‹ Les Quatre StuartsChapitre 4 sur 39 · CRE “ON · texte numérisé non relu

CRE “ON

actions ne doivent avoir pour but de te servir et de le plaire...

L'habitude de ta société m'a rendu difficile à contenter; mais ce n’est pas une raison pour que tu m’en plaignes moins, toi le seul remède à cette maladie. Le but de tout ceci est de te prier de me consoler par tes lettres le plus souvent qu’il te sera possible. Et ne crois-tu pas que les détails de ta santé soient des sujels agréables pour moi, quand même tw n’aurais pas autre chose à m'écrire ? N’en doute pas, ma chère âme, {a tendresse est aussi nécessaire à la consolation de mon cœur « que ton secours à mes affaires. »

Lorsqu’on songe que Charles épanchait ainsi son cœur au milieu des horreurs de la guerre civile, au moment de tomberentre les mains de ses ennemis, on est profondément attendri.

- La reine, un an auparavant, lui écrivait d'York, le 30 mars, ces paroles un peu rudes : «Souvenez-vous de ce que je vous ai « écrit dans mes trois dernières lettres, et ayez plus de soin de « moi que vous n’en avez eu jusqu'ici, ou faites semblant du & moins d’en prendre davantage, afin qu’on ne s'aperçoive pas à de votre négligence à mon égard. » : S | Charles crat devoir déclarer, en mourant, à sa jeune fille, la rincesse Élisabeth, qu’il avait toujours été fidèle à la reine, et la lettre d'adieux qu'il écrivit à celle-ci se terminait par ces mots: « Je meurs satisfait, puisque mes enfants sont auprés de vous. « Votre vertu et votre tendresse me répondent du soin qué vous & aurez de leur conduite. Je ne puis vous laisser des gagés plus « chers et plus précieux de mon amour. Je bénis le ciel de faire & tomber sa colère sur moi seul. Mon cœur est plein pour vous « de la méme tendresse que vous ÿ avez toujours vue. Je vais « mourir sans crainte, me sentant fortifié par le souvenir de la « fermeté d’âmie que vous m'avez fait paraître dans nos périls « communs. Adieu, Madame, soyez persuadée que jusqu’au & dernier moment de ma vie je ne ferai rien qui soit indigne de « l'honneur que j'ai d'être votre époux (2). » |

Cette dernière lettre de Charles, qui n’est pas assez connue, montre que ses sentiments intimes élaient aussinobles, et peut-être encore plus touchants que ceux qu'il fit éclater sur l'échafaud,

On peut reprocher à Henriette-Marie du penchant à l'intrigue, penchant qu’elle tenait du sang des Médicis; elle se livra aussi à des moinés sans prudence, et à des favorites qui la trahirent. Elle avait le courage du sang; le courage politique lui manquait quelquefois; et quand les orages populaires grondaient, quoique femme de tête et de cœur, elle donnait des conseils pusillanimes. Bienfaisante et magnanime, elle fit souvent accorder là liberté êt la vie à ses ennemis. Elle ne voulait pas même connaître le nom de ses- calomniateurs. «Si ces personnes me haïssent, di- € Sail-elle, leur haine ne durera peut-être pas toujours, et s’il « leur reste quelque sentiment d'honneur, ils auront honte de

