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TRIBUS RUTHÈNES

le vêtement rappelle celui des Saxons transilvains. On découvre aussi, parmi les types très variés de cette tribu, des éléments tatars.

Le cours du San marque le seuil de la Ruthénie^ Le sol s'appauvrit davantage en une nappe de sable et de marais; c'est le séjour dune tribu mêlée, les Belziens (pays de Beiz) habillés de lin comme les Masoviens ; mais sur les conliiis des deux nationalités se découvrent aussi des al'linités slovaques. C'est sur les bords du Bug qu'apparaît le Hulhène ou Rusniak authentique, race svelte, à la face longue et pâle, aux yeux et aux cheveux noirs. Cette physionomie méridionale est aussi celle des riverains du Dnjestr, et des gens de la Pokutie, dont le costume est semblable à celui des Houtzoules : chez eux se révèle déjà le métissage roumain.

DitFérent du Rusniak occidental, qui n'a pas échappé aux croisements polonais, celui du plateau de Podolie, dont la métropole dans la monarchie autrichienne est Tarnopol, a le physique du Petit Russien : blond aux yeux bleus-, membres massifs, démarche lourde, tête rasée à la cosaque'. Le Podolien ou Opolan a conservé plus jalousement que les autres Ruthènes les usages ancestraux. Quoiqu'il exploite le fertile terroir de la steppe oii les blés ondulent à perte de vue, le bien-être matériel n'a point élevé chez lui le niveau intellectuel; c'est du moins l'opinion d'un auteur polonais qui lui reconnaît d'ailleurs du bon sens et des aptitudes naturelles ^ Il est fataliste à la russe.

Sur le versant galicien des Carpathes se sont répandues quelques tribus de provenances mélangées, et qu'on

1. L't'tlinograpliie ruliiènc est pieusement et abondainniont étudiée par la Société Sevëenicof Clievtclienko) de Lvow, dont ie.s publications forment plusieurs recueils : les Sapiski, consacrés auï articles, comptes-riMidus, etc., l'Ktnoyralicnyj Sbirnyk, et les Materijaly do ukrainskoji ctiiologit, ({ui renlerment des travaux étendus sur le lolklore.

2. C'est à ce groupe (juc paraît correspondre le plus exactement le signalement donné par les auteurs anciens (lu avaient Trappes la nuance blond-roux des cheveux et le teint coloré îles Slaves de 1 Ukraine (Michael Hrusevskyj, liescldchte des ukrainischen {ntthenisclien) VoLkes I Jiand. Leipzig, l'eubner, l'JUtt, p. 30'J).

?.. Szujski, p. 22. Cf. Barwinsiiij <». U. iM. iiaiizieiu p. 380.

désigne sous le nom générique de gorales (montagnards). Ce n'est point par elles que les montagnes ont été baptisées des vocables usités par les géographes : les appellations de Tatra et de Bîeskides sont étrangères aux habitants; d'ailleurs les lieux géographiques des Carpalhes portent souvent plusieurs noms, slovaque, polonais, allemand, parfois magyar.

Le massif de la Tatra est garni de près de 30 villages que bâtirent du xiii° au xvii* siècle des colons allemands et polonais, montés depuis la plaine, du terroir de Nowy Targ (Neumarkt) oii ils avaient travaillé sur les apanages royaux. De l'ouest, vinrent des Slovaques; de l'est, des Valaques, bergers. Les cultivateurs furent amenés par les couvents, puis par les propriétaires et gentilshommes polonais K Tout ce petit monde de la Tati-a est connu sous la désignation de Podhales ; il s'étend au sud jusqu'en Hongrie, dans le comitat de Zips. Les Pmlhales sont donc issus de plusieurs types anthropologiques; d'après le D'' Le Bon, l'un de ces types au moins procéderait du slovaque". Ils étaient brigands jadis, mais aiment mieux aujourd'hui détrousser l'étranger en qualité de guides; ils vivent de l'engrais des bestiaux et de la fabrication des fromages ; plus agiles que robustes, ils sont peu amoureux des travaux pénibles ^

Les gorales des Beskides se fractionnent en groupes auxquels le milieu semble avoir imprimé quelques traits communs ^ : ils sont moins sveltes que les Podhales, moins oais : ce sont des bûcherons taciturnes. Ils ont conservé le costume traditionnel, sivita (justaucorps) brun ou rouge, hauts de chausse blancs, collants, chaussures en

1. Potkanski, Grenzen und Ansiedlungen des Tatraiandes iPodhale). (Bulletin Acad. Cracovie, mars 18'J6).

2. Le Bon, Excursion anthropologique aux Monls Tatra (Tour du Monde, 1881').

3. Matlakowski, Construction des maisons rurales dans la contrée de Podhale (BuUet. Internat. Cracovie, mai 189i, p. 171-80. V. les planches et figures nombreuses dans le Mémoire de l'Acad., dont le Bulletin donne le résumé).

4. D'après Tenquète scolaire, parmi les yeux clairs, ce sont les gris qui prédominent; ce même trait se remarque d'ailleurs chez les Pokutiens (plaine du Dnjestr), les Podoliens et les riverains du Bug.

LES HOUTZOULES 223

lanières de cuir. Dans le Beskid occidental et central, vers les gorges du Dunajec et du Poprad, végètent des populations de crétins, des Ruthènes refoulés qui ont gardé un idiome particulier, ou des Valaques, qui pendant longtemps ont joui de l'autonomie sous leurs voïvodes. Mais les types les plus curieux des montagnards galiciens sont les werchowynci^ les « gens des sommets » du Beskid oriental, les Boykes, Tiicholz, Houtzoules.

