‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 46 sur 97 · ESCA. LISON · texte numérisé non relu

ESCA. LISON

GA.LLUS, suuriant.

Tu vois un n)(uiai'(|U(> en ruplure dt- liaii. .le me l'ofais aux rliaui|is une ànir [U'inlanuTC, Kl j'y viens à l'école, — école buissounière. Sois ma niaîtresse.

LISON, eQ'aruuchée.

Moi!

D'école. Belle, il sied D'expliquer tout. Ce nègre est mon valet de pied. J'ai toujours avec moi ma musique de chambre. Et, même dans les bois, je fais brûler de l'ambre.

Il montre la ruiiiéo d'encens dans les arbres.

De là vient cette odeur de sainteté. Ce nain, Diabolique à peu près, tant il est féminin. Est un de mes laquais. J'ai de plus dans ma suite Un rimeur qui me dit la messe, étant jésuite; Ce maroufle est chargé de me faire mes vers. J'en fais moi-même aussi parfois. J'ai pour travers De rire, et de vouloir qu'autour de moi l'on rie. Je me fabrique un peu d'aurore et de féerie. Je voyage en nabab de l'Inde, et mes fourgons, Que Médée aurait fait traîner à ses dragons, Contiennent en décors de quoi jouer Armide; Je ne suis pas méchant, mais ne suis pas timide. Qu'on nous donne un hallier, de l'ombre, et caetera, Et nous improvisons d'emblée un opéra.

Je suis riche, et j'ai pu, grâce à mes viles piastres. Te mettre sur la tête une coifTure d'astres, 0 belle, et te rouler une rivière au cou. C'est là le réel. Point de rêve. Rien de fou. Tout est simple, et la fable en vérité s'achève.

L I s G N , comme somnambule et l'œil égaré.

Ce réel est déjà très joli comme rêve.

GALLUS

Fantastique grenier d'un palais incertain, Le rêve est le cinquième étage du destin. Et la réalité, c'est le rez-de-chaussée. Restons en bas. Je suis un prince; ma pensée, C'est de jouir; je vais, tâchant de peu vieillir. Suis-je un songe-creux? Non. Mais je voudrais cueillir Le divin rameau d'or où l'oiseau bleu se perche. L'homme ayant égaré le bonheur, je le cherche. Comment t'appelles-tu?

Monseigneur...

GALLUS, la conteniplant. — A iiart.

C'est vraiment Mon idéal. Le diable a fait évidemment Tant de perfections pour y loger des vices. Une telle rencontre est un des grands services Que peut rendre l'enfer à quelqu'un d'ennuyé. Elle a tout. Front pensif, air sauvage, œil noyé.

KSCA. — LISON. 241

B()ii('li(> à (Ipnls (le souris qui doit haïr le jeune, Mains (|iii ildiveiil liaïr le vil Iravail.

LISON, revoiiiiiil |>cii h peu ii la réalité. — A piirl.

Pas jeune.

Ce nesl pas encor ça.

Lo regnrdniit en dessous.

Tout doré. De beaux yeux.

IMus de jeunesse avec moins de dorure est mieux. Mais il a lair d'avoir bien de l'esprit.

GALLUS

Jolie Comme la trahison et comme la folie!

Ce petit pied, ce bras exquis, convenons-en, Cela n'était pas fait pour rester paysan.

Lison se rapproche du miroir et considère son manteau de velours et d'hermine

Il la regarde se mirer.

Elle sera perverse en étant bien conduite.

Rien qu'à la voir songer, j'ai compris tout de suite

Qu'en cette fille pauvre et coquette j'avais

Un bon assortiment de tous les goûts mauvais.

Volupté, vanité, toilette, argent, paresse.

De son ongle déjà le diable la caresse.

Croquons-la. Cette fois, je me crois bien tombé.

Une faunesse exquise et digne d'un abbé!

Il s'approche d'elle avec une admiration passionnée. LISON, regardant le duc fixement.

