GU> ICH
Dame! c'est une idole.
GALLUS
Et l'athée à ce temple Construit par moi, c'est moi.
Vous vous vantez.
GALLUS
Jamais.
Amoureux, moi! jamais. Je rirais, si j'aimais!
GUNICH.
Non, mais vous feriez rire et seriez une altesse Fort compromise aux yeux des badauds de Lutèce. Comme avec un éclat de rire ils vous défont!
Paris la bonne ville est très méchante au fond. Une altesse, elle mord dedans, elle en déjeune. Quelle chute pour vous si l'on vous trouvait — jeune! Vous voilez votre cœur, vous sentant en danger, Ah! peste! vous le loup, de passer pour berger.
Un Bartholo! moi!
Non. Céladon, grand modèle.
GALLUS
Quoi! Zabeth!
GUNICH.
Monseigneur ne peut se passer d'elle.
Vous la traînez partout, cette madame-là. Cette Lison changée en marquise brilla Tout de suite, en jetant aux moulins sa cornette. Près de vous, comme auprès du soleil la planète. Bel astre. Et monseigneur a je ne sais quel air De peu s'en soucier et d'en être très fier. Ces nuances-là, dont se compose l'églogue, Sont l'énigme du cœur humain.
G A LL U S, haussant les épaules.
Idéologue!
GUNICII.
Il vous la faut toujours, partout, car elle m'a Supplanté, cette dame, oui!
Ksr.A. LA .MAi;(»risi: /ai'.ktii. -ic^r,
(lALLUS.
LCiilcr le loiiiia De la lai«loiir tli' riiomino et de la jalousie De la femme.
GUNICII.
Avouez, c'esl une fanlaisie, G'esl un eapriee, on peut aimer par accident, Convenez avec moi voire vieux confident Qu'elle égratigne un peu votre àme.
A pari, l'icunaiit.
Une âme mûre!
r, AL LU s.
Je n'ai poinl dame, oison, donc point d'égratignure.
GUNICH.
Au fond, vous la prenez au sérieux.
GALLUS
Qui? moi!
J'en ris.
GUNICH.
Vous afîectez d'en rire. On voit pourquoi. s un dévc Vous vous cachez.
Vous êtes un dévot honteux de son église
GALLUS
Nella m'échappant, j'ai pris Lise.
Je chassais, je cherchais des appas indulgents. Une charmeuse ayant pitié des pauvres gens,
Un peu libre, un peu folle, ayant de la clémence.
Tombé sur des vertus par un basard immense,
M'étant cassé le nez juste à l'escarpement
D'une vierge d'acier, d'ombre et de diamant,
Ayant vu tout à coup, quand je rêvais la butte
Montmartre où dix moulins font gaîment la culbute,
Surgir avec sa neige auguste la Yungfrau,
Ayant tiré du sac ce mauvais numéro,
J'ai dit : je me crois aigle et lion, je suis âne.
Je me suis rejeté sur une paysanne
Quelconque, fort jolie et pas bête, ma foi,
Et je l'ai faite reine en me défaisant roi.
Roman simple; et j'en suis au deuxième chapitre.
Gallus fouille dans le gousset de son gilet, en tire sa tabatière, ne s'aperçoit pas qu'il vient d'en tirer en même temps un papier, et prend une prise de tabac. Le papier est tombé à terre. Gunich, en arrière de Gallus, le ramasse, y jette un coup d'œil, et le met dans sa poche pendant que Gallus éternue et secoue d'une chiquenaude les dentelles de son jabot.
GUNICH.
Çà, vous êtes un roi duquel je suis le pitre.
GALLUS
Faquin !
GUNICH.
Le conseiller d'état, si vous voulez. Je plains les papillons aux cbandelles brûlés. Je vous vois approcher d'une flamme hagarde. Charmante et formidable, et je dis : Prenez garde. Quelque chose se passe au fond de votre cœur. Vous êtes un captif qui se drape en vainqueur.
