‹ Les races aryennes du PérouChapitre 41 sur 58 · QUATRE FRÈRES : QUATRE SOEURS · texte numérisé non relu

QUATRE FRÈRES : QUATRE SOEURS

AYAR-BIANCO-TOPA. MAMA-HUACCAN.

AYAR-CHAKI - TOPA. M AMA-CORA.

AYAR-AUCCA - TOPA. PIRCA-ACUN.

AYAR-DYSSU - TOPA. HIPA-HUACCAN.

Le mot ayar provient d'une racine aujourd'hui perdue. Les dictionnaires écrivent aya pour acha, maladie, mort (V. le Glossaire, v. L); mais ici le sens du vocable ayar ne peut pas être mort ou maladie , car cette assertion ne répondrait nullement à l'idée que les Amautas se faisaient de leurs chefs primitifs (1).

Les quatre frères sont évidemment quatre tribus ou ea$tes. Le titre de ayar doit donc se ramener à une racine très-différente de achay maladie et mort. Si on cherche en sanscrit la solution de cette difficulté , on y trouve l'explication la plus satisfaisante qu'on puisse demander. Ajar (racine aj) signifie le chef primitif; il n'est donc pas permis de douter de l'identité du quichua ayar et du sanscrit aj-ar ou ajr.

Pour mieux constater celte identité , observons que chacun des quatre frères portait un nom professionnel , c'est-à-dire un nom de race ou de caste :

i^ Mami signifie croire ; manca est au pluriel , Us croient , qui se traduit par notre substantif croyances ou religion, croyant, prophète

(1) Ponr peoser autrement, il faudrait relier le sens de mari avec celui d'ancien ou trépané t et lui attribuer la Taleur de nos mots aUuXy aniepasadoif

{iocârdoi). âtar-hargo-to»a éqûmit à Iribn prioUthtt des piétm de la [«mière {iojpa) on du fini {i).

S* Ghau est i^ed, marché, marAeur, nomade; ayak-cbau-to^a siipiifie les trilms dea campagnes, les nomades*

3* ÀUEA rigaifie gnemers, soldats; KriM'àxscck'tùNL esl la esate |iri* mitÎTa des gaerriers.

4<» Uissooai]SBoa%idfieeharTii0^1aboiiriVS»a|Hiidt^ TOM esl la tribu des làbooreors.

Noos avons donc qiMtre cssies comme dans Tlnde : mtmeoi, |irêtres; cMcîi, Toyagears on nomades; otMeas , goenieis; ugêtiês^ agriarileiirs.

LIS QUATU SOIOaS SOI» :

' MAMA-HUACCAN, la ntoa i^Sata oa crpimoa.

MAIIA-GORA, 1« mère eaniMiaiiè oa la ISRe Tiaitsle. PIRGA-ACUN , rsrchtteetnre oa auioouMrie.

HIPA-HUAGGAN , It dirinllé dn flMb.

Ainsi à mafiAo, prttre, correspond mmuhkiÊÊieem , la reli|^; à ehaqui, nomade on psstenr, mamo'-eam, lavégélatkn lerrssireVt ducêa, les guerriers» ptri^a-a^ttii, les mordlles de pierre; à wysmt la diarme, /upa-huacan^ la divinité oa la bénédiction du «oit. Quatre prefeiaîon^ donc quatre tribus ou quatre castes.

On le voit, le rédt de Monlesinos est en parfût accord avee ce que nous connaissons de la nature môme des irlbus péruriennes «I de leur langue ; il présente un tel cara^ère d*antiquité prUnîtîve qu'on aerail tenté de le prendre pour une page détachée de la Bible Évidemment ce n'est pas un écrivain du XVI* siècle qui eût été capable de combiner des données aussi étrangères à son temps et de forger tout d'une pièce des légendes si admirablement vraisemblables.

Le frère aîné, Ayar-manco-topa (premier révélateur de la lumière], monta sur une colline nommée Huana Cauri, et, jetant quatre pierres avec sa fronde, détermina les quatre points du territoire et les nomma ÀnU Suyu (orient) , Cunti Suyu (occident), CoUao (sud), parce que CoUi veut dire cendre chaude et que le sud est le côté de Tété pour les peuples australs; l^tahua cadran, quart de cercle) nord. Ce nom de cadran est curieux et mérite d*être relevé.

Les trois frères cadets furent peu satisfaits de cette répartition. Le plus jeune , le laboureur , qui était aussi le plus adroit et le plus habile, invoquant la dévotion, trompa Manco, et renferma dans une caverne où il le fit périr. Puis, simulant une vive douleur, il invita Aucca , le guerrier, à venir chercher avec lui leur frère commun; quand tous deux furent arrivés au sommet d'une montagne élevée, il le précipita dans Tablme,

(1) Topas en sanscrit: chaleur, feu, lumière, soleil, d'où iâmput et templum en latin. (Cayz de Saint- Amour, La Langue latine, page 157, note 2.)

et redescendit aa foyer, disant que Dieu avait changé Aucca en pierre. Alors Chakiy le pasteur, rendu méfiant par l-événement, s^enfuit au désert, devint nomade, et laissa le laboureur maître absolu du pouvoir et des quatre sœurs : la Religion , la Campagne , les Villes et la Récolte, Ce mythe résume admirablement les quatre transformations graduelles par lesquelles passa Tantique civilisation arienne : la religion, le métier de pasteur, Tarchiiecture et le labourage.

