‹ Les querelles religieuses & parlementaires sous Louis XVChapitre 111 sur 134 · LA DÉFAITE DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LA DÉFAITE DU GOUVERNEMENT

Les actes ne répondirent pas aux paroles : le Parlement de Paris put fatiguer le souverain de ses remontrances sans être frappé. En réalité le gouvernenlent semblait n'avoir qu'un but, obtenir la condamnation rapide de La Chalotais. La commission extraordinaire avait été dissoute ;

mais le Parlement de Rennes, maintenant saisi, ne pouvait juger vite. Les avocats ne voulaient pas rentrer, et ne se décidèrent à revenir que sur la menace d'être astreints au service de la milice et des patrouilles ; puis les juges n'étaient pas nombreux : 21 magistrats sur 41 s'étant récusés, il suffisait de la moindre maladie pour empêcher toute activité. Aussi d'Aiguillon imagine-t-il de disjoindre de l'accusation un chef, la confection de billets anonymes injurieux pour le roi où les La Chalotais étaient impliqués. Et il fit accepter son plan à la Cour. Mais l'accusé principal devint fou; le rapporteur désigné travaillait lentement; on multipliait les expertises d'écriture. Le gouvernement, lassé, décida d'évoquer l'affaire au Conseil des parties. Alors ce fut de nouveau le déchaînement des Cours souveraines. Paris, qui avait déjà été dessaisi d'une procédure connexe, et auquel on avait arraché par force les dossiers de la cause, donna le branle. Après avoir protesté sans succès auprès du roi, contre l'évocation, il convoqua les pairs qui naturellement ne vinrent pas. Mandé en corps à Versailles pour entendre de la bouche du souverain la défense de continuer de s'occuper de l'affaire, il répliqua le lendemain en arrêtant de nouvelles remontrances qui débutaient ainsi (F., II, 674):

La réponse de V. M. aux dernières remontrances de votre Parlement, loin de calmer ses inquiétudes, n'a pu que les augmenter... Si votre Parlement. . . a reconnu dans cette réponse la justice et la sagesse qui inspirent à V. M. la volonté de maintenir l'exécution des lois, il a vu avec autant de douleur que de surprise qu'on a cherché à rendre illusoires les vues de V. M. en voulant autoriser par les circonstances l'infraction de ces mêmes lois. L'empire des lois d'ordre public doit toujours être supérieur aux circonstances... et l'exemple d'une loi pliée et subvertie serait le présage et l'essai... de l'anéantissement de toutes les autres...

Le Parlement fut invité à revenir le lendemain entendre la réponse royale. A la surprise générale, ce fut la capitulation. Le Conseil, après avoir examiné la cause et constaté l'inanité des preuves, jugea prudent d'esquiver la publicité du débat. Laverdy pesa, semble-t-il, dans le sens de l'amnistie, et Maupeou l'appuya. Le roi se prononça en ces ternies (F., II, 678):

J'ai voulu connaître, par le procès que j'ai fait instruire, la source et le progrès des troubles qui s'étaient élevés dans ma province de Bretagne. Le compte qui vient de m'en être rendu m'a déterminé à prendre le parti de ne donner aucune autre suite à cette procédure ; je ne veux pas trouver de coupables ; je vais faire expédier des lettres de mon propre mouvement pour éteindre, par la plénitude de ma puissance, tous délits et toutes accusations à ce sujet,

LES AFFAIRES DE BRETAGNE

et j'impose sur le tout un silence absolu. Au surplus, je ne rendrai ni ma confiance ni mes bonnes grâces à mes deux procureurs généraux de mon Parlement de Bretagne que j'ai jugé à propos d'éloigner de cette province.

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