KSCA. - LA .MAlK.il ISK ZAlîKTII. -JtiT
C'csl mic iiialailie ('Iraiij^c propre aux huiniiics Très corrompus, lilasés, ('X(|iiis, coiiiiue nous sommes, D'idolàli'ci' avec di-tlain, cl (It-lrc j)ris l'arfois prorondômeul, loiil eu disant : je ris. L'eau qu'on jelle à ce feu le i-allunie el l'attise. Esl-on jaloux? fi donc! tendre? (juelle bèlise! Si queUpiuii vous pénètre et dans voire âme lit, On se fàdie ; on se sent comme en flagrant délil. Surtout il ne faut pas (|ue la belle s'en doute. Qu'aime-l-on d'elle? rien. Et tout. Sotte, on l'écoute. Grasse, c'est un Rubens; maigre, c'est un Watteau. Don Juan extérieur, Pvrame incognito.
On se croit libertin. Point. On est platonique. On couve en souriant un vague amour chronique. On aime l'àme, et non la chair fragile, on croit N'être que gris, hélas ! on est ivre. L'œil froid Masque le cœur brûlant.
GALLUS
Dadais métaphysique!
Hors la bonne cuisine et la bonne musique, Qui sont la même chose au fond, je n'aime rien.
Hum ! parfois le lion a dans sa cage un chien.
11 croit d'abord qu'il va le manger; puis il l'aime.
GALLUS
Rien ne m'enivre.
Hum!
Je suis froid par système.
GALLUS
Hum !
Tu dis?...
GUNICH.
Est-ce un cri factieux? je dis Hum!
GALLUS
Mon cœur est le sommeiL
GUNICH.
L'amour est l'opium.
Pardon, le cœur d'un prince, on ne sait trop qu'en dire. Livre doré sur tranche où l'on n'ose pas lire. Pourtant permettez-vous que...
GALLUS
Ruse, je permets.
GUNICH.
L'amour se pique au jeu quand on lui dit Jamais! Vous cachez l'aventure et moi je la devine. La rêver infernale et la trouver divine, Voilà votre accident devant cette Zaheth.
liSCA. — LA AlAUgLl^l:^ ZAiiKill. ■2ti'J
(JALI.US.
El (rul)Oi'(l. lu lie sais pas inôiiic t'alpliahet Du l'cspccl. Nomme-la madame. Klle est au prince. A moi, (pii suis ton maître. Kl maintenant, si mince Que soit lim iiitellrct, comprends que, sans déchoir, Je ne puis aimer, uuji (|ui jette le mouchoir. Lire un Tityrc inopto au ("ond d'un site agreste, A d'autres! N'ainuint pas, je reste moi. Je reste Le maître. Devenir amoureux, moi rieur! Tu crois que je prendrais ce rôle inférieur!
GUMCH, ricanant.
Le rôle vous prend.
Non. Si bon te semble, cerle, Vieux fou, sois amoureux, passe aux femmes, déserte. Moi, point. J'ai pu, le jour où le dégoût me prit, Abdiquer comme roi, mais comme homme desprit, Non pas. Moi, grimacer l'amour! Qu'on me lapide. Je vois mes rides, va. Me crois-tu donc stupide Jusqu'à m'imaginer que de jeunes yeux bleus Planteront là messieurs les blancs-becs merveilleux Pour contempler rêveurs mon gilet de flanelle ! Ah ! rien ne change, ami, la nature éternelle ! Avril sera toujours par Aurore ébloui.
Matin et renouveau sont des lieux communs; oui. C'est vieux, le lys, c'est vieux, la rose; mais qu'importe, C'est toujours jeune, et l'aube est toujours la plus forte.
