L'ÉTAT D'ESPRIT DES CONVULSIONN AIRES
Ces fanatiques avaient l'âme dés anciens puritains anglais. Us brûlaient de confesser leur foi. Carré de Montgeron veut convaincre le roi de la vertu du diacre Paris, compose dans cette intention un livre qu'il présentera à Louis XV ; et voici comment il se prépare à l'entrevue.
Il s'est préparé à l'action éclatante qu'il méditait 2, et aux tribulations qu'il espérait en devoir être la récompense paf des prières qu'il n'a point manqué de faire chaque jour pour ce sujet, par des
Marville, Lettres, II, 215.
Présenter son livre au roi.
LA U.Uhi>llUN KtLlUltUbt, Ut 1720 A 1740
jeûnes et d'autres pratiques de pénitence, par d'abondantes aumônes, par une application particulière aux devoirs de sa charge, par un mépris général de tous les biens, de tous les plaisirs, et de toutes les espérances du monde... Les huit derniers jours, il s'était fait un lit de cendres qu'on a trouvé sous son lit ordinaire : il jeûna au pain et à l'eau ; il communia à sa paroisse le 2 5 juillet, fête de saint Jacques, et parut dans cette action comme un ange. Le samedi 27, avant que de partir pour Versailles, il assembla environ douze, tant ecclésiastiques que laïques qu'il logeait et entretenait dans sa maison, leur fit un discours plein d'onction sur la Providence, les exhorta à s'y fier pleinement, et se recommanda très particulièrement à leurs prières.
Après ces préparations assez semblables à celles d'Esther, il se revêtit comme elle des habits convenables à son état, et alla dans les mêmes sentiments s'exposer pour son Roi et pour son peuple '.
Voici de même l'état d'esprit d'un petit bourgeois.
Il y a quelques jours, on dénonça au Parlement le sieur Simara, ancien libraire de la rue Saint-Jacques, comme prêtant sa maison et son ministère aux intrigues de ce parti ; le Parlement nomma un conseiller pour s'y transporter, dresser procès-verbal, et même arrêter l'homme s'il le trouvait coupable. Il l'était et il se laissa mener en prison avec autant de joie qu'un autre un peu plus raisonnable en aurait eu à se sauver; sa femme même à qui le magistrat crut devoir faire un petit compliment pour la tranquilliser, n'y répondit qu'en lui disant: « Plût à Dieu, Monsieur, que vous et moi fussions pendus pour une si bonne cause .? Dieu permet que les justes soient persécutés ; mais le martyre sauve 2. »