LES PARLERS FRIOULAN ET VÉNITIEN
fut parlé à Trieste jusqu'au xviii^ siècle, jusqu'à Tépoque où le havre grandit en un port méditerranéen; il était aussi répandu en Istrie. Déjà Dante [de vulgari eloquentia) signalait la différence du parler vénitien avec celui d'Aquilée et distrie , où les gens « crndeliter accentuando éructant », parler si rude, « quod mulierem loquentetn non solmn disterminat , sed esse virimi dubitare facit ». Au xvi^ siècle, dit un historien, la langue de Trieste « è forlana corrotta » ( un frioulan corrompu) \ Les familles patriciennes de Trieste conservèrent longtemps cet idiome, pour se distinguer du populaire qui, grâce aux immigrations et par nécessité commerciale, adopla peu à peu le vénitien, le volgare, mais avec des sino'ularilés. Dès le xii" siècle une colonisation vraiment ilalienne, toscane, vénitienne, surtout de nobles, marchands, pêcheurs et marins se diffusa", et le vénitien conquit ainsi laprimauté, etTaçanl les idiomes plus anciens, le dalmate, parexemple, qui survécut jusqu'àlafin du xix" siècle, à Veglia^ Non seulement le vénitien fut la langue mercantile, mais encore celle de Tintelligence : les évêques de Capodisiria, cité qui mérita, par ses institutions savantes, son nom de « tête de l'Istrie », de Parenzo, de Pola, étaient pour la plupart des patriciens de Venise, qui travaillèrent à l'italianisation des Slaves*.
Gôrz und Gradisca. Vienne, 1873. — Die alten Vôlker Obevitaliens. Vienne, 1883.
** Par un respect exagéré des rubriques officielles, Czoernig jeune n'a pas cru devoir consacrer sur sa carte une Ceinte spéciale au frioulan (p. 10) ; il eût dû prendre pour modèle la carte de son père, ce qui eût rendu la comparaison intéressante.
*** 0. U. M. Vas Kûstenland, p. loi).
1. Tomasin [Die Volksstamme iin Gebiete von Triest und in Islrien, Trieste Schimpft, 18'J0, p. 24.) Spécimens du frioulan comparés au patois actuel de Trieste et à I italien littéraire. Marinelli (p. 2j) montre comment se resti'cint l'aii'e du frioulan.
2. Tomasin, p. 17 suiv., cite les noms et le lieu d'origine d'un grand nombre de familles.
i». Bartoli lui a consacré une copieuse étude.
4. Sur tout le littoral, l'Eglise eut une liturgie particulière, qui resta en vigueur à Venise jusqu'à la lin de la Républii|ue (Tomasin, p. 40).
Il no faut pas omettre ([ue l'Istrie ne resta pas étrangère au mouvement lilttraire et intellectuel: elle eut ses humanistes, les deux Vergario de (lapodislria de fils einl)ras>a laUiM'ornio) : sespoèttvs, ses arclK'ologues et
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Venise a donc fait souche, moins par ses colons que par son gouvernement, son pailer, ses capitaux; c'est elle qui a conquis à la vie et à la pensée occidentales ces Illyriens que Rome avait commencé à assimiler.
Aujourd'hui à l'action de Venise, qui fut d'autant plus efficace un temps, qu'elle s'exeiça dans les limites de la monarchie autrichienne, s'est substituée la propagande plus large et plus prestigieuse de lltalie elle même.
La statistique dénonce l'etFort de l'italianisme depuis un demi-siècle. En 1851, 58 p. 100 de la population de Trieste appartenaient à la nationalité italienne; en ls90, ce nombre a saule à 74 p. 100, au détriment surtout des Slovènes qui sont tombés de 31 à 20 p. 100 et des Allemands déchus de moitié, de 10 à 5 pour 100. Mais Trieste estterriblement dispuLé à l'ilalianité. Celle-cien 1910a maintenu ses positions avecl20.000championsenviron ; mais les Slovènes auraient plus que doublé leur effeclifdepuis dix ans (25.000 en 1900. 37.000 en 1910'), el les Allemands sont 3.000 de plus (11.800 contre 8 800.)i\lais les opéralionsdu recensementontétésiagitéesque ces chiiïres sont suspects. Tout de même, à Trieste, l'italianisme est sur la défensive : son taux d'accroissement, de 1900 à 1910, ne se traduit que par 1,83 p. 100, alors que celui des Slovènes a pour expression 130 p. 100, celui des Serbo-Croates, 433 p. 100, proportion formidable qui se réduit en chifTres absolus à 1.932 personnes.
A Goriz'^, voici les fluctuations linguistiques (en pourcentage) constatées depuis vingt ans.