(1) Note des Mémoires de Ludlow, collect, Guior. (2) Vie de Henriette-Marie,

fille nouvellement né

| « tourmenter une femme qui prend si peu de précaution pour

« se défendre.» Les infortunes d’Henriette-Marie avaient été, pour ainsi dire , prédites par François de Sales , qui reste à notre histoire au triple titre de saint, d'homme illustre et d'ami de Henri IV. | RS | Quoi qu'il en soit des altercations religieuses et domestiques qui troublèrent la paix intérieure de Charles et d'Henriette ; quoi qu'il en soit des causes qui amenèrent la liaison , jusqu'à présent inexplicable, de la reine et des premiers parlementaires , quand les malheurs de Charlés éclalèrent, la fille du Béarnais retrouva comme lui dans la guerre civile le courage et la vertu. Lorsqu'en 4625 elle alla récevoir Ja couronne de la Grande- Bretagne, la reine Marie de Médicis sa mère, la reine Anne d'Autriche sa belle-sœur, l’accompagnèrent jusqu'à Amiens. Toutes les villes sur son passage lui rendaient des honneurs extraordinaires : par une poinpe digne de la royauté chrétienne, les prisons étaient ouvertes à son arrivée, et elle voyait devant elle une infinité de malheureux qui la remerciaient de leur liberté et la comblaïent de bénédictions (1). Les trois reines se quittèrent à Amiens. Vingt vaisseaux qui attendaient Henriette de France à Boulogne la transportèrent à Douvres : elle y fut recue au bruit de l'artillerie et aux acclamations du peuple. I y eut des combats à la‘ barrière, des jeux et des courses de bagues. Quand la reine d'Angleterre revint en France, en 1644, elle y rentra en fugitive; les prisons ne s’ouvraient plus par le charme de son sceptre; elle se dérobait elle-même aux prisons. Voyageant d'un royaume à l’autre, échappant à des tempêtes pour arriver à des combats, quittant des combats pour retrouver: des tempêtes, Henriette était saisie par la fatalité qui poursuivait les Stuarts. On vitcelte courageuse femme, canonnée jusque dans la maison qui lui servait d’abri contre lés flots, obligée de passer: la nuit dans un fossé où les boulets la couvraient de terre. Une

autre fois, le vaisseau qui 1 portait étant près de périr, elle dit aux matelots ce mot qui rappelle celui de César : «Une reine ne: | « se noie pas. » | ni |

Libre d'esprit au milieu de tons les dangers, elle écrivait au:

roi de Newark, le 27 juin 4643 : « Tout ce qu'il y avait actnel-.

.« lement de troupes à Nottingham s'est rendu à Leicester et à

© Derby; ce qui nous fait croire qu'elles ont dessein de nous!

couper le passage... J’emmène avec moi trois mille hommes: « d'infanterie, trente compagnies de cavalerie ou de dragons « six pièces d'artillerie et deux mortiers, Henri Germ & + « qualité de colonel de mesgardes, chhimanâgtôntes cos Tone.

«la sous lui sir Alexandre Lesley quicommande l'infanterie : ? à. d à . TE ÈS « gr do se ,° Lä

« Gérard la cavalerié, et Robert Legg l'artillerie; Sa Majéstétosts | « madame la généralissime, pleine d'ardeur et d'activité ;etrent | « cas que l'on en vienne à une bataille , j'aurai à commander

« cent cinquante chariots de bagages (2). »

Après de nouveaux revers, privée de presque toute assistance’

| dans la petite ville d'Exeter que le comte d'Essex ‘se préparait à

assiéger, elle mit au monde, le 46 juin 4644, sa dernière fille.

À peine accouchée , elle fut forcée de fuir de nouveau, n'ayant pour tout aide que son confesseur, un gentilhomme-et-une de ses femmes, qui avaient de la peine à la soutenir à cause de son extrème faiblesse. Elle avait été obligée d'abandonner à Exeter sa e : c'était cette princesse prisonmiere dix= cetté princesse frappée par la mort

sept jours après sa naissance ; | à à Saint-Cloud dans toute la fleur dela beauté et de la jeunesse ,

cette duchesse d'Orléans, cétte secoridé Henriette que la gloire

de Bossuet devait atteindre comme la prémicre. 9 Une cabare déserte, à l'entrée d’un bois, s'offrit à la fuite

d'Henriette-Marie. Elle y demeüra cachée pendant deux jours.

| Elle entendit défiler les troupes du comte d'Essex qui parlaient

de porter à Londres la téle de la reine, laquelle tête avait été

| mise à prix pour ane somme dé 6,000 liv, sterl.

(1) Pre de Henrielle-Marie, (2) Note dos Mémoïres de Ludiow, collect, Guizor,

om

Henriette, arrivée à Plymouth à travers mille périls, s'embarque pour l'île de Jersey : l'amiral Batty la poursuit. Alors, comme la femme de saint Louis, elle fait prometlre à un capifaine de la tuer et de la jeter dans la mer avant qu'elle tombât aux mains de ces infidèles d'une nouvelle sorte. Elle aborde avec quelques matelots parmi des rochers sur la côte de la Basse-Bretagne; les paysans, prenant ces étrangers pour des pirates, s’arment contre eux; Henriette-Marie se fait reconnaître, part pour Paris, arrive au Louvre, et tombe dans de nouveaux malheurs.