Oui, pour comprendre l'ombre et les cieux infinis, L'astre et la fleur, Ghloé se penche sur Daphnis; Oui, Nella cherche George; oui, les Agnès épèlent Les Chérubins ; jeunesse et jeunesse s'appellent. Est-ce toi, printemps? dit la fauvette tout bas. II faut les bleus sommets pour les tendres ébats. Résignons-nous. Rions.
GUNICH.
Monseigneur se résigne.
Il est grand, puissant, riche, illustre, auguste, insigne. Et son manteau royal d'aigles est parsemé.
GALLUS
A quoi cela sert-il si l'on n'est pas aimé !
GUNICH.
Vous êtes toujoui's sur, vous, prince, d'être au faîte.
Devant les femmes, non. L'orgueil du rang est bête.
Pour la femme, un roi passe après son page. Un duc
Ne vaut point ses laquais, mon cher, s'il est caduc.
Aucun soleil couchant n'a droit à l'espérance.
Le sage ne fait pas aux jeunes concurrence ;
11 ne va pas livrer un sot amour risqué
Aux quolibets des gens qui flânent sur le quai ;
11 voit son œil s'éteindre auprès d'un œil qui brille ;
Il s'observe. Devant n'importe quelle fille.
Devant une catau de trente sous, on est
ESCA. - LA MARQIIISK ZAMKTII. -271
Allir lies lliil).sl)oiir;^ el des IMaiilaj^ciicl, Landgrave palaliii, dur (l'AiilriclK', infaiil (l'K.slc, Prince!... On voit ses chevenx blanchir, on est modeste.
(iUN ICII.
On se poudre!
(i.vr. r. i:s.
Ah! In crois, l)aron de peu de sens, Qne celte neige-h'i cache celle des ans! Mais j'ai dix lustres !
ou NIC II.
Soit. Bel âge!
(iALLUS.
Tout s'envole, Mais je ne serai pas un Géronte frivole. C'est assez d'avoir cru trop longtemps au matin. Hélas ! c'est triste. Avoir arrangé son destin, Son cœur, ses goùls, sa vie éclatante et sonore. Pour être à tout jamais la jeunesse, l'aurore. L'aube, et voir sur son front monter la sombre nuit !
Ah! je conviens que l'âge à la jeunesse nuit. Être jeune est le ciel. Rester jeune...
GALLUS
Est l'abîme.
Un ridicule à moi ! J'aimerais mieux un crime. Oh ! qui que vous soyez, devant Lise ou Ninon,
Tenez-vous bien, soyez moqueur et fort, sinon
Vous verrez bientôt poindre une belle hargneuse.
Le méprisant peut seul braver la dédaigneuse.
Surtout, méfions-nous des scènes que nous font
Ces belles, et des cris, et de leur art profond
De s'irriter, de fondre en pleurs, d'être hardies.
Et ne nous laissons pas prendre à leurs comédies.
Plutôt livrer ma vie au tigre libyen
Qu'à la femme? — A propos, mon anneau, tu sais bien?
Ma bague empoisonnée?
GUNICH.
Ah! cet anneau terrible Qui contient un poison.
GALLUS
Un remède infaillible.
GUNICH.
Eh bien?
GALLUS
Je ne l'ai plus.
Comment ?
GALLUS
On me l'a pris Pendant que je dormais ou bien que j'étais gris.
Je le regrette.
KSCA. LA M\l!()inSK ZAI'.KTII. nr.i
CUMCII.
An fait, ci'lait un jovan rare.
r.ALLUS.
Un ami. (Ici anneau nio venait île Ferrare
Dont une Borgia fut duchesse. On vieillit.
Tu eomprends ; le destin devient un mauvais lit;
Un vieux beau, c'est un être absurde et difficile,
Diin côté sensilive et de l'autre fossile.
(^n sort de l'opéra, du bal, de chez Mesmer,
De chez le roi de France, avec le mal de mer.
