‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 9 sur 97 · ANIMA VILIS · texte numérisé non relu

ANIMA VILIS

A force d'insulter les vaillants et les justes,

A force de flatter les trahisons augustes,

A force d'être abject et d'ajuster des las

De sophismes hideux aux plus noirs attentats.

Cet homme espère atteindre aux grandeurs; il s'essouffle

A passer scéléi*at, lui qui n'est que maroufle.

Ce pédagogue aspire au grade de coquin.

Ce rhéteur, ver de terre et de lettres, pasquin

Qui s'acharne sur nous et dont toujours nous rîmes,

Tâche d'être promu complice des grands crimes.

Il raillait l'art, et c'est tout simple en vérité,

La laideur est aveugle et sourde à la beauté.

Mais être un idiot ne peut plus lui suffire,

Il est jaloux du tigre à qui la peur dit : Sire !

Il veut être aussi lui sénateur des forêts ;

II veut avoir, ainsi que Montluc ou Verres,

Sa caverne ou sa cage avec grilles et trappes

Dans la ménagerie énorme des satrapes.

Ah çà, tu perds ton temps et la peine, grimaud !

Aliboron n'est pas aisément Béhémoth;

Le burlesque n'est pas facilement sinistre ;

Fusses-tu meurtrier, tu demeurerais cuistre.

Quand ces êtres sanglants qu'il te plaît d'envier,

Mammons que hait Tacite et qu'admire Cuvier,

Sont là, brigands et dieux, on n'entre pas d'emblée

Dans leur épouvantable et royale assemblée.

Devenir historique, impossible pour toi !

Sortir du mépris simple et compter dans l'effroi,

Toi, jamais! ton front bas exclut ce noir panache.

Ton sort est d'être, jeune, inepte; et, vieux, ganache.

Vers l'avancement vrai tu n'as point fait un pas ;

Tu te gonfles, crapaud, mais tu n'augmentes pas ;

Si Myrmidon croissait, ce serait du désordre ;

Tu parviens à ramper sans parvenir à mordre.

La nature n'a pas de force à dépenser

Pour te faire grandir et te faire pousser.

Quoi donc! n'est-elle point l'impassible nature?

ANIMA \ lus.

l'iinc (|iit' lies Irlards, iioiinis ilc iMHiiiiliirc,

Soiiliiiilcnl ilt>vcnii' (liaisons cl caïmans,

Kllc consonlii-ail à ces f^rossissemcnls !

Le ver serait hoa ! l'Iunlre deviendrail l'hydre!

Loeusle empoisoniiail \o vin, et non le cidre;

L'enfer (il Arélin lerriMe, cl non IJrusqucl.

Un avorton ne peiil (]n"avorler. Le roquet

S'efTorcc d'être loup, mais il s'arrête en roule.

Le ciel mystérieux fait des guépards sans doute,

De fiers lions bandits, pires (jue les démons,

Des éléphants, des ours ; mais il livre les monts.

Les antres et les bois à leur majesté morne,

Mais il lui faut l'espace et les sables sans borne

Et l'immense désert pour les démuseler!

Le chat qui veut rugir ne peut que miauler,

En vain il copierait le graml jaguar lyrique

Errant sur la falaise au bord des mers d'Afrique,

Et la panthère horrible, el le lynx moucheté ;

Dieu ne fait pas monter jusqu'à la dignité

De crime, de furie et de scélératesse

Cette méchanceté faite de petitesse.

Les montagnes, pignons et murs de granit noir

D'où tombent les torrents affreux, riraient de voir

Ce preneur de souris rôder sur leur gouttière.

Un nain ne devient pas géant au vestiaire.

Pour être un dangereux et puissant animal,

Il faut qu'un grand rayon tombe sur vous ; le mal

N'arrive pas toujours à sa hideuse gloire.

Dieu tolère, c'est vrai, la création noire.

Mais d'aussi plats que toi ne sont pas exaucés.

Tu ne parviendras pas, drôle, à t' enfler assez

Pour être un python vaste et sombre au fond des fanges;

Tu n'égaleras point ces reptiles étranges

Dont l'œil aux soupiraux de l'enfer est pareil.

Tu demeureras laid, faible et mou. Le soleil

Dédaigne le lézard, candidat crocodile.

Sois un cœur monstrueux, mais reste une àme vile.

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