Dubuisson, Lettres
donnait pour Élie. A quel degré de scènes sauvages menaient ces prédications, le fait divers suivant le montrera.
A l'égard des jansénistes (j'entends les convulsionnaires ou les cerveaux brûlés du parti), c'est encore pis. Ils se sont mis en tête qu'Elie allait venir renouveler l'Eglise, mais qu'avant il fallait que tous les crimes fussent consommés et expiés entre les frères zélateurs sur le terrain de Port-Royal-des-Champs... Ils ont fait à Paris diverses processions nocturnes qui avaient pour but des amendes honorables ; ils se sont transportés à Port-Royal ou plutôt sur la terre où a existé cette maison ; ils y ont égorgé un animal et, de son sang qu'ils avaient recueilli, ils ont eu l'audace d'aller marquer, jusque dans Versailles, les maisons de ceux qui devaient être épargnés par l'ange exterminateur, à l'arrivée d'Elie. Ensuite ils ont tiré au sort pour savoir lequel d'entre eux devait être crucifié pour la parfaite expiation des crimes des autres, et le sort est tombé sur un abbé Sévin, fils d'un notaire de cette ville. La crainte de mourir lui a rendu le bon sens, et il a fait tout ce qu'il a pu pour s'en dispenser. On avait déjà, malgré sa résistance, commencé à le flageller ; et s'il ne se fût pas avisé de représenter aux frères que la victime devait être volontaire, qu'il ne se défendait pas absolument d'en servir, mais que J.-C. avait sué sang et eau avant d'être résolu, et qu'il avait besoin comme lui, de quelque temps pour se déterminer, peut-être eût-il passé le pas. Sa représentation fit son effet, on lui accorda 24 heures de délai et il en profita pour se sauver. Depuis M. Héraut l'a fait mettre à la Bastille avec beaucoup d'autres et sa famille a sollicité une lettre de cachet pour le faire enfermer pour le reste de ses jours '.