C'est pour cela, dùt-on n'en jamais faire usage,
Qu'on tient à ces bijoux sinistres, et qu'un sage,
A tous les biens qu'il a, (ju'il attend, qu'on lui doit,
Qu'il espère ou qu'il veut, joint la mort, bague au doigt.
G UNI en.
Un suicide en l'air, facultatif, possible,
Départ à volonté pour le monde invisible,
Avoir toujours la clef du tombeau sous sa main,
Faire, comme un valet, venir ce noir Demain,
Avoir derrière soi l'éternité qu'on sonne
Et qui pax'aît : Que veut monseigneur? — J'en frissonne.
Mais c'est bien agréable, au fait.
GALLUS, pensif.
L'empoisonneur Des bijoux, c'est le sort.
POÉSIE. — XT. 35
C'est vous. — • Donc, monseigneur.
C'est dit. Vous n'aimez point votre bonne fortune.
GALLUS
Zabeth !
Il hausse les épaules.
Bab!
Soit. Ebbien! moi, je vais vous faire une... Révélation.
GALLUS
Quoi?
GUNIGH, s'approchant de la erédence et montrant le bouquet.
Voyez-vous ce bouquet?
GALLUS
Oui.
GUNIGH.
De qui ça vient-il?
GALLUS
De quelque freluquet Qui, ne pouvant payer des diamants infâmes, S'imagine qu'avec des fleurs on a des femmes.
GUNIGH.
Tous les jours il en vient pour madame un pareil.
Il montre Técrin.
Voyez-vous cet écrin?
ESCA. — LA MAlKJlilSK ZAI5KTII.
(i Al. LU s.
Sur cv plal (If vcniicil?
Oui. ('.'(^1 (|iu>l(}ue ^^alaiil, nioin.s iiiiioceiil (|iic laulre, Qui vciil [ilairc.
(lUNlCIi, s'approciiaiit du la fenélro ut iiiuiilraiit lu jardin.
Kn ce parc dossinc par Lcnùtre, Tous les lualius ou joue une aubade.
G.VLLUS.
Oui. Très haut.
C'est encore un galant quelconque. Un peu bien sol. Car c'est à la Vénus qu'il offre la diane.
Quelqu'un tous les jours donne un bouquet.
Qui se fane.
GUNICH, coutinuaut.
Un écria, un concert. Et monseigneur le sait.
GALLUS
Je sais encor ceci qu'on ne sait pas ({ui c'est. Ces trois bergers masqués et muets me font rire. Personne ne connaît leurs noms.
GUNICH.
Personne, sire.
Excepté moi.
(iALLUS.
Tu dis?...
GUNICH.
Excepté moi.
IJALLUS.
Tu crois Les connaître?
GUNICH.
Je peux les nommer.
GALLUS
Tous les trois?
(iUNICH. V
Tous les trois. Le premier, le jeune, offrant des roses, C'est vous. L'autre, plus vieux, donnant ces belles choses, Ces diamants, c'est vous. Le troisième, à genoux Aussi lui, le seigneur des aubades, c'est vous.
GALLUS
Et bien, après?
C'est vous.
GALLUS
Voilà ta découverte!
GUNICH.
Niez-vous?
ESCA. — LA AlAUijLlSl:; ZAliKTll. -2"
(;Ai.i.rs.
Non. C'est vnii. nufii coiiclul moiisieiii-'/
eu M cil.
Cerle, Que vous êtes, mon prince, (Miormi'ment é|iris.
t; A L L U s, se tenant les cotes.
Ah! vraiment, mon haron est trop hète. Ah! j'en ris!
Ah! je suis amoureux parce (jue je m'ennuie,
Kl (juil me plaît de mettre un rayon dans la pluie,
Du soleil dans la brume, un sourire en des yeux
Qui, tristes, seraient laids, et qui sont beaux, joyeux.
C'est mon goùl. La beauté, plus la gaîté; fleur double.
Ah! mon pauvre espion myope, tu vois trouble.
