LE DISCREDIT DES PARLEMENTS
L'assiduité des juges, leur ardeur au travail diminuaient constamment. « Je suis pénétré de honte, écrivait Miromesnil, du peu d'expédition qu'ont eu les affaires particulières pendant le cours de l'année. » Les Parlementaires restent de plus en plus longtemps en vacances; certains ne veulent plus s'occuper que des affaires publiques. La qualité des membres n'a cessé de décroître : le recrutement devenant difficile, on a dû accepter tous les candidats. Le roi ayant voulu supprimer les dispenses en 1756, les Parlements protestent avec énergie et obtiennent le retrait de la mesure.
Les procès comme ceux de Calas, du chevalier de la Barre, ont discrédité la justice parlementaire auprès des hommes éclairés ; depuis l'affaire de l'Encyclopédie, les philosophes sont hostiles aux Coure -^■'
souveraines. Voltaire écrit, au iS^ chant de la Pucelle, composé vers 1761 :
Je les ai vus, ces héros d'écritoire,
De nos bons rois ces tuteurs prétendus
Bourgeois altiers, tyrans en robe noire,
A leur pupille ôter ses revenus.
Par devant eux le citer en personne,
Et gravement confisquer sa couronne.
Les gens de biens qui sont à vos genoux
Par leurs arrêts sont traités comme vous.
Protégez-les ; vos causes sont communes :
Proscrit par eux, vengez leurs infortunes'.
Une réforme s'impose donc, qu'on peut accomplir sans danger. La popularité des Parlements décroît auprès de la bourgeoisie comme le montre l'avilissement des charges.
Barbier écrit dans son Journal dès 175 1 :
Il fallait, il y a cinquante ans, consigner 100 000 livres au trésor royal, dix ans avant, pour avoir une charge à son tour. Il y avait des anciens conseillers de Grand'Chambre qui avaient acheté leurs charges plus de 1 50 000 livres, il y a environ 80 ans... Aujourd'hui les charges de conseillers au Parlement sont à 54000 livres, et il y en a plusieurs à vendre 2.
Miromesnil confirme cet avis en 1766 : « Les charges de magistrature n'ont jamais été à aussi bas prix qu'elles sont » et note qu'il y a en 1756 19 charges vacantes.
La popularité des Parlements décroît aussi auprès du peuple et le gouvernement, à sévir contre les Parlements, n'a point à redouter de révolte populaire. Miromesnil le sait et le dit dès 1766.
Je vois clairement le dépérissement de la magistrature. Lors de la démission du Parlement de Paris, lors de celle du Parlement de Rouen, lors de celle du Parlement de Pau, lors de celle du Parlement de Rennes, le public n'a paru y prendre qu'un médiocre intérêt. L'on en a été quitte à Paris pour quelques plaisanteries sur la chambre royale ; à Rouen tout a été tranquille pendant 4 mois environ qu'a duré la démission, et l'on a seulement murmuré du tort que le Parlement faisait à la province en cessant de rendre la justice. La province de Béarn a reçu avec joie son nouveau Parle-