Comme ce fut le labourage qui resta triomphant, son représentant prit le nom de Pirhua-Manco, révélateur des mystères de la lumière. Le root pirhua se compose de pir (chaleur du soleil), et htia (race). Entant que chaleur solaire , la racine pir signifie aussi élher, lumière , verbe et moisson. « Les Amautas disaient à cause de cela que pirhua signifie « Tunivers , Tespace éclatant dans lequel vit toute la création, signi- « fiant à la fois moisson et grenier {{),* Le grec et le sanscrit, comme le quichua, accumulent aussi les deux sens dans la même racine : irO/?, feu, chaleur; et Ttvpôi, blé, froment. Le premier Pirhua est donc une personnification de la caste agricole plutôt qu'un roi réel qui entre dans la chronologie d*une dynastie. Montesinos affirme néanmoins qu'il régna soixante ans et vécut plus de cent ans

Chez toutes les tribus de la Turquie , de la Tartarie et de Tlran , les petits rois ou khans se donnaient , et se donnent encore aujourd'hui , le nom de Pyr (2). Porus, ce roi célèbre de Tlndc qui lutta contre Alexandre, n'est autre qu'un Pyr (ttû/s) de l'Iran oriental, désigné par son titre hiérarchique, et non par son propre nom, comme nous dirions aujourd'hui le Czar^ le StUtan, au lieu d'Alexandre H ou d'Abd-ul-Aziz. Il était naturel en effet que la religion du Feu reposât sur les mystères de l'Orient (3) , et que la racine asiatique pyr^ pirhua^ péroa^ signifiât dès lors non-seulement rOaiEMT astronomique , mais les régions orientales. Le nom de Pirhuas porté par les tribus qui avaient colonisé la contrée située entre la mer et les Andes, et la désignation de Pyr-hu ou Pérou, qu'on donnait au continent lui-même, c'était l'Orient, et les Orientaux, la race du jour, les fils du Soleil, par rapport aux tribus maritimes de l'Inde (4).

Le point de départ établi, nous allons énumérer les noms de tous ces rois pyr-huasj recueillis par le chroniqueur dans la bouche des Amautas, en tâchant de les analyser chacun, dans sa forme linguistique et dans son sens , afin de montrer combien est évidente la véracité dont Montesinos a fait preuve dans ses Mémoires et la fidélité avec laquelle il rapporte les traditions indigènes.

(1) Montesinos, page 93.

(2) Arminias Vambery, Voyages d'un [aux derviche , traduits de l'anglais par M. E. D. Forgues. édit. abrégée par J. B. Delauuay, 1867, pages 70, 71, 110, etc.

(3) Voir pins haut : Sur les Mythes.

(4) Pérou : orient^ feUj la mer, montagnes d'or, dit le diciionnairo sanscrit. Voilà un témoignage !

■ II. HiMW KAn« IM proclama second Pyr-hua aprùs U mort de Pjr-iMM MlMO, MB pèn, par tes quatre tribus de Cuzco (1) : car, malgré la dwInetleB des qïatra frère» |>riiiiilirs (Ayar) , la populalion de celte vOle mit eontinéàttre divisée en quatre castes. Manko-Kapnk signifie: la gnad neyiat oa la gitnd propbëic. Uoniesinos ne dous dit rien da Mol da ta darée d« wd rà);iic-

111. Hdaika-C»! nt-nux ^igniltc : le jeune Pyr-hua éclairé, clair- VOyaat.Mcaea; UTaciae kaliuit ovcava, comme kav oa kavi en skt, a le Hiu de Inmîërc, d'éelai spirituel, éloquent, décorateur, de génie faiipîratear et poétiqne, et comme ici iinîUiueur tk's Dasyùs et des BndiDMi. Ca nom, dont Mutiioincs i^riur^ii ]>- ïi?iis, s'accorde donc aMireiHameaiNit areo les qaaUtée qa* les Iradilioiis «Uribasient à n PyivhBa Les AmsaUs disaient qna dans son temps on éeriraU «m des lettres ai des detsios inr da pa|Mer (Kilika). Il repu H Ma at Tfeut 90. Sa femme était U fille d'an cadqaa qa'on tppâdl AaâWa, l'ioierprMe oa l'allié.

IT. Pts-boa Swcni CosQOs. SmeU vcal dira paisHOU, fort; ktukim, bUir, coDstmire des lillea oa rawaittes. C'est pwtniMl Cwe» «al tàn U TiLLi, eomme ïfrb Rome. Sitteki Kudcf «st taw la «aAia «a lacr GORSTBDcnDK, le lortificMenr. Il s'appelait «ossî pAcaumaa, car éaas son temps s'accomplît lepremier millénairs après la dfla|e (S).

V. lirai CiPAG Ybpuqdi, la (rand on trto-joste da aoinl. C tradaisant U toUil trii-jMtit; msis an qatabua il s'est pas panais de BHttre la sajet aa ctHumanoement de la phrase ; il fait la réserver pwr la fia, et toas les antres mots, rais en mléêédepls, deneoMat do Bdjeciih oa géniiib. Inti est ici an adjectif on (Mtif, solaîra oa da soleil; Yupa veut dire équité, justice, et le son anqui procède du vocable anak, qui signifie tfés-kaui, excellent. La véritable orthographe serait donc Inti-Kapak-lupa-Anak. 11 régoa 60 et vécut tOO ans.

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