Ah ! je suis amoureux parce que je distrais
Mes cinquante ans à mettre en relief des attraits
Qui, charmants sous des fleurs, sont exquis sous des perles !
Parce que le sommeil des moineaux et des merles
Ne m'est pas à ce point sacré que dans ce bois
Je ne me glisse avec des joueurs de hautbois,
Et parce que j'ordonne à cinq ou six maroufles
De faire avec leurs chants, leui's gammes et leurs souffles,
Flotter un sons^e d'or sur de beaux veux fermés !
Parce que j'ai le goût des bouquets embaumés,
Des bijoux envoyés aux belles, par Hercule,
Je suis un vieux crétin d'amoureux ridicule!
Je m'amuse, morbleu! j'ai cette fille-là,
Et j'en fais le motif d'un éternel gala!
Mais à qui donc veux-tu que je donne des roses?
A toi? Quand tes gros yeux collent leurs cils moroses,
Quand tu dors, dois-je aller, pendant une heure ou deux.
Faire de la musique à tes rêves hideux?
Faut-il qu'au point du jour sous tes volets je rôde?
Dois-je faire couler la perle et l'émeraude
En rivières autour de ton vieux cou ridé?
Dois-je te déclarer sultane validé?
^Egipans, nymphes, dieux, ù faunes de Sicile,
Accourez, venez voir cet immense imbécile!
Mais pense un peu; voyons, peux-tu? Lise a vingt ans.
J'en ai cinquante. Eh bien, je me masque, et j'entends,
A défaut du bonheur, fleur que nul ne transplante,
Lui faire une nuée amoureuse et galante.
Personnages du conte : Angélique et Médor.
Elle est Danaë. Soit. Moi, pluie et grêle d'or.
Elle est Héro, pensive, et moi je me ranime
A lui faire rêver un Léandre anonyme.
Trouves-tu qu'être aimable est au-dessous de moi?
Trop de distance! elle est goton et je suis roi.
Non, bélître. Elle est femme, et je suis gentilhomme.
Etre amoureux! jamais. Non. Mais être économe.
Non plus. Garder son cœur, dépenser son argent,
C'est ma mode. Etre aux goûts d'une femme indulgent.
Lui faire tous les jours d'agréables surprises.
Lui racheter l'ennui de voir vos mèches grises
Par des bals, des bijoux, des fleurs ; être courtois,
Et se taire ; et n'aller pas crier sur les toits :
Mesdames et messieurs, je suis celui qui paie !
KSCA. LA M AlîiJIISF-: ZAr.FTH. -27!»
Faii'c cil soiiiiiic à In Itcllc iine cxislenro ^nio, Lilnv, opiilcnle, vive et jcimo, do façon A se (liro : après loul je suis un Ixm garçon ! Voilà I"(''I(''L;aiic('. Hein?
r. UN icu.
Vous êtes à l'escrime
Très fort.
Je te dis, moi, de m'aecuser d'un crinio, Kt non d'une bêtise. Étant déjà l'amant. Si j'étais l'amoureux, je serais fou vraiment.
GUNICH.
Vous me jetez ce mot : buse !
GALLUS
Oui, je le décoche.
GUNICH.
Mais il ne faudrait pas alors de votre poche Laisser tomber ces vers écrits de votre main.
II présente à Gallus le papier que Gallus a laissé tomber, le déploie, et se met à lire.
Sonnet. A Zabeth.
Déclamant.
... Belle au regard inhumain...
G.\LLUS, lui arrachant le papier.
0 stupide espion ! voleur plus bête encore !
Que ne suis-je encor roi pour que je te décore De l'ordre d'ânerie inventé tout exprès !
Mais lisez, monseigneur.
Lui inoiUranl \i: sunnel.
— ...Vos appas... VOS attraits... — Donc vous voulez charmer! Donc vous désirez plaire!
(iallus jette le papier au feu.
GALLUS
Tu me feras crever de joie et de colère.
