CHAPITRE XI
Postiers et demi-sang galopeiirs.
Les origines du Cheval breton. — Etalons améliorateurs : les Etalons de sang; les Norfolk Corlay — Les demi sang galopeurs. — Les postiers. Leurs origines. — Les postiers artilleurs. — Les mensurations d'Isinqiie. — Danger de la surproduction. — Géographie hippique. — Finistère. — Côtes-du-Nord. — Ille-et-Vilaine et le Morbilhan.— Les poulinières, statistiques. — Achat d'étalon. - Les Etalons et leurs saillies. — Exportation. — Foires et Courtiers.
Les origines du cheval breton sont très anciennes et certainement asiatiques. Nous ne suivrons pas les avatars hippiques de cette province au cours des âges. Nous rappellerons seulement que la Bretagne, sous l'ancien régime, a pu, tant la production fut nombreuse, fournir plusieurs fois 20.000 chevaux aux armées du roi. Si ces chiffres maintenant ne peuvent plus être atteints, du moins, aujourd'hui comme jadis, le gars breton est il resté très attaché à l'élevage du cheval. Il exploite cette industrie avec un goût et une intelligence des réalités qui lui permettent
de l'adapter rapidement à ceux de besoins hippiques modernes qu'il est capable de satisfaire. En ce qui concerne la période actuelle, dès 1807, l'amélioration débuta, ou plutôt s'alïirma sur un fond dont le meilleur appartenait aux bidets de Brieuc, avec des étalons de selle, pur sang arabes, pur sang anglais et demi-sang anglais.
A partir de 1874, il y eut un abondant emploi de Norfolk anglais. Il donna à une partie de la production un modèle roulé qui bientôt fut bien remarqué pour ses qualités diverses. Le célèbre étalon de la Montagne, Corlay, issu d'un Norfolk et d'une jument de steeple, transforma l'élevage de Cornouailles. Après lui, on vit ses fils, doubles poneys — souvent rouans ou aubères — pleins de sang et d'énergie, substantiels, culottés, distingués, malgré leur modèle râblé, à cause de leurs points de force bien situés, bons a tout, à la selle, à la voiture, au galop et au trot. Au lieu d'encourager sérieusement cette formule, on permit, d'un côté, au pur sang anglais — employé inconsidérément — d'alléger une partie de la race tout en lui laissant sa qualité, et d'un autre côté à l'étalon de demi-sang normand de lui
enlever son modèle avec son tempérament, et cela, dès que les mères bretonnes, a écrit M. Gast, furent devenues trop normandes...
Aujourd'hui, la Bretagne répudie avec énergie tout étalon normand. Ses demi-sang sont des postiers bretons qui veulent tenir le plus possible des éléments bretons.
Un élevage de demi-sang galopeur, issu, le plus souvent, directement du pur sang, subsiste encore , un peu léger et décousu souvent, mais merveilleux de qualité. Le demi -sang galopeur est appelé à disparaître. L'étalon de pur sang de croisement utile n'existe pas et les prix des Remontes ne sont pas assez rémunérateurs pour contrecarrer l'engouement en faveur du postier. On réservée ces demi-sang des courses au galop qui sont très populaires et peu dotées (12.000 fr. de prix).
La Remonte trouve dans la Montagne, sur le versant de l'Atlantique, seulement 119 chevaux de selle (84 issus du pur sang), dont 75 sont classés légère. Le reste de ses achats en Bretagne consiste en trait (550). Rien d'étonnant à
cela, car si, en 1904, 562 juments étaient livrées au pur sang, il n'y en a plus eu que 392 en
Mais les courses au trot sont plus favorisées ; 7().7()0 francs sont destinés aux élèves d'une production très accessoire, mais qui n'est point dépourvue de mérites ; 41 trotteurs qualifiés font la monte en Breta.ane.
Le postier. — Toute l'activité des éleveurs bretons se concentre sur le postier Norfolk breton ou sur le gros trait.
Pour créer le postier breton, qu'on fait surtout naître en Finistère, nord-ouest et sudouest, on a, en principe, accouplé les juments de trait du pays avec des étalons de demi-sang (Normands, Norfolk, anglais puis Norfolk breton), soit même parfois avec le pur sang. Tout cela a donné une production assez hétérogène comme origines, mais le Norfolk breton s'imposera de plus en plus comme étalon principal : il race. Mais, si les produits de ces différentes formules ne peuvent se valoir entre eux comme qualité, ils sont, pour le gros public, assez iden-
tiques comme modèle et action. Leur culotte, leur air de bravoure, leur type de petits athlètes bien dégagés dans leurs mouvements, la facilité de leurs allures au trot, leur vitesse relative même, leurs aptitudes à enlever vivement de lourdes charges dans les plus mauvais terrains, séduiront toujours avec raison les amateurs. Les épreuves destinées à les sélectionner, organisées par la Société nationale de trait léger qualifié par ïépreuve^ constituent la plus sérieuse des réclames auprès des acheteurs de tous pays.