Souvent le cœur est froid quand les yeux semblent ivres.

GALLUS

Comment sais-lu cela?

LISON

Je l'ai lu dans les livres.

GALLUS, à part.

Elle sait lire! C'est une difTormité.

Ma sauvagesse sort de l'université!

Une savante! Ça trouble mes conjectures.

Il réfléchil.

Tout se répare avec un bon cboix de lectures. Faublas. Crébillon fils.

Avec un haussement d'épaules.

Aussi je lui trouvais Un certain air lettré...

Lire! est-ce donc mauvais?

GALLUS

Non. Ne pas lire est mieux. Une fille n'est faite Que pour être jolie et tout changer en fête. Le temps qu'on donne au livre on le prend à l'amour. Aucun livre ne vaut un baiser.

A part.

Quel sot tour On m'a fait là, d'apprendre à lire à cette fille ! L'ignorance est sur l'àme une charmante grille,

KSCA. — LISON. 2i!»

Qu'il csl loi'l aiiuisunl tlciili-'ouvrir lenleinenl.

Noiivcuu liHiissiMiiiMit d'épaulos, comme queli|u'iiri i|tii |irriiil son juirli. n SI- loiirni' vers elle.

rii'ois-iiioi (l'alxii'd l'ii loiil. C'est lo coinmcnccmonl.

LISON

Je erois tout ce qu'on dit, à moins qu'on ne le jure.

GUNICH, en observation au fond du théAtre. A piirt.

Bon détail. Je mettrai ce mot dans ma brochure Sur les femmes.

OALLUS, il Lison.

Tu n'as toujours pas dit ton nom.

LISON

Elisabeth, qui fait Lise, ou bien Lisa.

Non.

Moi je te nommerai Zabeth. Te voilà née. Je coupe en deux ton nom comme ta destinée. Et tu t'appelleras la marquise Zabeth.

LISON

Marquise!

GALLUS

Je suis prince. Une étoile tombait, L'amour la ramassa. Cette étoile est la joie. Je serai ton esclave.

A part.

Et tu seras ma proie.

Soyons joyeux. Vivons. La vie est un gala.

■ LISON, se regardant dans le miroir. A part.

Oh! comme je suis belle avec ces choses-là!

A Gallus.

Monsieur! reprenez tout!

GALLUS

Pourquoi?

LISON

C'était pour rire, N'est-ce pas?

GALLUS

Je l'entends bien ainsi.

Je me mire Avec des diamants, et j'oublie, ah mon Dieu! Que je dois aujourd'hui me marier.

GALLUS

Parbleu, Tu peux...

LISON

Dites-moi vous.

LSCA. LISON. tJoi

(iALLUS.

Madame la inurciuise, Vous pouvez...

LISON

Laissez-moi! je suis la pauvre Lise.

On iiiloiid un liiuit (le violons cl le claqueinciil d'un fouel daus lu roulo ilCn haut.

GALLUS

Voire voiture vient!

LISON

Celle charrette!

GALLUS

A moins Que vous ne préfériez celle-ci.

l'arait la voilure dorée ii quatre chevaux revenant dans la roule basse par le côté d'où elle est sortie.

GUNICH, au duc. Du fond du théâtre.

Sans témoins Fuir serait aisé.

LISON, à Gallus.

Mais... — à qui donc ce carrosse?

GALLUS

A vous.

LISON

A moi!

Le carrosse s'arrête. Gunich ouvre la portière. Gallus abat le marche-pied et y fait monter Lise éperdue.

GALLUS

Viens, c'est... ta voilure de noce!

Tous sont dans le carrosse. La portière est refermée. Le carrosse part. An niuaicnt où il sort, entre dans la route liante, du cùté opposé, la charrette traînée par l'àiie. On aperçoit dedans un groupe en tète duquel on voit Harou eu habits de marié avec un gros bouquet, et deu.x violoneu.\ qui jouent du violon.

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