Les deux premières tribus occupent les vallons où se rassemblent les premières eaux du Styr (affluent du Dnjestr) ; ce sont des hommes de stature moyenne, portant une casaque en fourrure sans manches, adonnés à la culture, là où elle est possible, et à l'élevage. Le Boyke est plus migrateur, colporte des denrées achetées en Hongrie S le Tucholz, plus sédentaire et patriarcal. Quant au Houtzoule', il n'a rien au physique ni au moral du paysan sédentaire : grand, élancé, de teint foncé, de chevelure et d'yeux noirs, le nez en bec d'aigle; il trahit une origine méridionale''; il la trahit encore dans son amour des couleurs vives et de l'apparat ; il est botté (en cela il fait exception parmi les gorales), il porte une chemise brodée de rouge, le chapeau orné de plumes de paon. Il est pâtre ou éleveur

1. Parmi les Bojki de la vallée de lOpor, on signale des types turcs et tatars, descendants des prisonniers de guerre (0. U. M., Galizien, p. 68.) Joan Franko, FÂne ethnologische Expédition in (las Bojkenland (Ztschr. fur oesterr. Volkskunde, XI Jahrg.).

2. Cette peuplade des Houtzoules a été particulièrement étudiée par F.-R. Kainiil, Die Huzulen, i/ir Leben, ihre Sitlen. Vienne, Ilolder, 18'J4 (130 pages). — Neue Beitrdye zur Ethnologie und Volkskunde der Huzulen (Globus, 18'J6, vol. LXIX). — Der Festkalender der Rusnaken und Huzulen (Mitth. Vienne, 48'J6, n" 6-7). — Haus und Hof bei den Huzulen (Mitth. Anthrop. Ges., XXVI, XXVII, XXVUI, 18iJ6-7-8), avec illustrations.

Les Houtzoules sont comptés comme Ruthènes; mais ils sont très mêlés : on a voulu discerner parmi eu.t des éléments Scythes, Goths, Koumanes, Mongols. Les noms de l'amille et la toponymie slaves prédominent avec (juchiues noms roumains, polonais, magyars, arméniens, allemands. Le patois est ruthène, mais les termes relatifs à l'élevage sont souvent roumains. Les Houtzoules s'appellent eux-mêmes chrestieny, hirski ou irerchowenci (montagnards) ; russki ludy (ruthènes).

Une œuvre d'ensemble, en 4 vol., sur les Houtzoules, par W. Suchewyc a paru, en langue ruthène, dans les Materijali de la Société Sevcenko, (l'JOO-4) et, en poljnais, à Cracovie (IDOSi.

3. Szujski, p. 11. D'après Schimmer, au contraire, Houtzoules et Boykes seraient en majoriti; blonds, mais l'indication de Schimmer se rapporte auï entants (jui brunissent à l'âge d'homme.

de chevaux; d'une moralité douteuse, toujours en conflit avec ses voisins; le nom de huzul en roumain signifie brigand.

Toutes ces diversités entre les indigènes de la Galicie sont-elles spécifiques ou provoquées par les circonstances ambiantes? Toute conclusion serait prématurée, car les enquêtes sont encore fragmentaires. Celles qu'on invoque avec le plus de sûreté ont porté sur des catégories restreintes, recrues et population des hôpitaux et prisons. Elles embrassent les trois éléments ethniques de la province, Polonais, Huthènes et Juifs, ces derniers se partageant, par option politique, entre les deux nationalités maîtresses. Voici les résultats essentiels que livrent jusqu'ici ces recherches'.

Pour la stature, les Polonais adultes de 25 ans (âge où la croissance est accomplie) atteignent 1"*,642 ; le tiers d'entre eux (330 p. 1000) mesure de i".60 à l-^^es. Les Ruthènes sont de taille plus haute généralement de un à deux centimètres et Ton rencontre parmi eux les individus les plus grands (P^.Gl-S) : ce sont les gens de l'extrémité orientale de la Podolie '\ Les Juifs se rapprochent plutôt des Polonais, mais moins nombreux sont ceux qui ont la taille moyenne (291 sur tOOO) qui est la même que chez les Polonais. La différence des races se traduit encore dans le rapport entre les individus qui dépassent la taille moyenne et ceux qui restent au-dessous.

1. Nous puisons ces données dans rarticle de Josef Majer (Ô. U. M., lîalizien, p. à.i'J-o2), article qui est le résumé des études de cet auteur dans le Recueil de données sur l'anthropologie cracovienne iZbior Wiadomosci do Antropologii Kraliowy) publié sous les auspices de l'Acad. de Cracovic (Imprimerie de TCniversité de Jagiello) et dont nous avons consulté les 3 premiers volumes, 1877-9).

J. Talko-Hryncewicz (Les Polonais du Royaume de Pologne d'après les données anthropologiques recueillies jusqu'à présent Bullet. Acad. Gracovie. Sciences Nat., juin l'Jl-2, p. î)74->'4 distingue, malgré la précarité des notions, deuK groupes : celui des Polonais du Royaume, avec les Lettons- Lithuaniens, Ulancs-Hussiens et Grands-Kusses purs ou Vieuv-Croyants, et celui des Polonais de Galicie, Podoliens, Ruthènes, Ukrainiens; le premier, composé de Finnois sla visés ; le second, où se reconnaît l'origine asiatique ou mongoloïde.

2. -Les données, rassemblées par Hrusevskyj (annexe 42, p. 590) se rapportent principalement aux Ukrainiens russes.

D'après Talko-llryncewicz, les Polonais et Ruthènes de Galicie sont plus petits que les Podoliens et Ukrainiens.

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