Quant à la dose de sang utile, — que d'aucuns voudraient maintenir par des retours espacés au pur sang ou tout au moins à l'étalon près du sang — il est à croire que ce sera la demande de l'artillerie qui la fixera. L'artillerie prend, en effet, enBretagne Tinfluence justifiée du meilleur client. C'est, du reste, aux yeux des étrangers, pour la race postière bretonne, la plus grande recommandation que d'avoir été préférée par nos Remontes, pour l'artillerie.
Voici, à titre documentaire, la mensuration à'Isiaqiie, postier breton, étalon national, dont nous donnons la photographie : taille, 1 m. 58; poids, 660 kilos ; tour du canon, 0,22 ; tour de
poitrine, 2,03. Il serait difficile de trouver mieux.
Actuellement, l'élevage du postier est rémunérateur. C'est le cheval français qui se vend le mieux et avec peu de risques. Cette vogue continuera certainement si, après plusieurs générations, ses qualités lui permettent d'être toujours considéré comme le meilleur trait rapide, et surtout le meilleur artilleur.
La Bretagne est — à cause du postier — la région privilégiée où la crise n'ait pas fait de victimes. Cependant des conseilleurs avisés indiquent déjà l'écueil de la surproduction.
Il ne faut pas croire que la Bretagne produise dans ses quatre départements, ni dans le même département, des types de chevaux identiques. Le climat, le sol, l'exposition, les mœurs des hommes, ont eu une influence très forte sur le modèle de la production dont le fond est cependant le trait.
M. Gast, dans une excellente étude sur la Bretagne hippique, limite cette dernière au Finistère et aux Côtes-du-Nord. Les chevaux de trait
se localisent au nord-est du Finistère et au nord desCôtes-du-Nord, en se répandant naturellement sur les autres territoires bretons. Les postiers voisinent avec leurs ancêtres les trait, et se rencontrent surtout dans le Finistère où ils fréquentent parfois les chevaux de sang. Ceuxci, légère, dragon, cobs d'attelage, s élèvent dans la Montagne bretonne, la Cornouaille, les Montagnes Noires.
Le Finistère, où, sur une population chevaline de 131.300 têtes, la Remonte de Guingamp effectue presque tousses achats (1.098 chevaux dont 847 attelages en 1909), le Finistère, dis-je, se divise en deux parties : celle du Nord, ou Léon, est un pays de riche culture où les animaux s'élèvent soit à l'écurie, soit en des parcours restreints. Ils bénéficient d'une nourriture très abondante et prennent du gros. Mais ils ont moins de qualité que leurs frères du Finistère sud ou Cornouaille, région moins fortunée, plus accidentée, où l'élevage étant plus nature, plus en liberté, les poulains ont plus de trempe naturelle et plus de tempérament.
Dans les Côtes-dii-Nord (96.300 tètes, achats de la Remonte 116, dont presque tous trait artillerie), on dislingue la zone du littoral, fertile, grasse, riche, poussant au gros où on ne fait que du trait, et la zone de l'intérieur, la montagne, avec ses pâtures et ses landes étendues. On y élève des postiers énergiques, rustiques. Naguère encore, on y trouvait un certain nombre de chevaux de selle dits galopeurs bretons et des cobs selle, pleins de sang, de la famille de l'étalon Corlay. Aujourd'hui, le postier de sang, le postier de qualité fait prime surtout dans les cantons de Corlay, Rostrenen, Saint-Nicolas-du-Pélem, Loudéac. La Remonte n'y trouve plus qu'une cinquantaine de chevaux de selle dont la moitié de légère.
Llllc-et- Vilaine (79.000 têtes) produit surtout le trait, de même le Morbihan (40.000 têtes) à l'intérieur duquel on trouve encore de ces fameux bidets bretons, sortes de doubles poneys de trait ambleurs, communs, rustiques, infatigables et dont les juments sont des mères incomparables pour produire le trait léger.
En 1904, le nombre total des poulinières bretonnes des dépôts de Lamballe et d'Hennebont (Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, lUeet- Vilaine) était, en 1904, de 45.300 en chiffres ronds ; il est aujourd'hui de près de 58 000. Le nombre des poulinières de trait, qui se montait en 1904 à 23.000 environ, vient d'atteindre près de 29.000. Et, contre 20.000 pouHnières de demi-sang, postières ou très près du trait en 1904, on en compte, en 1910, plus de 27.000. 11 se peut que cette progression ascendante continue encore pendant quelques années.
Les données statistiques ci-dessous font ressortir les progrès et l'orientation de 1 élevage breton mieux que nous ne saurions l'indiquer par de longues explications :
Poulinières saillies par demi-sang.
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