français, qui va régner sur vous:

Du républicain diadème

Portez le poids léger et doux,

‘L’anarchie et le despotisme

Au vil autel de l’athéisme

Serrent un nœud ensanglanté;

Et, s’'embrassant dans l'ombre impure , Us jouissent de la torture

De leur double stérilité.

| L'échafaud, la torche fumante, EURE à | Couvrent nos campagnes de deuil : | La Révolution béante | , Engloutit le fils et l'aïeul.

L'adolescent qu'atteint sa rage Va mourir au champ du carnage, Où dans un hospice exilé; .

Avant qu'en la tombe il s'emdorine;, Sur ur appui de chène ou d’orme "4000 Il traîne un buste-mutilé:

Ainsi quand l'affreuse Chimère (2) | Apparut non Join d’Ascalon,

En vain la tendre et faible mère

Cacha ses enfants au vallon.

Du Jourdain les roseaux frémirent,

Au Liban les cèdres gémirent,

Les palmiers à Jézeraël,

Et le chameau , laissé-sans guides,

Pleura dans les sables arides.

Avec les femmes d’Ismaël.

Napoléon, de son génie,

Enfin écrase les pervers ;

L'ordre renaît : la France unie Reprend son rang dans l’univers.

Mais , géant, fils aîné de Phomme, Faut-il d’un trône qu'on te nomme Usurpateur? Mal féeondé, L'illustre champ de ta victoire Devait-il renier la gloire

Du vieux Cid et du grand Condé ?

Racontez, nymphe de Vincenne ,

Racontez des faits inouïs (3),

Vous qui présidiez sous un chêne LEA

A la justice de Louis!

Oh! de la mort chantre sublime (4),

Toi qui d’un héros magnanime

Rends plus grand le grand souvenir,

Quels cris aurais-{u fait entendre,

Si, quand tu pleurais sur sa cendre,

Ton œil eût sondé l'avenir ?

Le vieillard-roi, dont la clef sainte De Rome garde les débris,

(1) Louis XI, Ce roi ne fut point enterré à Saint-Denis : peu importe au poète, — (2) Prise ici pour le monstre marin d'Andrémède. — (3) Mort du duc d'Enghien. — {4) Bossuel

| N'a pu, dans l'éternelle enceinte, À son front trouver des abris.

On peut charger ses mains débiles De fers ingrats (4) mais inutiles; Car il reste au Juste nouvean La force de sa croix divine, Et de sa couronne d'épine , Et de son sceptre de roseau.

Triompbateur, notre souffrance Se fatigue de tes lauriers :

Loin du doux soleil de la France Devais-tu laisser nos guerriers (2) ?

La Duna , que tourmente Éole , Au Neptune inconnu du pôle, Roule leurs ossements blanchis, Tandis que le noir Borysthène Va conter le deuil de la Seine Aux mers brillantes de Colchis.

A l'avenir ton âme aspire :

Avide encore du passé,

Tu veux Memphis ; du temps lempire Par l'aigle sera traversé.

Mais, Napoléon , ta mémoire

Ne se montrera dans l'histoire

Que sous le voile de nos pleurs ; Lorsqu’à admirer tu m’entraines ; La liberté me dit ses chaînes,

La vertu m’apprend ses douleurs.

VERS ÉCRITS SUR UN SOUVENIR ®) DONNÉ PAR MADAME LA MARQUISE DE nes A M, LR DE HUMBOLDT,

Paris, 1818.

Vous qui vivrez toujours , comment pourrez-vous croire Qu'on vous offre des fleurs si promples à mourir ? « Présentez, direz-vous, ces filles du zéphyr « À la beauté, mais non pas à la gloire. »

Des dons de l'amitié connaissez mieux le prix; Dédaignez moins ces fleurs nouvelles :

En les peignant sur vos écrits ; J'ai trouvé le secret de les rendre immortelles.

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