‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 42 sur 97 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LISON, GALLUS, puis HAROU.

GALLUS, se penchant à la portière du carrosse.

Oh! la charmante fille !

LIS ON, se penchant à la fenêtre de la chaumière.

Oh! la belle voiture!

Le carrosse passe et disparait à droite. La charrette s'arrête. Harou en descend, son fouet à la main. Il dégringole par le sentier qui abrège, court il la chaumière et frappe à la porte d'un coup de sabot. Il a son fouet à la main.

HAROU

Il est neuf heures.

LIS ON, par la fenêtre.

Ah! c'est vous.

HAROU

Oui, ma future.

C'est bon.

Elle jette un fichu sur ses épaules nues, et elle ouvre la porte. Harou entre.

HAROU

Vous n'êtes pas encor prête?

LISON

Pardi !

HAROÙ.

Mais monsieur le cui'é nous attend à midi.

LISON

Bien.

HAROU

L'autel est paré. C'est comme aux grandes fêtes.

KSCA. 1.1 SON. i'3i

LISON

Hou.

U A II ou.

De celle t-ahane isolrt^ où vous èles, Jns(|irà l'éfi^lise...

LISON

Eh bien?

C'esl encor loin. Allons,

Vile. Habillez-vous.

LISON

Oui.

HAROU

J'aurai deux violons.

LISON

Bien.

HAROU

Je vais décharger mon fumier, puis je renlre Vous prendre en ma charrette avec Thibaut, le chantre.

LISON

Soit.

HAROU

Mamz'elle Lison...

LISON

Dites Lisa.

HAROU

Lisa.

Vous êtes vertueuse, et c'est pour ça.

Pour ça, Que quoi?

HAROU

Que je vous aime et que je vous épouse. Vous avez du bonheur, hein? phis d'une est jalouse. Vous sentez bien que moi qui suis un gros fermier, Ayant acquêts et baux francs de droit coutumier, C'est à qui m'aura. Vous, vous êtes sans famille. Être madame Harou, quel sort pour une fille! Avoir six cents arpents de blé, trois cents de foin! Et dire, en regardant tout le pays très loin : C'est à moi! Voyez-vous, vous êtes orpheline, Pas un brin d'herbe n'est à vous sur la colline, Et vous êtes sans dot comme la fleur des champs. Cela n'amuse pas les gens qui sont méchants De voir que je vous prends pour femme. Ça les fâche. Vous n'étiez qu'une pauvre ouvrière à la tâche. Seule, et dont les parents sont morts sur des grabats. Gagnant dix sous par jour à ravauder des bas. Vous allez devenir bourgeoise, et cette chambre Où vous gelez, pas vrai, dès le mois de novembre. Vous l'allez changer contre un bon logis, ma foi. Où vous serez chez vous bien qu'en étant chez moi.

ESCA. — IJSON. i-.v.i

Kl il Où vous |t<)uiT(V. voir la iiiiiiv avec 1rs vijfiics,

Kl (li's canards si gros (|u'on les prend pour des cygnes;

Ali! les commères Ion! du train! Moi, bon luron,

Tout ce las d'oiscaiiv noirs qni l»al de laileron,

Parce quelles voudraient être ce (|ue vous êtes,

Me foui l'ii'c. Piaillez, mesdames les chouettes!

Quand demain, bras dessus dessous, nous passerons.

Cela fera sortir du trou leurs gros yeux ronds,

Ça sera farce. Et vous, vous prendrez un air crâne.

Vous direz : .Ma maison, mon champ, mon pré, mon àne.

Et puis du cidre! et puis du pain, plein le buffet!

Moi, j'ai de l'amitié pour vous. C'est ce qui fait

Que j'épouse. Sur vous, du reste, rien à dire.

Vous n'avez qu'un défaut, c'est que vous savez lire.

Moi pas. Ah! par exemple, il faudra travailler.

Etant maîtresse, on est servante. S'éveiller

Au chant du coq, couper le seigle ou la fougère,

Être bonne faucheuse et bonne ménagère.

Manier gentiment la fourche à tour de bras.

Laver les murs, laver les lits, laver les draps.

Donner à boire aux gars ayant au dos leurs pioches.

Blanchir l'àtre, écumer le pot, moucher des mioches.

Porter, si le chemin est long et raboteux,

Ses souliers à la main, les pieds s'usant moins qu'eux,

Et vivre ainsi pieds nus et riche, heureuse en somme

D'être une brave femme et d'avoir un brave homme.

Nos bans sont publiés. Je vous ai fait cadeau

Du parapluie, afin que, s'il tombe trop d'eau.

On ne s'en serve point, parce qu'il est en soie.

Et nous nous marions tantôt. Vive la joie! Donc, mamz'elle, à midi, l'église. A minuit...

Il fait claquer ses doigts.

Bien!

Vous êtes un peu maigre. Ah! cela ne fait rien. En mangeant du gigot, de la soupe bien chaude, Du lard, avec le temps vous deviendrez rougeaude. La viande, voyez-vous, c'est ça qui fait la chair. Vous étiez mal nourrie. Au fait, tout est si cher! Le moyen qu'une fille, en mangeant peu, soit belle! Sans chardon, l'àne geint. Sans pré, le mouton bêle. Nous serons très heureux. Moi, j'aurai soin des bœufs, Vous des cochons. Des fois, l'étable, c'est bourbeux, Dame, on pataugera dans la paille mouillée. Bah!

LISON, à part.

On nous a souvent, le soir, à la veillée, Dit des contes de fée où l'on voit qu'au printemps 11 arrive parfois aux filles de vingt ans De trouver au milieu de leur chambre un jeune homme Portant un astre au front, qui leur dit : Je me nomme Le prince Azur, je t'offre un palais où tout rit. Chante et danse, je t'aime, et je suis un esprit.

Goiisidéraiil inaitre Harou.

Ce n'est pas ça.

HAROU

Je veux vous donner douze, oui, douze Chemises en bon fil,

KSCA. ~ LISON. i-.iîi

Monlriinl Ha iiioiichv.

l'ureilles à ma hlousc.

LISO.N, il l'iirl.

Kii loilc* il lort'liun!

ll.VKOU.

Moi...

(iiilliis et riiiiiicli, i'iivi'Ii)|)|>os de iiuintoiiux, passent iiii fond du lliriUie el s'aiiili'iit dorrièri; ks arbres, en observation.

LISON, regardant liaron et reculanl.

Quelle odeur!

Moi, lermiei", Je...

LISON

Que sentez-vous donc? Pouah!

HAROU

Rien. C'est le fumier, Ça ne sent pas mauvais.

u s'approche d'elle galamment.

Vous n'êtes pas commode.

J'aime ça. L'autre jour, j'ai, puisque c'est la mode. Voulu vous embrasser, moi mauvais chenapan. Mais vous m'avez donné juste en plein museau, pan! Une pichenette! Ah! comme vous m'attrapâtes!

Il rit et cherche à l'embrasser; elle recule. LISON, le repoussant.

Ah! pardon. Vous avez des mains!

H AU ou, Haut plus lorl.

De bonnes pattes, Hein?

11 rit et étale ses mains.

Ça travaille.

Il lus retourne toutes hàlées des deux cotés.

C'est de la bonne noirceur.

Lison se remet à se peigner.

LISON

Dire que je n'ai pas une mère, une sœur. Pour m'habiller le jour de ma noce !

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