Tudieu! quel animal réjouissant! Comment!
Parce qu'étant poëte, un peu, suffisamment
Pour égaler, si bon me semble, qui? Virgile,
Je bâcle un vers ou deux, je meurs d'amour! Mais, Gille!
Un poëte est un être indifférent, divers,
Qui s'exerce à viser un cœur avec un vers.
Qui prend pour but d'une ode une femme quelconque.
Et qui, tout en criant : C'est Vénus dans sa conque !
C'est Léda sur son cygne ! Hébé ! turlututu,
Ne veut pas plus charmer cette femme, vois-tu.
Qu'un archer dans un tir ne veut tuer la cible.
La cible est en carton. La femme aussi. L'horrible,
C'est d'avoir pour laquais un baron saugrenu
Tel que toi, marié jadis, jadis cornu.
Croyant aux vers ! Le vrai poëte est impassible.
Si les sonnets comptaient, tout serait impossible.
Être forcé d'aimer, parce que ça rime !
KSCV. I, A M\lî(M ISi; /AI'.r.TII. 2SI
Oui.
Ail (oiid, c'csl vrai, f.a rimo est piégc.
(i A LUS.
Iloinine inouï.
Apprends loul. (lo sonnol, pour comble d'aventure, Zabolli la dans les mains!
c INICH.
Mais d'une autre éerilure.
(iageons.
Certes. Je puis fabriquer, s'il me plaît, Des vers, mais je les fais écrire à mon valet. Par instants, une envie, honnête et sage en somme, Me prend d'écoi'cher vif ce hideux gentilhomme ! Apollon, c'est ainsi que tu remercias, Pour avoir chanté faux, le nommé Marsyas.
GUNICH.
Je chante juste.
GALLUS
Va, je suis impénétrable.
Inaccessible, inex...
GUNICH.
Pugnable.
Souriant et saluant.
Et vulnérable.
GALLL'S.
Comme Achile alors. Soit. Au talon. Non au cœur.
Le cœur, souvent les grands l'ont au talon.
GALLUS
Moqueur, Tu seras avec moi le moqué. Je t'enseigne, Et ma gaîté te crible, et ta bêtise saigne.
GUNICH.
Vous perdez vos anneaux, vous perdez vos sonnets. Prenez garde.
G AL LU s, lui lournanl le dos.
II me prend pour un de ces benêts Qui, vu qu'un grand cordon leur coupe en deux le ventre. Rêvent de plaire au sphinx accroupi dans son antre, A la femme.
S'affaissant sur ses talons et regardant Gunioli e» face.
L'amour pour les niais est bon.
Je puis être un vieillard, mais jamais un barbon. De Louis quinze vieux bien souvent nous sourîmes, Personne ne rira de moi. Quant à mes rimes. C'est un jeu, mes bouquets de même. Et, fùt-on roi, Il faut avec la femme enfin qu'on a chez soi, Belle ou non, paysanne, ou marquise, ou comtesse, Savoir vivre. De là mes cadeaux. Politesse.
M se A. LA MAIUII ISK ZAnKTII. -2h:\
t, 1 N I (II.
N Oiis ries, monseigneur, épenluinenl poli.
c.VM. us.
A présent, sois miiel. .le t'ordonne loHhli. Si de ceci In dis un mol, ma politesse T'étranglera.
GUNICH, écoiilaiil à la (;raiule porlc di' gauche.
J'annonce un groupe à votre altesse.
Knlri' Zabelh, ot avec elle une foule de petits jeunes gens, parmi lesquels le duc de Montba/.(iii, avec le cordon bleu, le duc de Créqui avec lu croix de Saint-Louis, lord KffiiiKliaiu avec la jarretière, le vicomte de Thouars. Au milieu des jeunes gentilshommes, un docteur, noir, en perruque ronde. En avant du groupe, un abbé. L'abbé entre le premier, en dansant et en raclant une guitare.