Outragée par des libelles jusque sur le continent, elle tombait des mains de la populace féroce de Londres dans celles de la populace insolente de Paris. Ballottée entre deux guerres civiles, sur les bords de la Tamise elle rencontre les crimes sérieux des révolutions, sur les rivages de la Seine les pasquinades sanglantes de la Fronde ; là le drame de la liberté, ici sa parodie. Les bouchers et les boulangers d'Angleterre veulent tuer Henriette-Marie dans le palais des Stuarts; les bouchers’et les boulangers de France lui refusent des aliments dans le palais des Bourbons,

oubliant que leurs pères avaient été nourris par celui dont ils dé-

daignaient de nourrir la fille.

« Cinq ou six jours avant que le roi sortit de Paris, dit le car- « dinal de Retz, j'allai chez la reine d'Angleterre, que je trouvai « dans la chambre de Mademoiselle, sa fille, qui a été depuis « madame d'Orléans. Elle me dit d'abord : Vous voyez, je viens « lenir compagnie à Henriette; la pauvre enfant n’a pu se lever

. € aujourd'hui faute de feu... La postérité aura. peine à croire

« qu'une petite-fille de Henri le Grand ait manqué d’un fagot « pour se lever au mois de janvier dans le Louvre et sous les « yeux d’une cour de France. »

Elle était souvent obligée de se promener des après-dinées entières dans les galeries du Louvre pour s'échauffer…. Elle appréhendait non-seulement les insultes du peuple de Paris, mais la dureté de ses créanciers …. Les Parisiens ne la pouvaient souffrir, et un jour que le roi Charles II, son fils, se promenait sur Une lerrasse qui donnait du côté de La rivière, quelques mariniers lui firent des menaces, ce qui l'obligea de se retirer de peur de les aigrir davantage par sa présence (1).

| Criste et extraordinaire complication et ressemblance de destinée J Henriette-Marie, en 1639, avait recu à Whitehall sa mère exilée, Marie de Médicis. Les habitants de Londres, déjà sonlevés contre la reine d'Angleterre, se portèrent à des excès contre l'ancienne reine de France. La fille de Henri IV, qui se défendait à peine contre la haine publique, fut obligée de demander une gatde pour protéger la veuve de Henri LV : et Anne d’Autriche fut IMpuissan{e, à son tour, dans Paris, pour mettre à l'abri la sœur fugilive de Louis XIII et la tante de Louis le Grand. es te Rue. ouxelle parvint d’abord à la reine d'Angleterre Chasies Le RE ER Janvier 1649 : le bruit courut que la lettre d'adieu FR se sur l’échafaud par le peuple; mais riette le 9 février AVE FE . SAT on QUEUE een d'erreur; elle EE Aie des Carmélites à Paris, la ira la vint complimenter de ( eg 1 dues madame de Motteville donnait | cr =. part de la reine régente. Le malheur il le droit à la reine d Angleterre de faire des lecons : elle chargea madame de Motteville de dire à Anne d'Autriche @ que « le ro1 son seigneur (Charles fer) ne s'était perdu que pour n’a- (Voir jamais su la vérité... que le plus grand des maux qui . Pouvaient arriver aux rois, et celui qui seul dévorait leurs - Ca ES était d'ignorer la vérité. » 5 ne d'Henriette n'expliquerait-elle pas son premier ford , x elle es parlementaires, et son anlipathie pour Strafdanse RE peut-être l esprit trop absolu ? Elle ajoula « peuples. » S rsation « qu’il fallait prendre garde à irriter les

PPS Charles {er ne s'était perdu que pour n’avoir pas ss: la Yérité, au dire de la reine, celle reine ne partageait donc pas l’entêlement du roi sur l'étendue de la prérogative ? Elle ai-

(1) Vie de Henriettc-Maries

oo 4 2 mait les parlements : lorsqu'elle songea à quitter l'Angleterre avec Marie de Médicis sa mère, les deux chambres lui présentèrent une humble pélition pour la supplier de ne pas s'éloigner. Henrielte répondit en anglais par un gracienx discours qu'elle reslerail, et qu’il n'y avaitpointde sacrifice que le peuple ne püt attendre d’elle (1).

Après la mort de son mari, elle se donna le surnom de reine malheureuse, et elle porta le deuil toute sa vie.

L'épreuve la plus rude que cette reine eut à soutenir fut de solliciter un douaire de veuve auprès de l’homme qui l'avait faite veuve : Cromwell répondit au cardinal Mazarin qu'Henriette de France n'avait jamais été reconnue reine d'Angleterre. Cette réponse sauvage, qui lransformait en concubine d’un prince étranger la fille d’un de nos plus grands rois, étonne moins que la demande même de celte petite-fille de Jeanne d’Albret. Lorsque Henrielte apprit ce refus, elle dit noblement : «Ce n’est pas à « moi, c'est à la France que cet outrage s’adreëse. » Telle élait, en effet, Pabjection où la politique d’un ministre sans honneur avait alors réduit notre patrie. Mazarin était descenda jusqu'à se faire l’espion de Cromwell auprès de la famille royale exilée : ce fait résulte d’une lettre de Cromwell, qui n’était luimême qu'un grand espion couronné et armé. 1

Quelque temps auparavant, Henriette-Marie avait été forcée de demander au parlement de Paris ce qu’elle appelait une aumône.

Retirée à Chaillot, chez des sœurs de la Visitation établies dans une maison bâtie par Catherine de Médicis, Henriette devint bigote : il est assez curieux de lire que Port-Royal lui avait offert de l'argent et un asile. Dans les histoires de sa vie, lrisles sont ces pelits contes de religieux et de religieuses, ces conseils de nonnes qui parlent des plus grands Se TE dont elles entendent à peine le bruit, qui jugent du fond de eurs cellules les choses de la politique, et qui, immobiles dans leurs saints déserts, ne s’aperçoivent pas même que le monde marche et passe au pied des murs de leur cloître. Henrielte-Marie essaya de rendre ses enfants à l’Église romaine. Charles IE, indifférent à tout principe , préféra sa couronne à Sa foi d il ne se fit APR qu'en mourant, lorsqu'il n'avait plus rien à perdre des biens de la terre, Le dac de Glocester et la princesse d'Orange restèrent zélés protestants; le duc d'York seul (Jacques Il) reçut des re pressions qui le devaient ramener un Jour à Paris, pour ÿ AE dépouillé comme sa mère. La princesse Henrielte, depuis chesse d'Orléans, fut élevée dans la religion romaine.

A la restauration de Charles IT, la veuve de Charles [°° passa en Angleterre et ne put se résoudre à y demeurer. Elle ne connaissait plus personne ; elle allait pleurant dans les palais de Whitehall, de Saint-James et de Windsor, poursuivie qu elle était par quelques souvenirs. Après avoir vu mourir deux de ses enfants (la princesse d'Orange, veuve de vingt-six ans, el le duc de Glocester), elle s'embarqua avec sa fille Henriette, pour revenir en France. Son vaisseau échoua; Henrielte fut saisie d'une rougcole dangereuse, et resta, soignée par sa mère, un mois enues à bord du vaisseau. La compagne éprouvée de l’'infortuné Charles maria Henriette au duc d'Orléans, et reçut à Chaillot le bref de Ja béatification de saint François de Sales : dernières grandeurs de la terre et du ciel qui la visitèrent dans la solitude.

Vers l'an 1663, Henriette-Marie fil un dernier voyage à Londres. Enfin, rentrée pour toujours dans sa patrie, elle tomba malade à Sainte-Colombe, petite maison de campagne située à peu de distance de la Seine. Un grain d'opium qu'elle prit la plongea dans un sommeil dont elle ne se réveilla plus. Elle expira vers minuit, le 10 septembre 1669. Un historien a dit qu’elle avait fait un saint usage de ses maux. Bien que son corps fut porté à Saint-Denis et son cœur à la Visitation de Chaillot, elle serait morte oubliée, si Bossuet ne s'était emparé de ce grand débris de la fortune pour le façonner à la manière de son génie.

Le grand orateur, en envoyant l’oraison funèbre de la reine

(1) Journaux du P.,1v, 314,

d'Angleterre et de madame Henriette à Vabbé de Rancé, lui écrivait : «J'ai laissé ordre de vous faire passer deux oraisons funé- « bres qui, parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent « avoir place parmi les livres d'un solitaire; et qu’en tout cas il « peut regarder comme deux têtes de mort assez touchanles. ?

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